Avec le somptueux « Nouvelle France », le scénariste Stephen Desberg et le dessinateur Bernard Vrancken mettent en scène une captivante aventure humaine durant les guerres coloniales nord-américaines du XVIIIe siècle. Quand l’histoire rencontre le fait d’hiver…
D’emblée, par son sujet, cet album généreux (riche de quelque 113 planches et 128 pages) convoque le souvenir d’un autre grand récit : celui de Hugo Pratt paru chez Casterman en 1976 : « Fort Wheeling ». Si Pratt jouait de son admirable noir et blanc, Vrancken joue de la couleur avec ce nouvel album : une couleur où prime la valeur dramaturgie, entre noirceur des ombres et blancheur de l’hiver.
Le déserteur 1 : Nuit de chagrin, par Kris et Obion
Du déserteur, le lecteur entend parler dès les premières cases de l’album : ancien élément des troupes d’élites de l’armée citoyenne, celui qui se fait appeler Kyle Sanders se serait enfui et, après cinq ans de luttes clandestines, comme mercenaire, près de la frontière extérieure, il serait de retour dans la grande cité.
La nouvelle réjouit les manipulateurs et comploteurs en tout genres, hommes politiques ou truands, qui imaginent parfaitement le clandestin servant leurs intérêts comme bouc émissaire de leurs futures actions à la morale plus que douteuse.
Car l’essentiel du premier volume de cette nouvelle série, dans lequel le dénommé Kyle Sanders ne joue finalement qu’un rôle de témoin, se situe bien autour des compromissions diverses liées aux futures élections municipales. Il flotte une odeur insurrectionnelle – qui touche tous les niveaux de la population – tout au de cet album au cours duquel la pression populaire et politique monte progressivement. Les opinions se radicalisent de plus en plus, exacerbées par les guerres transfrontalières qui durent depuis des décennies.
Ce climat, Kris (le scénariste, auteur par ailleurs de Toussaint 66 chez le même éditeur) et Obion parviennent à nous le communiquer, par petites doses, grâce à leur sens aigu de la mise en scène , malgré un récit offrant une intrigue complexe (tant mieux direz-vous !)et la construction d’un univers (passage obligé en fantasy), très original tout en étant profondément réaliste.
Cette nouvelle série de politique-fiction mâtinée d’héroic-fantasy (ou l’inverse, selon la suite que les auteurs donneront à cette histoire), mérite plus qu’un coup d’œil, en espérant que les prochains volumes en confirment l’intérêt. LT






