Aujourd’hui, il est rare que des jeunes écrivent des lettres et les envoient à leur correspondant par les services de la poste. Sur injonction de sa mère, c’est pourtant ce à quoi s’astreint Adrien, avec un lointain cousin en cette année 2014. D’abord réticent, le collégien développe une belle amitié épistolaire avec cet Hadrien qui n’habite pourtant qu’à 20 Km de son domicile. Si la distance est faible, l’écart temporel est plus fort : Hadrien est un jeune garçon de 1914. Adaptée du roman éponyme de Paul Beorn et Silène Edgar, « 14-14 » est une plaisante et intelligente bande dessinée pour de jeunes lecteurs, dès dix ans.
Lire la suite...Le sang des valentines
Avec ce magnifique album, Christian de Metter et Catel illustrent la douleur d’une époque qu’ils projettent sur le destin personnel d’un homme. Seul l’amour, même reposant sur le mensonge engendre l’espoir et lui donne l’envie de continuer à vivre.
Dans les tranchées de la guerre 14-18 , Augustin Dortet lit et relit les lettres enflammées et illustrées de dessins – les fameuses valentines du titre -, que lui adresse Geneviève, son épouse. Celle-ci, qu’il avait quittée dépressive, avoue à Augustin qu’une récente et grave maladie lui a permis de relativiser et de prendre conscience de son amour pour lui. Grâce à cette correspondance qu’il entretient, Augustin retrouve l’envie de survivre et de sortir de l’enfer dans lequel il est plongé. Las, de retour chez lui, il est trop tard. Sa femme est morte. Désespéré, prêt à commettre l’irréparable, il retrouve Félicien, dandy devenu gueule cassé, et Louisa, sa jeune gouvernante. Entre les trois personnages va se jouer la trame finale d’une histoire qui voit la douleur d’une époque se projeter sur le destin personnel d’un homme. Seul l’amour, même reposant sur le mensonge, engendre l’espoir et lui donne l’envie de continuer à vivre.
Auteur au graphisme pictural, adepte de la couleur directe aux dominantes sombres, Christian De Metter n’en offre pas moins à ce récit une lisibilité exemplaire. Détaché du schéma d’une construction linéaire plus habituelle dans le neuvième art, c’est sur les attitudes de ses personnages (souvent présentés en gros plan), sur l’ambiance et sur les cadrages que joue cet auteur pour insuffler mouvement et dynamisme à son histoire. Catel, qui a contribué à la réflexion du scénario (que De Metter a ensuite écrit seul) apporte une fraîcheur graphique au récit, en prenant en charge l’illustration des valentines et des parties oniriques. Son trait, en totale contradiction avec celui de De Metter (la plume opposée au pinceau) renforce, si besoin était, le réalisme de la trame principale en y introduisant une dimension poétique, petite touche de légèreté dans une atmosphère intensément lourde et poignante. LT
Casterman – Collection « Un Monde » – 13,50€







