Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...Marc-Antoine Mathieu repousse encore les limites du 9e art !
Jusqu’où le plasticien Marc-Antoine Mathieu, créateur de la série « Julius Corentin Acquefacques » et de petits chefs-d’œuvre comme « Le Dessin », « Dieu en personne » ou encore « Otto, l’homme réécrit », va-t-il aller ? Cette fois-ci, avec cet objet iconoclaste qu’est « 3 rêveries » publié chez Delcourt, il poursuit avec son talent habituel des expérimentations basées sur le rapport entre la forme et le fond, délaissant cependant la dramaturgie pour l’expression poétique…
« 3 rêveries » par Marc-Antoine Mathieu
Éditions Delcourt (34,90 €) - ISBN : 978-2-413-01060-9
Défini par son éditeur comme un poème graphique dans lequel se déploie, sous la forme d’une rêverie muette, le triptyque des créations humaines (le temps, l’outil et la pensée), cet étonnant ouvrage se présente sous la forme d’une boîte contenant un leporello de 80 faces titré « Homo Temporis », un jeu de 17 cartes (« Homo Faber ») et un ruban panoramique de 7,5 m (« Homo Logos ») : forme imprimée idéale, d’après l’auteur, pour chacun de ces trois rêves mis en images.
Ce scientifique et magicien de la bande dessinée surprend encore son lectorat en explorant les formes, qu’elles soient narratives ou plastiques, et en axant son discours sur « L’errance et la nécessité, l’adversité et la réalisation, la contingence et la logique qui agissent toutes, ici, invisibles et indicibles. »
Repoussant, une fois de plus, les limites du médium, Marc-Antoine Mathieu joue avec les codes de la narration graphique pour lui trouver des utilisations inédites, comme il a pu le faire, il y a peu, sur « 3’’ », « S.E.N.S. » ou encore « Labyrinthum ».
À noter que l’auteur sera l’invité d’honneur de la prochaine édition du festival SoBD, dont la 8e édition se tiendra les 7, 8 et 9 décembre 2018 à la Halle des Blancs Manteaux (Paris IVe) : il participera à un cycle de trois rencontres-tables rondes et une exposition lui sera aussi consacrée dans le Musée éphémère de ce festival.
Gilles RATIER
Pour lire d’autres chroniques sur les livres de Marc-Antoine Mathieu, voir « Le Livre des livres » par Marc-Antoine Mathieu, « Otto : l’homme réécrit » par Marc-Antoine Mathieu, « S.E.N.S. » par Marc-Antoine Mathieu, « Julius Corentin Acquefacques » T6 (« Le Décalage ») par Marc-Antoine Mathieu, « 3’’ » par Marc-Antoine Mathieu, « Dieu en personne », Grand Prix e la Critique 2010 ou Les Sous-sols du Révolu.











Marc-Antoine Mathieu arrive encore à nous étonner!