La jeune pilote de course Sigrid Hässler, dite Sigi, poursuit son tour du monde en voiture — entre montée du nazisme (en cette fin des années 1920) et multiples périls du voyage — avec le photographe Sven. Ils ont échappé à un piège mortel aux États-Unis (1) et les voici sur la route des Andes. Ils y croisent le riche propriétaire terrien Raul de la Hoya, lequel peut dépanner la voiture. En Europe, la blonde Hannah (en couverture de l’album), une amie de Sigi, est la maîtresse du mécène nazi Gottfried Geyer : un jeu de plus en plus dangereux… On retrouve ici les mêmes qualités que dans le premier tome et David Morancho, le dessinateur, reste à un échelon bien connu désormais, c’est-à-dire très haut. Une série prévue en quatre tomes, excellente et recommandée…
Lire la suite...Un western vraiment fantastique !
« Aucune tombe assez profonde » n’est sûrement pas le premier western fantastique, mais celui-là est doublement fantastique : au sens de surnaturel, d’abord (le genre où les vivants affrontent les morts) ; et, surtout, au sens d’éblouissant, de phénoménal. Graphiquement, voilà un album étourdissant !
Western ? Oui, dès la couverture – épatante ! – qui fleure bon les paysages de Monument Valley ; dès les premières pages, aussi, où l’action se situe dans les pas d’une cow-girl souffrante, très souffrante, « à l’article de la mort » pourrait-on dire pour rester dans l’esprit de cette histoire.
Dès le chapitre 2, on quitte le désert pour approcher la mort et, si possible, « tuer la mort ». C’est en tout cas, ce que cherche Ryder : une outlaw toujours habile au révolver et excellente cavalière, mais assagie, reconvertie. Elle vit en couple et a une petite fille à laquelle elle voue sa vie, désormais.
L’ex-légende de l’Ouest n’a pas son pareil pour lutter, affronter, désarmer ou tuer. Rien ne peut l’arrêter, sûrement pas les obstacles a priori infranchissables pour s’introduire dans Cypress : la cité de la mort et « ville du bout du monde » (et le nom d’un vrai cimetière à New York). Sa détermination nous vaut des pages haletantes, jusqu’à ces rencontres improbables dans l’enfer des enfers, après une drôle de soirée dans un casino flottant : sorte de saloon improbable.
Qu’on aime ou non le fantastique, qu’on apprécie ou pas ou les morts-vivants, on est accroché par le dessin, les personnages, les couleurs, le découpage, le montage, le sens du mouvement… Du grand art ! La performance graphique est de tous les instants ! Et pas une case sans décors, pas un décor sans détails qui n’attirent le regard, qui poussent le lecteur à circuler au-delà des personnages, d’autant que les dessins de Jorge Corona sont sublimés par les couleurs signées Jean-François Beaulieu.
Ce récit publié en cinq fascicules aux États-Unis, regroupés ici, se voit complété en fin d’album de recherches et de croquis et d’une galerie de couvertures. Au total, 152 pages de pur plaisir des yeux qui donne envie de relire leur précédent titre « Celui que tu aimes dans les ténèbres » (même éditeur en 2022) : un récit déjà hanté et somptueux.
Didier QUELLA-GUYOT
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« Aucune tombe assez profonde » par Jorge Corona et Skottie Young
Éditions Urban Comics (21 €) – EAN : 9791026815501
Parution 7 février 2025















