René Goscinny : « un Gaulois immortel » qui fête ses 100 ans !

Né le 14 août 1926, le légendaire René Goscinny — disparu trop tôt à l’âge de 51 ans, en 1977 — aurait eu 100 ans cette année ! Une salve de livres célèbre aujourd’hui le centenaire du génial scénariste d’« Astérix », de « Lucky Luke » ou d’« Iznogoud » et créateur du « Petit Nicolas » (1), dont l’un est attendu depuis longtemps, puisque la première partie a paru en 2019. (2) Il s’agit du second volume du « Roman des Goscinny » par Catel (spécialiste du roman graphique biographique avec ses sensibles ouvrages sur Kiki de Montparnasse, Olympe de Gouges, Joséphine Baker…), qui a bénéficié une nouvelle fois, pour cet instructif et touchant portrait, de la complicité d’Anne Goscinny : la fille de cet homme guidé par le plaisir de divertir, dont l’héritage universel continue de faire vibrer toutes les générations…

En compagnie de cette romancière — unique ayant-droit de l’œuvre de son père, elle participe à sa gestion et à sa valorisation — qu’elle met régulièrement en scène, Catel (3) nous explique, dans ce deuxième opus, la méthode de travail de cet auteur extraordinaire : comment il imagine ses récits et les écrit, sans jamais cesser de s’amuser et de vouloir amuser ses lecteurs, reproductions en fac-similés d’extraits de ses tapuscrits à l’appui.

D’autre part, l’autrice poursuit, avec finesse, sa description du parcours hors normes de cet écrivain d’exception qui fut, par ailleurs, le découvreur et le formateur de créateurs importants dans l’histoire de la bande dessinée française, notamment en dirigeant le magazine Pilote : ce qui a été le cas pour Cabu, Claire Bretécher ou Gotlib, pour ne citer que ceux avec qui il a aussi fourni de nombreux scénarios.

Catel parle également de son passage du papier au dessin animé sur des adaptations — ou créations — réussies de ses séries : « Astérix et Cléopâtre » en 1968 et « Les 12 Travaux d’Astérix » en 1976 ou (en ce qui concerne « Lucky Luke ») « Daisy Town » en 1971 et « La Ballade des Dalton » en 1977, lesquelles ont marqué le monde du film d’animation. Sans oublier ses incursions à la télévision ou à la radio, ainsi qu’au cinéma, pour la cosignature du scénario du « Viager » avec son ami Pierre Tchernia en 1972.

Ce récit de 280 pages dessinées s’attarde aussi sur la relation fusionnelle que cet homme bienveillant a eue avec sa mère et sur la chaleur d’un foyer fondé sur le tard : mariage avec Gilberte Pollaro-Millo, sa cadette de 16 ans, en 1967, puis naissance de leur fille unique l’année suivante… Avec force de témoignages, d’anecdotes et d’archives, on découvre un être passionné, doux, drôle et exigeant, mais également rempli d’inquiétude, perpétuellement en quête de nouvelles idées.

Gilles RATIER

(1)  En plus des nombreuses rééditions et nouvelles déclinaisons d’Astérix, de Lucky Luke ou du Petit Nicolas qui déferlent sur les rayons de nos librairies, citons ces ouvrages récemment parus — ou à paraître cet automne — qui s’intéressent directement à René Goscinny et à son parcours, en commençant par « Goscinny et nous : 38 témoins » par José-Louis Bocquet — scénariste bien connu qui n’est autre que le compagnon de Catel — aux éditions La Sirène : un chaleureux portrait de René Goscinny, à travers les témoignages de ceux qui l’ont côtoyé, publié une première fois en 2007 sous le titre « Goscinny et moi », mais proposé ici dans une version revue, corrigée et augmentée de huit interviews inédites, dont celles d’Eddy Paape, Francis Lacassin, Jean-Pierre Dionnet, Victor Mora… (voir notre chronique de l’édition originale ici : Plus de lectures du 12 mars 2007).

Restons en famille avec « René Goscinny : dans l’intimité d’un scénariste de génie » par Aymar du Chatenet chez Flammarion, où le mari d’Anne Goscinny nous éclaire sur l’homme qu’il était et nous fournit diverses clés pour une bonne compréhension de son œuvre, grâce à des documents et manuscrits issus des archives familiales.

Passons ensuite à la réédition bienvenue de « René Goscinny (1926-1977) : la liberté d’en rire » par Pascal Ory chez Locus Solus, où l’auteur-académicien revient entre autres, dans cette version enrichie et augmentée par rapport à celle de 2007 (voir notre chronique de l’édition originale ici : Plus de lectures du 15 octobre 2007), sur le rôle de Goscinny dans la reconnaissance du métier de scénariste et dans la transformation de la BD en véritable art populaire.

Mettons également en avant l’imposant « René Goscinny : paroles d’un Gaulois venu d’ailleurs » chez Hachette qui rassemble l’intégralité des 231 interviews accordées par Goscinny à la presse française entre 1960 et 1977, ainsi que le hors-série n° 21 de Géo Histoire : « Centenaire de Goscinny : un regard malicieux sur le XXe siècle », avec l’hommage inédit de neuf dessinateurs dont Daniel Goossens et Fabcaro.

(2)  Voir sur BDzoom.com : René et Anne Goscinny, héros d’une chaleureuse biographie en BD !.

(3)  Sur Catel, voir aussi sur BDzoom.com : « Gigi » : une romance d’apprentissage selon ColetteEncore une bio graphique réussie pour Catel et Bocquet : celle d’Anita Conti, océanographe et pionnière de l’écologie…« Indiana » par Claire Bouilhac et Catel : quand le féminisme se nomme George Sand…« La Princesse de Clèves », entre cœur et devoir amoureux…Les femmes dans la bande dessinée européenne francophone…« Adieu Kharkov » par Catel, Claire Bouilhac et Mylène Demongeot« Ainsi soit Benoîte Groult » par CatelDolor… .

« Le Roman des Goscinny T2 : Un Gaulois immortel » par Catel

Éditions Grasset (24 €) — EAN : 9782246813491

Parution 10 septembre 2026

 

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