« Le polar fait-il toujours frissonner ? » s’interroge à la une le dernier numéro des Cahiers de la bande dessinée. Le nouvel ouvrage d’Emmanuel Moynot — orfèvre en la matière — répond avec panache à cette interrogation. Acteur majeur dans le monde de la bande dessinée de ces quatre dernières décennies, au talent trop peu reconnu par le grand public, il signe en auteur complet ce petit bijou d’humour noir, au héros attachant et pourtant tellement dangereux. Une pépite à ne pas manquer !
Lire la suite...« Le Pépère » : portrait glaçant d’un vieux tueur en série pathétique…
« Le polar fait-il toujours frissonner ? » s’interroge à la une le dernier numéro des Cahiers de la bande dessinée. Le nouvel ouvrage d’Emmanuel Moynot — orfèvre en la matière — répond avec panache à cette interrogation. Acteur majeur dans le monde de la bande dessinée de ces quatre dernières décennies, au talent trop peu reconnu par le grand public, il signe en auteur complet ce petit bijou d’humour noir, au héros attachant et pourtant tellement dangereux. Une pépite à ne pas manquer !
Bordeaux de nos jours. Voici Pépère, comme le surnomme Vanessa, une jeune punkette prostituée, détruite par la drogue et émue par ce vieux bonhomme qui est amateur d’anciens disques de « variétés en fanfare ». Il vit seul, dans l’appartement rétro conservé dans son jus depuis le décès de ses parents : un père vénéré, complice, dont il entretient avec ferveur la mémoire, une mère sévère et honnie qui a passé son temps à le houspiller.
Madame Patoulet, une agente immobilière qui ambitionne de raser sa chère maison pour édifier un immeuble, est la première de ses victimes à finir enterrée dans sa cave. Au fil des années, bien d’autres cadavres suivront depuis ce premier crime commis dans les années 1970 par Étienne : modeste employé des Postes, qui prend goût au sang. La belle machine à tuer s’enraie lorsque Vanessa et Sacha — son maquereau — s’invitent chez lui et squattent la chambre de ses parents, mais aussi sa cave. Bien décidé às’emparer de ses économies, le couple ignore que sous la défroque de ce petit vieux à l’air inoffensif se dissimule un redoutable tueur en série. L’ultime chapitre de ce récit au parfum d’humour noir dévoile une réalité encore plus atroce.
Bien connu des amateurs de polars, Emmanuel Moynot se surpasse au fil des 80 pages de cette histoire sordide, à l’humour grinçant, qui fleure bon le cinoche de la grande époque du genre, soutenu par des dialogues ciselés et d’une rare cruauté. Rues et quartiers de Bordeaux — où réside le triste héros — sont amoureusement campés. Pépère, Vanessa, mais aussi les seconds rôles composent une galerie de personnages savoureux, entre réalisme et caricature.
L’ensemble est magnifié par une mise en couleurs dominée par les tons sombres, ajoutant une note inquiétante au récit. Après avoir animé à plusieurs reprises le personnage de Nestor Burma et souvent flirté avec le roman noir, Emmanuel Moynot confirme son amour pour le genre avec ce nouvel album,assurant scénario, dessin et couleurs. Ne cherchant pas la faille qui lui permettrait de travailler plus vite, il soigne avec amour chaque dessin, poursuivant son œuvre d’auteur de bandes dessinées à l’ancienne.
Né en 1960, Emmanuel Moynot (fils du dirigeant syndicaliste Jean-Louis Moynot et frère de la comédienne Clotilde Moynot)publie, dès le début des années 1980, ses premiers récits courts dans les revues amateurs P.L.G, Viper, Dommage… En 1983, il propose « L’Enfer du jour » dans Circus où il réalise des récits courts pour les numéros hors-série. Après « Yérushalaïm » de Michel Schetter dont il dessine les deux épisodes, il quitte Glénat pour la publicité et livre des histoires pour I Love English et Je bouquine. Retour à la BD avec « La Pension des Deux-Roses » chez Magic Strip, puis la trilogie « Le Temps des bombes », avec Dieter pour le troisième tome, chez Dargaud, suivie de « Nord-Sud », puis de « Qu’elle crève la charogne », avec le même scénariste, chez Vents d’Ouest. Après la trilogie « Vieux fou ! » chez Delcourt, il dessine « Pendant que tu dors, mon amour », suivi de « Bonne fête Maman ! » et d’« À quoi tu penses ? » chez Casterman. Pour le même éditeur, en 2005, il succède à Jacques Tardi sur « Nestor Burma » de Léo Malet, dont il dessine six épisodes.
À l’aise dans les one-shots, il publie « Monsieur Khol », « Oscar et Monsieur O », « Anatomie du désordre », « Démons » chez Glénat, « L’Heure la plus sombre vient toujours avant l’aube », « Hurlements en coulisses », « Pierre Goldman, la vie d’un autre » pour Futuropolis, « L’Homme qui assassinait sa vie » d’après Jean Vautrin pour Casterman, « L’Assommoir » d’après Émile Zola aux Arènes BD, « Pourquoi les baleines bleues viennent-elles s’échouer sur le rivage ? », puis « L’Armée des ombres » d’après Joseph Kessel pour Dupuis, « No Direction » et « Cherchez Charlie » chez Sarbacane… Retour chez Glénat avec « La Suprématie des Underbaboons ». Depuis 2023, il propose des histoires courtes — préhistoriques — à l’humour grinçant dans Fluide glacial, réunies dans l’album « L’Humanité de mes couilles ». Emmanuel Moynot est également auteur-compositeur, guitariste, chanteur. Longtemps parisien, il réside à Bordeaux depuis 2003.
« Le Pépère » par Emmanuel Moynot
Éditions Glénat (19 €) — EAN : 9782344069318

















