Ils étaient neuf ! Un seul a survécu au voyage qui devait les conduire jusqu’à cette Europe dont l’opulence hantait leur misérable quotidien. Les reportages réalisés en 1993 par Philippe Broussard pour le quotidien Le Monde servent de trame à cet album àclasser entre BD documentaire et bande dessinée classique. Les dessins souvent rapidement réalisés pour ce genre d’ouvrages cèdent ici la place à un trait classique, soigné, porté par un scénario qui flirte avec le polar. Hélas, l’aventure tragique vécue par Kingsley et ses compagnons de misère n’est pas une fiction !
Lire la suite...« J’ai pas volé Pétain, mais presque… » par Bruno Heitz
Spécialiste des coups tordus et des combines foireuses, Jean-Paul hérite de sa Lorraine de tante : huit garages sis à Nancy et dont la location lui rapporte un beau petit pactole. Mais voilà que l’un des box se libère et que son pote Gérard, un ancien flic, lui présente un riche avocat qui a, justement, besoin de stocker des meubles. La situation, délicieusement louche, va le mener jusqu’à l’île d’Yeu où une poignée de bras cassés nostalgiques de Pétain veulent déterrer le cercueil du maréchal pour le ramener à Verdun : au beau milieu des poilus ! Une pantalonnade qui, l’air de rien, donne une portée politique au récit, l’auteur ravivant nos mémoires pour nous expliquer d’où provient un certain parti d’extrême droite qui semble si populaire aujourd’hui.
Surtout connu comme illustrateur de livres pour enfants, Bruno Heitz s’est donc fait également un nom en bande dessinée ; ne serait-ce qu’à travers quelques ouvrages destinés aux plus jeunes (1) ou avec sa jouissive série « Un privé à la cambrousse » qui mettait en scène les enquêtes d’un drôle de détective franchouillard et rural dans les années 1950 (dix tomes indépendants ont été réédités récemment en trois gros opus chez Gallimard) (2).
Cette troisième et toujours aussi amusante mésaventure de son sympathique antihéros nommé Jean-Paul (3) est donc, cette fois-ci, basée sur des faits réels assez consternants : une arnaque incroyable, racontée avec une dose improbable d’ironie qui s’éloigne légèrement du portrait frais et décalé de cette époque révolue que l’auteur avait l’habitude d’évoquer dans ses autres acerbes et passionnants précédents romans graphiques !
Avec un dessin que l’on peut juger très naïf, mais avec un sens inné de la narration, Bruno Heitz théorise efficacement, et avec beaucoup d’humour, la mécanique d’une certaine politique fasciste où la bêtise et l’amoralité vont de pair avec la simplicité de ses personnages.
Gilles RATIER
« J’ai pas volé Pétain, mais presque… » par Bruno Heitz
Éditions Gallimard (18 €) – ISBN : 978-2-07-065569-4
(1) Voir « L’Histoire de France en BD T4 : 14-18 La Grande guerre » par Bruno Heitz et Dominique Joly ou « Louisette la Taupe » T8 (« L’Heure du Grimm ») par Bruno Heitz.
(2) Voir “ L’Affaire Marguerite ” 2005 ou « Un privé à la cambrousse T.8 : Chambre froide » 2004.
(3) Après « C’est pas du Van Gogh, mais ça aurait pu… » par Bruno Heitz et « J’ai pas tué de Gaulle, mais ça a bien failli ».












