Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...Emily, toi La Venin, attention aux autres serpents, autrement plus dangereux…
À la fin du tome 1, l’héroïne de Laurent Astier, après son acte de vengeance dont on ne connaît pas encore tous les ressorts, échappait à la meute de ses poursuivants en tenue de religieuse. Emily continue sa route vers le Texas, suivie de près par le mystérieux Indien à qui elle avait sauvé la vie. L’album alterne l’intrigue actuelle (en 1900), comme le précédent, avec des retours vers le passé (1887), comme autant d’éclairages sur les motivations des personnages, bons et mauvais.
Fonçant vers la frontière sud, Emily arrive dans une petite ville texane proche de la mer. Elle s’y présente comme religieuse du nom de Maria, dans une institution pour jeunes filles, où elle croise une fillette (qui lui ressemble) et aussi l’Indien qui s’y est fait embaucher comme jardinier.
Entretemps, les deux acharnés de l’agence Pinkerton à ses trousses essaient de remonter la piste… Emily, qui côtoie ces fillettes et leur fait la lecture, que cherche-t-elle dans cet établissement ? Que fera ensuite l’Indien ? Le révérend responsable de l’institution est-il clair ou sombre ?
On retrouve avec joie, un an après, la forte et mystérieuse Emily, dans un album aussi bien mené que le précédent. Même trait aussi vif, caricaturant parfois à l’excès certains personnages, grands espaces, paysages et architecture bien rendus, couleurs excellentes, pour une BD de genre à savourer sans honte. Avec au détour de l’action, des allusions, du point de vue féminin, à des préoccupations actuelles. Le voile se dissipe progressivement sur les évènements funestes et fondateurs pour Emily et sa mère, permettant de comprendre, mais pas tout…
L’auteur réserve en effet ses cartouches, et nous balade de passé à présent, de paysages naturels aux villes. C’est au rythme de la cavalcade qu’il nous emmène, et on le suit avec plaisir.
Patrick BOUSTER
« La Venin T2 : Lame de fond » par Laurent Astier
Éditions Rue de Sèvres (15 €) – ISBN : 978-2-36981-586-2













Il s’agit d’une histoire de vengeance dans le style du Comte de Monte-Cristo, mais au féminin, et c’est très prenant (à comparer avec la non-histoire de « jusqu’au dernier »).
Oui, c’est vrai, merci. La mécanique est redoutable et très bien menée. Et les courts retours en arrière sont forts et utiles, ne gênant en rien la lecture et la progression dans l’histoire.
Pour « Jusqu’au dernier », le dessin étant fabuleux, au-delà de toute attente par les temps qui courent, que je ne peux qu’admirer. Même avec scénario moyen ou faible, lorsque le dessin est à ce niveau, c’est un pur régal dont on aurait tort de se passer.