Le trouble grandit avec le deuxième volume très attendu de l’intrigante trilogie « Les Royaumes de Tiketone »…

Le jeune Thomas est profondément traumatisé après l’accident de voiture lors duquel ses parents et sa sœur ont disparu. Il pense pouvoir se réfugier dans les mystérieux royaumes de Tiketone. Il a convaincu ses camarades de l’orphelinat de le suivre vers ce monde imaginaire. Mais, dans ce volume, les six adolescents découvrent les dangers bien réels d’un univers parallèle surprenant et inquiétant.

Par une journée ordinaire, la voiture d’une famille roule sereinement sur une route de montagne. À l’arrière, la grande sœur abuse de la naïveté de son petit frère pour lui assurer qu’ils régneront bientôt sur le royaume de Tiketone, si le petit garçon se montre assez courageux. Elle assure au candide Thomas que leurs parents ne pourront pas venir avec eux, car ils ont refusé de jouer et que leur monde est sur le point de trépasser.

Entendant cela, la mère excédée demande à sa fille de ne pas plaisanter avec ces choses-là. Celle-ci, loin de se taire, lui rétorque que : « Les fantôme existent. Ils sont partout autour de nous. J’ai vu ce qui allait se passer. Je ne resterai pas dans votre monde de morts-vivants ! Thomas et moi, on va s’en aller !!! » Juste après cet affrontement verbal la voiture subit un accident. Les deux parents meurent sur le coup. À l’arrière, les enfants se serrent l’un contre l’autre avant que, comme dans un rêve, des branchages enlèvent Barbara. Thomas est le seul survivant du drame.

Toujours coiffé d’un étrange casque à cornes, Thomas a été placé dans un orphelinat où il demeure muet. Si les adultes couvent et protègent cet enfant traumatisé, les autres enfants de l’établissement le provoquent pour qu’il sorte d’un mutisme qu’ils pensent feint. Il ne se met à parler que pour proposer, à Eliott, Florian, Marianne, Robin et Virgile, une étrange quête initiatique : retrouver les cinq reliques des morts vivants pour emporter le jeu et pouvoir passer la porte qui ouvre sur les royaumes de Tiketone. Ses camarades sont pour le moins dubitatifs. Ils réunissent néanmoins les reliques, toutes issues du monde animal, mais organiquement mortes. À la fin du premier volume les six adolescents disparaissent de notre monde…

Le deuxième volume de la série commence avec l’arrivée des six orphelins dans le royaume de Tiketone. Mais ils sont séparés les uns des autres, sans repères et sans savoir comment se retrouver dans un monde étrange aux règles de jeu encore inconnues.

Florian, isolé, se découvre un partenaire bien mystérieux. Marianne, Virgile et Eliott s’entraident face aux nombreux pièges qu’ils rencontrent. Robin, lui, accompagne un Thomas au comportement bien ambigu.

Chaque groupe arrive cependant à progresser dans la découverte du jeu, tout en découvrant la magie, les mystères, mais aussi les dangers de Tiketone. Une révélation inattendue à la toute fin de l’album nous apprend que leur quête ne fait que commencer.

Le premier volume de la série est ancré dans le réel. Ses camarades ne croient pas à l’existence des royaumes de Tiketone, dont leur parle le traumatisé Thomas. Sceptiques, ils acceptent de jouer son jeu et se trouvent projeter dans ce volume dans un univers parallèle, étrange et inquiétant. Chaque groupe en acclimate cependant les règles pour survivre. L’intrigue toujours tendue se nourrit alternativement des tensions entre les six orphelins, ainsi que de la façon dont ils surmontent les chausse-trappes d’un monde de mystère et de magie.

Ancienne designer de mode, Mélissa Morin est, depuis 2019, autrice de bande dessinée. Cette année-là paraît « Céphéide » aux éditions Glénat qui précède « Chien hurlant » en 2022 aux éditions La Boîte à bulles. Cette trilogie jeunesse est un récit original qui tient en haleine, car l’autrice maintient le suspense pour savoir si les royaumes de Tiketone existent ou non. Avec des personnages aux caractères complexes bien affirmés, l’autrice réussit habilement à brouiller les frontières entre réel et fiction. Ainsi, si on semble confronter à la matérialité de cet univers dans ce volume, qui nous dit que le retour au réel ne sera pas plus prégnant dans l’ultime tome de la trilogie ?

Pour Mélissa Morin : « Thomas raconte des histoires dont on ne peut dire s’il les invente ou si elles sont la stricte réalité. Je viens d’une famille de médiums, pour moi, c’est normal que la réalité et l’imaginaire se chevauchent et se brouillent parfois. L’ouverture sur le rêve et l’imaginaire permet aussi, sans brutalité, d’aborder des sujets graves qui m’importent comme le deuil et la dépression des enfants. Dans « Les Royaumes de Tiketone »je place des éléments de réel au milieu de la fiction. Par exemple, dans le village où j’ai grandi, la mairie était un ancien orphelinat et le foyer est directement inspiré de ce lieu. »

Le dessin semi-réaliste de l’autrice fluidifie un récit entre réel et imaginaire. Les cases de ce petit album sont aérées et parfois dynamisées, comme dans le manga, par des onomatopées qui se mêlent au dessin. La native du Pays basque confie ainsi que : « Être dessinatrice était un rêve d’enfant. J’ai été très influencée par « Naruto » et Jamie Hewlett, l’illustrateur de « Gorillaz ». C’est une fusion entre l’univers manga et un côté plus punk anglais. J’ai aussi été marquée par l’univers de « À la croisée des mondes » de Philip Pullman. Mon style se définit par le foisonnement des détails et un usage particulier de la couleur. Plus l’histoire progresse vers l’imaginaire, plus je glisse d’un univers pastel vers des teintes psychédéliques. Je suis parfois frustrée par l’absence de son en bande dessinée, alors je mets de la musique à ma manière en animant le texte et les onomatopées ! »

Après un volume à l’intrigue anxiogène, mais au graphisme original et inventif, nous attendons avec impatience la parution du dernier volume de la trilogie (« Les Enfants sans visage»), pour disposer des réponses à toutes les questions que les personnages et les lecteurs se posent sur les extraordinaires mondes de Tiketone.

Laurent LESSOUS (l@bd)

« Les Royaumes de Tiketone T2 : L’École de la nuit » par Mélissa Morin

Éditions Casterman (19,00 €) – EAN :  9782203283909

Parution 22 avril 2026

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