Louis ramène sa petite famille sur le bord de mer où il avait déjà passé des vacances avec son père, son oncle et sa tante, quand il n’avait que dix ans. Il va même jusqu’à relouer, pour quelques jours, la vieille maison où ils logeaient. En se promenant sur la plage, il se retrouve face à une falaise où une ancienne et menaçante villa en ruine résiste encore. Les souvenirs d’un été des insouciantes seventies lui reviennent immédiatement à l’esprit, alors que ses copains lui racontaient qu’y vivait une sorcière censée savoir parler aux morts… Pour cette convaincante plongée dans un passé qui marqua durablement cet enfant, le délicat scénariste Vincent Zabus s’est adjoint le trop rare Denis Bodart, dont le dessin s’accorde ici parfaitement à l’émotion du récit.
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S’il est une guerre dont le déroulé des « événements » échappe encore à beaucoup, c’est bien la guerre d’Algérie. Et comme toute guerre, tout est question de point de vue, d’où l’importance du « Une » dans le titre « Une histoire de la Guerre d’Algérie ». Dans le cadre des Docu-BD propres aux éditions Petit à Petit, les 92 planches de bande dessinée sont opportunément entrecoupées de pages contenant compléments d’informations et documents.
Dans cette Algérie annexée militairement à la France dès 1847-1848, tout va réellement basculer avec le réveil nationaliste et les manifestations de Sétif, le 8 mai 45. Les émeutes font alors plus de 1 500 morts. Et tout a commencé, semble-t-il par un coup de feu d’un policier. Le scénario de Jean-Blaise Djian accorde une bonne place à cet épisode qui met en lumière des personnages qui seront les fils rouges de ce récit à la fois romanesque et documenté. En fin d’ouvrage, l’historien Guy Pervillé revient sur le cas de Sétif : insurrection puis répression, ou l’inverse ?
Cinq ans après Sétif, le héros, Yacine, sort enfin de prison et découvre qu’en son absence, sa famille est restée sans nouvelles de lui (les courriers qu’il a envoyés n’ont été distribués). Son épouse est décédée, son fils est parti. Plus de famille, plus de toit, juste des convictions et une énorme rage. Autour de cette famille décomposée, décimée, Djian s’attache à raconter les destins d’êtres proches qui s’unissent, s’opposent, se retrouvent, s’affrontent… tissant peu à peu le récit d’une guerre trop longtemps cachée sous le terme d’« événements » où les différents camps mèneront des combats sans merci, dont souffrira beaucoup la population civile.
Difficile de tout dire et de tout raconter d’une guerre qui dura de 1945 à 1962, d’où l’importance des double-pages documentaires séparant les chapitres et abordant plus ou moins longuement le réveil du nationalisme algérien, le début de la guerre d’indépendance et la lutte armée, le sort des deux millions de soldats envoyés sur place pour cette « sale guerre », le FLN et l’OAS, De Gaulle et la fin du conflit, l’Algérie indépendante (le sort des « pied-noirs » et des harkis auraient sûrement mérité un peu plus de commentaires).
Il faut enfin saluer le talent du dessinateur. Dessins et couleurs sont signés Sergio Alcala et c’est remarquable ! Son trait réaliste est appuyé par des coloris qui rendent étonnamment les reliefs, les volumes, qu’il s’agisse d’un visage ou d’un sol, d’un paysage lointain ou d’un objet, d’un effet de nuit ou d’une aube légère. Les ambiances, sereines ou dramatiques, et tous les effets de lumière, sont ainsi parfaitement maitrisés. Autant dire que, grâce à cette réalisation exigeante, le récit est ainsi parfaitement mis en valeur et qu’on en sort à la fois satisfait de ce qu’on vient de vivre ou d’apprendre, mais également impressionné par le spectacle offert par Sergio Alcala.
Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/
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« Une histoire de la Guerre d’Algérie » par Sergio Alcala et Jean-Blaise Djian
Éditions Petit à Petit (17,90 €) – EAN : 9782380460148












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