Comment dire ?! « La Montagne d’encre » est un album, mais est-ce de la bande dessinée ? Nicolas Debon nous propose pourtant des planches, souvent de trois ou quatre cases, avec ici et là quelques commentaires en voix off. Intrigant, tout cela ! Mais très vite séduisant, et même étourdissant, il faut bien le dire !
Lire la suite...« La Montagne d’encre » et de couleurs !
Comment dire ?! « La Montagne d’encre » est un album, mais est-ce de la bande dessinée ? Nicolas Debon nous propose pourtant des planches, souvent de trois ou quatre cases, avec ici et là quelques commentaires en voix off. Intrigant, tout cela ! Mais très vite séduisant, et même étourdissant, il faut bien le dire !
On entre dans ce récit atypique et désarçonnant par la voix d’un narrateur « jeune peintre » nommé… Sans-Nom!
Il prétend avoir six ans, 50 ans, 73 ans et envisage les années suivantes quand il aura 100 ans ou 110 ans, le tout au fil de vues aériennes où se déplace un corbeau (déjà présent en couverture).
Ce peintre entreprend « un voyage afin d’apprendre la nature du monde », des forêts, des montagnes, des eaux… offrant à nos yeux des vues lointaines ou des gros plans, des ciels, des nuages, des feuillages, aux couleurs automnales ou hivernales : des formes qui semblent, au fil des saisons, autant de pictogrammes à déchiffrer.
Sans-Nom est bien là, ressentant « les forces invisibles qui influencent la nature profonde des choses » et se laissant porter par la forme des nuages, la géométrie des troncs d’arbres, l’étrangeté des pierres ou le saut soudain d’un écureuil (les animaux sont d’ailleurs peu présents dans ces parages). Le lecteur le suit, d’image en image, de page en page, des pages souvent totalement silencieuses. Et de toute beauté !
Ce « catalogue » de peintures paysagées de l’Est de la France semble répondre à une intention. Celle du « haiku » : forme poétique japonaise limitée à quelques mots, comme de courtes méditations sensorielles sur la beauté du monde. Ce que commente l’auteur en postface, détaillant les influences asiatiques et l’art de l’encre, du pinceau et du trait… sans oublier les mots.
L’auteur de l’étonnant « Marathon », celui d’Amsterdam en 1928 (chroniqué ici-même), ou de « L’Essai », ce récit inspiré de l’histoire d’une communauté anarchiste installée dans les Ardennes en 1903 (également commenté sur BDzoom.com), n’est pas sans rappeler son « invention du vide » et les montagnes de Chamonix que tentent de gravir, en 1881, trois hommes fous de montagne…
Didier QUELLA-GUYOT
Sur BDzoom.com : http://bdzoom.com/author/DidierQG/
Sur L@BD : https://basenationalelabd.esidoc.fr, et sur Facebook.
« La Montagne d’encre » par Nicolas Debon
Éditions Dargaud (24, 50 €) – EAN : 9782205208740
Parution 29 mai 2026

















