Effondrement de glacier dans « Sikkim Stories »…

C’est bel et bien de cette région minuscule de l’Himalaya dont il s’agit ici, nichée entre l’Inde et la Chine et qui, comme telle, est une terre convoitée. À l’heure des monstrueuses inondations entre Népal et Tibet, l’histoire de cet album est particulièrement d’actualité, mais le destin de ses personnages principaux est également très intéressant…

Quelques précisions préalables sur cet état du nord-est de l’Inde (son plus petit état d’environ 600 000 habitants, rattaché à l’Inde en 1975) bordé par le Bhoutan, le Tibet et le Népal : un état qui possède le plus haut sommet de l’Inde, le Kangchenjunga, qui culmine à 8 586 m… Et des glaciers ! Or, en octobre 2023, le Sikkim a justement connu une inondation par débordement de lac glaciaire.

 

Il s’agit comme tout récemment d’un GLOF, autrement un « Glacial Lake Outburst Flood » : c’est-à-dire d’une crue glaciaire par débordement de lac. Finalement, l’inondation de 2023 a « seulement » fait près de 130 morts ou disparus, mais a endommagé près de 26 000 bâtiments, 31 ponts importants, 18,5 km de routes et cinq barrages hydroélectriques. C’est à l’évidence l’épisode qui sort de décor au final de cet album.

 

Trois personnages se partagent les 216 pages de ce récit particulièrement documenté. D’une part, Sangay : un éleveur nomade de yaks dans le nord où la militarisation de la frontière n’est pas sans problèmes pour lui. Autre personnage : Pema, une jeune femme professeure de mathématiques à New Delhi. On la découvre revenant à la capitale du Sikkim : Gangtok, pour régler des problèmes de succession et subissant des formalités administratives carrément kafkaiesques vis-à-vis d’une femme.

 

N’oublions pas le troisième larron, Jaspreet : un jeune soldat originaire des plaines du Punjab qui découvre la vie militaire, la discipline, voire l’absurdité des contraintes, le tout en très haute altitude sur la frontière avec la Chine. Ils n’ont évidemment rien en commun, sauf qu’ils vont comme les actuels habitants du Népal, devoir affronter l’effondrement d’un glacier et une crue dévastatrice. Et s’y rencontrer !

 

Le dessin efficace de Simon Lamouret s’associe ici au travail d’un journaliste basé au Sikkim : Pema Wangchuk Dorjee. Le dessinateur connait lui aussi très bien ces contrées et on lui doit déjà deux albums mémorables : « Bangalore »,qui met en avant cette grande ville du sud de l’Inde, dont Simon Lamouret disait d’emblée dans son introduction : « ce monstre de béton abrite trop peu de palais moghols et de bâtisses victoriennes pour satisfaire nos fantasmes orientalistes » (voir notre chronique ici-même).

 

Avec « L’Alcazar », comme nous le disions dans notre chronique, « Il fallait un certain culot pour penser intéresser des lecteurs avec l’évolution d’un chantier de construction en Inde. Qui plus est, en racontant au fil de semaines la vie quotidienne des ouvriers et de leurs familles dans ce seul décor. Le fait est que Simon Lamouret réussit, avec cet « Alcazar », un tour de force narratif et thématique… ». Et c’est le cas également avec « Sikkim Stories » !

Didier QUELLA-GUYOT

Sur BDzoom.com : http://bdzoom.com/author/DidierQG/

Sur L@BD :  https://basenationalelabd.esidoc.fr, et sur Facebook.

« Sikkim Stories » par Simon Lamouret et Pema Wangchuk Dorjee 

Éditions Sarbacane (26 €) – EAN : 9791040807698

Parution 2 septembre 2026

Galerie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>