Une trentenaire parisienne, un brin oppressée et angoissée, sent renaître une inquiétante mémoire familiale dans le manoir décrépi de ses grands-parents maternels. Elle va se retrouver confrontée à des secrets d’ascendance enfouis et à des rituels obscurs, presque surnaturels… Dans ce glaçant récit aux frontières du fantastique et de l’épouvante — un peu à la Stephen King —, la jeune et talentueuse Elizabeth Holleville nous parle du choix des femmes de ne pas avoir d’enfant, évoque l’emprise psychologique intergénérationnelle, et fait référence au cinéma de genre des années 1970/80, le tout dans une curieuse esthétique : mélange de style art déco et de ceux d’auteurs dits « alternatifs », comme les Américains Charles Burns et Daniel Clowes ou le Suisse Frederik Peeters.
Lire la suite...Mourir au Paradis
Les événements dans les banlieues françaises nous montre à quel point la notion de concentration sociale peut être destructrice pour nos sociétés. Pierre Christin en convient, mais chez lui, contrepied malicieux de l’actualité, ce sont les ghettos pour riches qui sont sujets à réflexion.
Heaven’s Estate : le domaine du Paradis. Une de ces « gated city » américaines, des communautés fermées à destination des plus richissimes, gardées jour et nuit et où on ne rentre que parcimonieusement, sur invitation ou pour effectuer des services divers. Comme les livraisons, par exemple. Celles-ci sont le boulot des mexicains, qu’ici on appelle tous « Pancho » : c’est plus pratique ! Les familles vivent en vase clos, sans nouvelles « terrifiantes» de l’extérieur. Les enfants sont évidemment surprotégés mais laissés à l’abandon. Et ils s’ennuient ferme. Alors, désœuvré, sans référence sociale ni culturelle, ils dérapent. Et pas qu’un peu !
Alain Mounier, le dessinateur d’Exit et des Abîmes du temps, illustre avec sérieux et efficacité le réalisme sombre du récit (qu’on ne souhaite pas qualifier d’anticipation) d’un Pierre Christin en grande forme, qui a retrouvé (mais l’avait-il vraiment perdu ?) sa vison (trop) lucide de notre époque et sa verve revendicatrice politico-sociale des années Bilal.
Laurent Turpin
Dargaud – Long courrier – 13.5€







