Dans la série des mythiques personnages de la BD franco-belge vus par des auteurs aux styles différents de ceux de leurs créateurs ou continuateurs, certains s’en dépatouillent manifestement mieux que d’autres. C’est le cas d’un Émile Bravo sur Spirou, mais aussi de Matthieu Bonhomme sur Lucky Luke. Ayant inauguré ce principe il y a tout juste dix ans, le virtuose graphiste revient avec une troisième aventure décalée du célèbre cow-boy qui tire plus vite que son ombre… Après avoir confronté ce dernier aux risques de la mort et de la vie de couple, il fait endosser le rôle du père à notre flegmatique héros au foulard rouge ! Un album au propos écologique, qui réussit à être à la fois réaliste, drôle et émouvant, et qui est superbement dessiné !
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Les éditions du Lombard veulent à tout prix sortir de leur image de marque, à leur avis (mais c’est le leur, et on n’est pas obligé de le partager) trop « franco-belge » !
D’où, ces derniers temps, l’accumulation de romans graphiques dans leur catalogue : des récits et des graphismes qu’on avait plutôt l’habitude de voir chez les éditeurs indépendants ou dans les collections adéquates des autres maisons en place.
Cependant, certains albums, comme cet inattendu « Nous ne serons jamais des héros », réalisé pour la belle collection « Signé », leur permettent de se singulariser sans totalement renier l’esprit de la maison bruxelloise, où flotte encore, sur le toit, l’effigie de « Tintin » !
Olivier Jouvray (le scénariste de « Lincoln ») s’attarde sur la personnalité d’un jeune chômeur qui se définit lui-même comme étant en « GDI » (c’est-à-dire « en galère à durée indéterminée…, abonné à l’intérim à vie… ») dont la vie va complètement changer lorsque son père, malade, lui propose de l’accompagner pour un tour du monde. Pourtant, l’adulescent n’entretenait, jusqu’à présent, que des rapports lointains et pas forcément aimants avec son géniteur : la vie ayant dressé un mur d’incompréhension entre ses représentants de deux générations.

Cette émouvante initiation psychologique et sociale, qui joue sur la confrontation et les rapports troubles entre les deux protagonistes, est mise efficacement en images par le trait caricatural (ayant subi l’influence nette des mangas), mais plus réaliste qu’à son habitude, de Frédérik Salsedo, le dessinateur de « Ratafia » : un dessin toutefois expressif, pigmenté de lavis bien sentis que son frère (Greg Salsedo) met sensiblement en couleurs ! Du bel ouvrage !
Gilles RATIER
? Nous ne serons jamais des héros ? par Frédérik Salsedo et Olivier Jouvray
Éditions Le Lombard (15,50 Euros)







