La préhistoire a duré plusieurs millions d’années. L’histoire de l’homme est plus récente : Sapiens n’a que 300 000 ans. Notre espèce de chasseurs-cueilleurs s’est peu à peu convertie à la sédentarité, lors d’une période charnière entre l’âge de la pierre taillée et celui de la pierre polie : le mésolithique. C’est à cette époque, il y une dizaine de milliers d’années, qu’une jeune fille aux yeux vairons découvre ce monde en devenir.
Lire la suite...Chasseresse au mésolithique : ce n’est pas une mince histoire à lire dans « Euy » …
La préhistoire a duré plusieurs millions d’années. L’histoire de l’homme est plus récente : Sapiens n’a que 300 000 ans. Notre espèce de chasseurs-cueilleurs s’est peu à peu convertie à la sédentarité, lors d’une période charnière entre l’âge de la pierre taillée et celui de la pierre polie : le mésolithique. C’est à cette époque, il y une dizaine de milliers d’années, qu’une jeune fille aux yeux vairons découvre ce monde en devenir.
Euy est une jeune fille intrépide, joyeuse et fantasque, de la tribu de Bois. Adoptée par le groupe, elle n’en est cependant pas totalement acceptée, à cause de son caractère indépendant et aussi de son curieux visage avec un œil bleu et l’autre noir. Ce regard bizarrement vairon explique son nom dans leur langage. Euy n’a qu’un ami qui n’est rien de moins que le meilleur chasseur de la communauté : le protecteur et malin Lance.
Ils aiment chasser ensemble, comme ce beau matin où ils pistent un chien avec une drôle de tête. Lance le poursuit sur un énorme rocher dont Euy fait le tour pour le prendre à revers. Seulement, aucun des deux ne revient et Euy rentre seule au campement de la tribu. Le lendemain, elle est vite jugée responsable de la disparition du très apprécié Lance. Face à cette agressivité, elle choisit l’exil et part seule à la recherche de son ami.
Commence, pour l’éruptive jeune fille, un périple dangereux dans les plaines environnantes, avec des tribus isolées en clans plus ou moins agressifs. Elle est vite accompagnée par un curieux personnage qui se présente comme étant un incroyable sorcier. Cet homme, au passé trouble, se révèle roublard et menteur, mais aussi érudit, musicien et parlant les langues des communautés traversées.
Finalement, ce paria est fort utile pour communiquer dans des idiomes inconnus de Euy et un fort bon compagnon, bienveillant, ainsi qu’un guide indispensable dans un territoire inconnu.
À la recherche de Lance, Euy découvre une partie d’un vaste monde que l’homme n’a pas encore domestiqué. Fort peu nombreux, nos ancêtres se croisent, échangent de manière pacifique ou non ; certaines pratiques des sociétés futures sont en germe, comme l’esclavage.

Cet ouvrage à la pagination conséquente, plus de 160 pages, offre une vision personnelle, mais cohérente, de la préhistoire : apte à plaire à un jeune lectorat. Le récit est incarné dans des personnages attachants autour de Euy : une jeune fille spontanée, irriguée par une terrible envie de vivre et survivre dans un monde hostile.
Son parcours initiatique lui permet de rencontrer des tribus au niveau de développement différent et de se confronter à des innovations amenées à prospérer avec le temps : de la musique à l’asservissement de tribus vaincues et de la navigation fluviale à la domestication d’espèces animales du chien au cheval.
Le dessin simplifié de Léon Maret, rehaussé de couleurs vives, permet une immersion rapide dans un récit au déroulé limpide : Euy et son compagnon de voyage découvrent les us et coutumes de différentes communautés au fil de leur recherche du chasseur Lance. L’auteur maintient l’intérêt de cette poursuite préhistorique en parsemant les nombreuses péripéties, que doit surmonter ce duo mal assorti, par un humour malicieux omniprésent que l’on retrouve dans l’invention dont il fait preuve pour créer les langues des peuples du mésolithique. Il joue avec les mots, jongle avec la conjugaison et fait preuve d’une imagination débordante dans la création de mots-valises et de néologismes.
Léon Maret s’explique ainsi sur le sujet : « J’ai imaginé un univers avec des langues, parce que ça me semblait pertinent quant à l’époque traitée, utile pour la narration, mais surtout et avant tout pour m’amuser. Je viens d’une famille où les gens sont facilement bègues ou dyslexiques, moi compris ; plutôt que d’être entièrement vécues comme un handicap, ces particularités ouvrent des champs de jeux et d’interprétations qui échappent à une langue parfaitement maîtrisée. Je rêve que les lecteurs s’emparent des langue d’Euy, voire en inventent, et s’approprient des néologismes, comme je l’ai moi-même fait. »
Nous vous encourageons à partir à la découverte du monde d’Euy : une plongée fictionnelle, mais plausible, dans un mésolithique inventé. Un cahier de préhistoire, en fin d’album, permet de comprendre ce qui est vrai dans l’histoire et ce qui est complètement inventé avec des focus sur les armes, les animaux domestiqués, l’utilisation du cuir, de l’obsidienne ou des premiers bateaux. On trouve aussi un cahier de traduction pour avoir quelques explications sur les langues des clans croisés dans la bande dessinée. Nous vous souhaitons une excellente lecture des aventures de la chasseresse aux yeux vairons.

Laurent LESSOUS (l@bd)
« Euy : j’a œil noir, j’a œil bleu, j’ête chasseuse » par Léon Maret
Éditions Dupuis (19,90 €) – EAN : 9791034770243
Parution 10 avril 2026



















