Traditionnellement en ce début du mois de juillet, pour la dernière chronique jeunesse avant des vacances méritées, nous vous donnons 20 idées de lectures pour nos chers enfants ; des tout petits aux presque adultes. Pour faire simple, nous vous rappelons dix titres qui nous ont enthousiasmés et dont nous vous avons parlés sur BDzoom.com depuis janvier, auxquels nous ajoutons dix titres récents que nous ne vous avons pas présentés faute de place dans notre rubrique hebdomadaire. En vous souhaitant un bel été et de belles vacances, prenez soin de vous, surtout en période de canicule.
Lire la suite...20 BD jeunesse, des primo-lecteurs aux adolescents, pour buller avec plaisir cet été…
Traditionnellement en ce début du mois de juillet, pour la dernière chronique jeunesse avant des vacances méritées, nous vous donnons 20 idées de lectures pour nos chers enfants ; des tout petits aux presque adultes. Pour faire simple, nous vous rappelons dix titres qui nous ont enthousiasmés et dont nous vous avons parlés sur BDzoom.com depuis janvier, auxquels nous ajoutons dix titres récents que nous ne vous avons pas présentés faute de place dans notre rubrique hebdomadaire. En vous souhaitant un bel été et de belles vacances, prenez soin de vous, surtout en période de canicule.
Commençons cette ultime chronique de la saison 2025-2026 par un Top 10 des titres déjà traités dans la rubrique jeunesse de notre site depuis janvier : sélection à la subjectivité assumée, que nous vous proposons tout de suite !
« Les Fables du roi des Aulnes » Entremêler les personnages du « Roman de Renart » avec ceux de la légende du roi des Aulnes dans un récit au long cours sur plusieurs siècles : voilà la gageure ambitieuse tenu par Juni Ba, auteur franco-sénégalais reconnu dans le monde des comics. « Les Fables du roi des Aulnes » est une vaste fresque à l’esthétique mystique foisonnante : une fable moderne, à la fois chaleureuse et inquiétante.
Auteur franco-sénégalais, d’abord remarqué outre-Atlantique pour des comics comme « The Boy Wonder » ou « Black Panther », Juni Ba est depuis peu reconnu en France avec les bandes dessinées « Monkey Meat » et surtout le remarquable « Mobilis », dans lequel il revisitait le mythe du sombre capitaine Nemo : le héros central du roman de Jules Verne « 20 000 Lieues sous les mers ».
Dans « Les Fables du roi des Aulnes », d’un chapitre à l’autre, il joue avec plusieurs codes graphiques. Il bouscule le mode de lecture traditionnel avec des découpages très dynamiques et une multiplicité de style : en passant d’une graphisme médiéval à un développement sur un poème par exemple. Ses jeux graphiques accompagnent subtilement les variations narratives. À vous de découvrir une fresque d’une grande richesse, inventive et toujours émouvante, dont l’esthétique mystique porte une morale d’une belle profondeur.
« Mon copain Frankenstein » La créature de Frankenstein apparaît en 1818 dans un roman de Mary Shelley : « Frankenstein ou le Prométhée moderne ». On ne compte plus, depuis, le nombre d’adaptations et de réécritures du mythe au cinéma, à la télévision, au théâtre ou en bande dessinée. « Mon copain Frankenstein » revisite cette figure monstrueuse en l’adaptant avec une certaine fantaisie pour de jeunes lecteurs. Une vraie réussite !

Jamais glauque ou véritablement effrayant, « Mon copain Frankenstein » offre aux jeunes lecteurs une première approche du mythe bicentenaire de Frankenstein. Le récit du Californien Vincent Kings est bien construit. L’ancien pensionnaire de la Maison des auteurs d’Angoulême, de 2018 à 2021, a su alterner séquences de tension et scènes burlesques, des pages de tendres émotions et d’autres basées sur le comique. Tous les personnages sont bien caractérisés avec une belle épaisseur humaine, ce qui permet de développer des thématiques intéressantes sur l’amitié, la nécessaire insertion de tous les hommes dans une société, la nocivité du harcèlement, le travail de deuil et bien sûr l’absolu besoin de conscience dans toute activité scientifique.
Le dessin d’Helene Lespagnard est minimaliste, d’une rondeur parfaitement maîtrisé. Il se concentre sur les expressions des personnages. Si la mise en page est dense, la lecture est facilitée par une colorisation en grands à-plats. De quoi plaire à un jeune lectorat dès dix ans qui s’amusera de cette réécriture personnelle et originale d’un mythe universel.
« Enola & les animaux extraordinaires T9 : Le Pégase » Enola jouit d’une belle réputation qu’il lui faut tenir. Il faut
dire que les vétérinaires spécialisées dans les animaux des contes et légendes, ça ne court pas les rues. C’est pourquoi elle n’hésite pas à venir défier les flots déchaînés du haut d’un phare quand des chevaux ailés attaquent les gardiens du bâtiment. Un travail pour Enola et Maneki : son chat parlant !
Enola s’adresse à de jeunes lecteurs du début de l’école primaire, dont beaucoup voudront devenir vétérinaires, encore plus si l’on peut soigner des animaux fantastiques. L’histoire, vive et bien construite, est une ode à la tolérance : un appel à surmonter les incompréhensions qui peuvent survenir entre des personnes différentes. Le scénario est l’œuvre de Joris Chamblain : un habitué de nos pages. Nous avons souvent évoqué son excellent travail notamment sur les « Carnets de Cerise », « Lily Crochette » ou « Alyson Ford ». Il a ici construit un univers médiéval et steampunk, fantastique et tendre, dans lequel les personnages évoluent avec une bienveillance jamais niaise. Les dialogues sonnent juste et relancent souvent un comique de situation bien amené.
Joris Chamblain retrouve pour cette série Lucile Thibaudier : sa complice de « Sorcières-sorcières ». Son trait doux et expressif, ses inventions graphiques parfois pleine page — comme le génial hélicoléoptère — et ses couleurs pastel facilitent la lecture de cette fable féerique moderne. Attachez-vous aux diagnostics de la dynamique et enjouée Enola : Joris Chamblain dispose toujours de sa pétillante malice pour écrire des aventures, spirituelles, tendres et toujours positives.
« Zebraska T1 : Un garçon pas comme les autres » Entre science-fiction et récit sociétal, pourquoi choisir ? Le diptyque « Zebraska » réunit les deux genres, dans une fiction se déroulant en 2055 dans un monde aseptisé, mais non pas sans soucis pour les adolescents en dehors des normes classiques comme le jeune Marty. Pour le délivrer de certaines angoisses, quoi de mieux qu’une bonne bande dessinée ? Surtout si elle est écrite et dessinée par sa grand-mère.
Le premier volume du diptyque annoncé « Zebraska » est une adaptation du roman éponyme d’Isabelle Bary, elle-même mère d’un enfant HPI. Le récit de science-fiction sert de substrat à un décryptage subtil du quotidien des hauts potentiels intellectuels. Un très bon dossier pédagogique sur le sujet, écrit par l’autrice, complète utilement l’album. En dix pages bien construites et chapitrées, on y apprend ce qu’il faut savoir sur le sujet. En résumé : « Les HPI, ne vont pas plus mal que les autres. Simplement, leur différence, pénalisée par notre manière normative (c’est-à-dire qui se base sur un exemple à suivre) de voir les choses, peut les faire souffrir atrocement. Si la différence était acceptée, ou même mieux, valorisée, ne serait-ce pas la solution ? La reconnaissance de la singularité est à la base de tout. Au lieu de s’acharner à la gommer, il serait sain que notre monde en remarque enfin toute la beauté. »
Éric Corbeyran a aidé Isabelle Bary à transposer sa fable futuriste et sociétale en un diptyque de bande dessinée. Il a notamment recentré l’intrigue autour de l’évolution mentale de Marty à la lecture du récit de l’enfance de son père : de quoi en accentuer le côté émotionnel et empathique. Le trait semi-réaliste, fluide, de Ludo Borecki travaille sur le même registre sensible, en mettant en évidence les troubles des personnages : de leur profonde solitude à l’exacerbation de leur imagination. Son trait clair donne naissance aux décors futuristes crédibles d’un monde né en 2037, la Grande Bascule : une mutation sociale engendrée par un burn-out généralisé. Pour l’instant, nous n’en savons pas plus. Tous les ressorts de cette dystopie intime seront dévoilés dans le tome 2 qui sera publié à l’automne prochain.
« Le Dimanche perdu » Les contes européens ne se résument pas à ceux des frères Grimm additionnés à ceux de Charles Perrault. Il est agréable d’en découvrir de nouveaux venus de pays plus lointains, comme ceux du seul pays latin des Balkans : la Roumanie. La bédéaste Ileana Surducan adapte, dans une bande dessinée délicate, « La Fille du bon vieil homme » de son compatriote Petre Isperescu. Il faut découvrir « Le Dimanche perdu » : un conte intemporel à la morale moderne.
Dans un petit dossier fort instructif en fin d’album, l’autrice roumaine Ileana Surducan explique l’origine de son travail sur cet album. Il y a d’abord, en 1812, le conte « Dame Hiver » des frères Grimm qui sert de base à deux nouvelles versions à la fin du siècle : « La Fille du bon vieil homme » de Petre Ispirescu en 1872, puis « La Fille de la vieille femme et la fille du vieil homme » d’Ion Creanga en 1877.
Dans toutes ces versions, les figures des deux sœurs ou deux jeunes filles, ainsi que celle de la vieille femme les mettant à l’épreuve, sont omniprésentes. Durant le confinement dû à la Covid, s’identifiant à la jeune héroïne, l’autrice au bord de l’épuisement, sans énergie, a décidé de reprendre le récit de ce conte en le modernisant. La récompense pour la jeune héroïne n’est ni la richesse, ni un prince charmant, mais un dimanche sans fin, reposant et sans réprimandes.
Nous avons particulièrement apprécié cette relecture des contes du XIXe siècle dans une approche plus contemporaine. Ainsi, la morale du récit peut être multiple, mais nous renvoie évidemment à notre rapport au temps : à une critique douce-amère de notre société de l’instant, dans laquelle tout un chacun risque un burn-out fatal, pris dans des tâches quotidiennes répétitives. Il nous invite à préserver notre santé mentale face à la pression d’une charge de travail qui peut nous dépasser avec les nouvelles techniques de l’information et de la communication, laquelle s’invite jusque dans nos domiciles familiaux. Le trajet initiatique de Nina permet aussi d’aborder de belles thématiques comme la valeur travail, la nécessité de l’estime de soi ou l’importance du groupe et de la solidarité pour l’accomplissement personnel.
« Youna : retour à la nature » Il y a de quoi s’inquiéter pour notre futur, entre dérèglement climatique, guerre un peu partout, espèces animales qui disparaissent par dizaines ou pollutions qui détruisent des écosystèmes sains sur tous les continents. L’inquiétude peut devenir angoisse existentielle pour de jeunes enfants soumis en continu à de nouvelles catastrophiques. C’est la cas de la petite Youna que l’éco-anxiété empêche de vivre normalement. Et si la solution se trouvait dans un retour provisoire en pleine nature ?
« Youna, retour à la nature » est un récit initiatique sensible d’une grande simplicité sur le difficile sujet de l’éco-anxiété chez les plus jeunes. Bienveillante, la bande dessinée n’est jamais démonstrative ni pesante. Ce retour immersif à la nature n’est pas présenté comme une injonction, mais comme la simple et évidente nécessité de retrouver, le temps d’une pause, la beauté de la nature et les ressources apaisantes du vivant sous toutes ses formes.
Les situations s’enchaînent naturellement, avec douceur, toujours baignées d’un humour sympathique que l’on trouve notamment dans les dialogues symboliques avec des animaux pensants.
Scénaristes accomplies, Orianne Lallemand et Véronique Grisseaux ont écrit une fable positive d’une grande poésie autour d’un sujet d’une brûlante actualité. Le trait jeté – d’une grande liberté, s’affranchissant parfois des limites des cases – de Christine Davenier est rehaussé d’aquarelles aux teintes lumineuses. De quoi rendre encore davantage agréable la lecture d’une bande dessinée intelligente sur un sujet de société, qu’elle réussit à dédramatiser en rappelant en guise d’épilogue que, l’important, c’est de cultiver son jardin comme l’écrivait Voltaire au siècle des Lumières.
« Euy : j’a œil noir, j’a œil bleu, j’ête chasseuse » La préhistoire a duré plusieurs millions d’années. L’histoire de l’homme est plus récente : Sapiens n’a que 300 000 ans. Notre espèce de chasseurs-cueilleurs s’est peu à peu convertie à la sédentarité, lors d’une période charnière entre l’âge de la pierre taillée et celui de la pierre polie : le mésolithique. C’est à cette époque, il y une dizaine de milliers d’années, qu’une jeune fille aux yeux vairons découvre ce monde en devenir.
Cet ouvrage à la pagination conséquente, plus de 160 pages, offre une vision personnelle, mais cohérente, de la préhistoire : apte à plaire à un jeune lectorat. Le récit est incarné dans des personnages attachants autour de Euy : une jeune fille spontanée, irriguée par une terrible envie de vivre et survivre dans un monde hostile. Son parcours initiatique lui permet de rencontrer des tribus aux niveaux de développement différents et de se confronter à des innovations amenées à prospérer avec le temps : de la musique à l’asservissement de tribus vaincues et de la navigation fluviale à la domestication d’espèces animales (du chien au cheval).
Le dessin simplifié de Léon Maret, rehaussé de couleurs vives, permet une immersion rapide dans un récit au déroulé limpide : Euy et son compagnon de voyage découvrent les us et coutumes de différentes communautés au fil de leur recherche du chasseur Lance. L’auteur maintient l’intérêt de cette poursuite préhistorique en la parsemant de nombreuses péripéties, que doit surmonter ce duo mal assorti, et par un humour malicieux omniprésent que l’on retrouve dans l’invention dont il fait preuve pour créer les langues des peuples du mésolithique. Il joue avec les mots, jongle avec la conjugaison et fait preuve d’une imagination débordante dans la création de mots-valises et de néologismes.
Nous vous encourageons à partir à la découverte du monde d’Euy : une plongée fictionnelle, mais plausible, dans un mésolithique inventé. Un cahier de préhistoire, en fin d’album, permet de comprendre ce qui est vrai dans l’histoire et ce qui est complètement inventé, avec des focus sur les armes, les animaux domestiqués, l’utilisation du cuir, de l’obsidienne ou des premiers bateaux. On trouve aussi un cahier de traduction pour avoir quelques explications sur les langues des clans croisés dans la bande dessinée. Nous vous souhaitons une excellente lecture des aventures de la chasseresse aux yeux vairons.
« Iceworld : course contre la glace » Dans « Iceworld », à un récit de science-fiction se mêle une intrigue de thriller, avec une course poursuite de quelques heures sur une planète dangereuse. Cette bande dessinée bien écrite et dessinée est destinée à un lectorat adolescent, lequel aimera se plonger dans des planches grands formats, idéales pour mieux apprécier les décors originaux d’un polar intergalactique rythmé et plaisant.
Professeure des écoles et autrice de nombreux romans pour J’aime lire, Je bouquine et J’aime lire max, Anne Rivière avait écrit cette histoire pour le magazine Je bouquine, avant de se réviser et de proposer le projet à Bayard, car elle l’imaginait davantage sous forme de bande dessinée. L’éditeur, emballé, a alors cherché et trouvé le dessinateur idoine : le Milanais Gabriele Barsotti. Après deux ans de travail, le résultat est enthousiasmant. L’intrigue classique se développe à partir d’un point de départ original, dans la veine des meilleurs films d’Hitchcock : un adolescent innocent, pris dans un complot qui le dépasse, entame une course poursuite haletante pour échapper à de puissants ennemis et révéler la vérité. L’autrice en profite pour développer des thématiques qui lui tiennent à cœur autour de l’écologie ou de la dénonciation d’un capitalisme mortifère, avec une touche sociale pour la défense de travailleurs exploités : ici les biobots.
Ce récit d’initiation bien construit, aux nombreux rebondissements et aux dialogues pertinents, est mis en valeur par le dessin dynamique de Gabriele Barsotti. Venu de l’animation et du jeu vidéo, son travail vise à fusionner la clarté graphique des comics états-uniens, avec l’expressivité émotionnelle de la bande dessinée européenne. Il est très efficace dans les scènes d’action et dans des décors aux perspectives impressionnantes, tout comme dans la caractérisation et l’expressivité des personnages. Le grand format cartonné de « Iceworld » permet d’apprécier chaque planche d’une bande dessinée de science-fiction généreuse, tant dans sa pagination que dans le déroulé d’un récit riche et immersif.
« La Cité des dames T1 : Le Secret des Sikah » C’est une grande saga ambitieuse, dense et riche, qui commence avec « Le Secret des Sikah ». Blanche Sabbah envisage six volumes pour décrire les romances et les complots, ainsi que les intrigues et les guerres de familles rivales, dans une épopée médiévale teintée de magie. Elle s’approprie pour mieux les dévoyer les codes de l’heroic fantasy. Elle construit ainsi un récit palpitant aux thématiques contemporaines, féministes et écologistes qui surprendra plus d’un lecteur blasé, quel que soit son âge.
On se doit de saluer les œuvres ambitieuses, comme le premier volume de « La Cité des dames ». La trentenaire Blanche Sabbah a construit une saga médiévale composée de sorcellerie, de trahison, d’amitié et de romance. Un conte épique dont le souffle emporte de nombreuses et belles thématiques féministes, inclusives et écologistes. Ce divertissement aux nombreux et inattendus rebondissements est finalement très éthique. L’autrice s’est nourrie des meilleurs sources citées en fin d’ouvrage : évidemment à l’œuvre, féministe avant l’heure, de Christine de Pizan « Le Livre de la cité des dames », mais aussi au « Prince » de Machiavel, aux essais historiques « Dames du XIIe siècle » de Georges Duby ou « Bestiaires du Moyen Âge » de Michel Pastoureau, au « Discours de la servitude volontaire » d’Étienne de la Boétie. On retrouve ainsi dans les discours du révolté Baldwin des mots de l’ami de Montaigne comme : « On doit avoir pitié de ceux qui, en naissant, se trouvent déjà sous le joug et leur pardonner si, n’ayant jamais connu la liberté, ils ne ressentent pas le malheur d’être esclave. »
Autrice engagée, se réclamant de ses illustres devancières Claire Bretécher, Catherine Meurisse ou Pénélope Bagieu, Blanche Sabbah s’est fait remarquer par des bandes dessinées féministes comme « Mythes & Meufs » et « Histoire de France au féminin » avec Sandrine Mirza. Elle entend ici montrer la fondation d’une cité idéale et féministe par des personnages qui ne sont pas tous d’accord sur les moyens à employer pour atteindre ce but. Avec son style graphique jeté, très expressif, elle dynamise un récit haletant, sans temps mort, qui réserve de belles surprises jusqu’au cliffhanger final, lequel annonce un deuxième volume tout aussi audacieux, autour d’un univers riche et complexe dont on souhaite pénétrer encore davantage les arcanes les plus secrètes.
« Les Chants du Cygne noir » On se doit de saluer comme il se doit une série qui conjugue réussite artistique et succès commercial mérité. « Le Château des étoiles » fait partie des plus belles satisfactions de la bande dessinée franco-belge des 12 dernières années. Son créateur, Alex Alice, est un artiste protéiforme qui entend explorer de nouveaux territoires dans l’univers qu’il a créé, en se renouvelant graphiquement. Défi de taille, défi relevé haut la main avec « Les Chants du Cygne noir » : une trilogie de mangas ambitieuse qui emporte le lecteur aux limites du système solaire.
Quel bonheur de se trouver encore surpris par le talent de conteur et de dessinateur d’Alex Alice. Son récit, riche, dense et surprenant, est porté par un trait en noir et blanc précis, puissant et nerveux. Il s’approprie sans effort apparent les codes du manga, que ce soit dans une narration qui évite les ellipses propres à la bande dessinée franco-belge ou par son dessin contrasté, avec parfois juste une ou deux cases par planches, dans un ouvrage au format poche à la lecture de droite à gauche.
Nous vous invitons à vous lancer à la poursuite du Cygne noir dans ce space-opéra steampunk baroque d’une
profondeur remarquable, nourri de multiples références : du romantisme wagnérien avec la capitaine Lohengrin reine du Ring au manga culte de science-fiction Albator : un pirate mystérieux à l’œil recouvert d’un bandeau.
Alex Alice réussit le pari audacieux de réunir le meilleur du manga et de la bande dessinée franco-belge dans une trilogie annoncée, dont le deuxième volume sera publié à l’automne prochain.
À ces dix titres nous en ajoutons dix autres dont nous vous recommandons tout autant la lecture.
« Nuno les grandes oreilles » Nuno est un jeune garçon aux grandes oreilles qui vit mal son complexe. Un matin, alors qu’il se réveille en compagnie de deux énormes oreilles sur pattes, il réalise que tous les habitants de la ville se font harceler par leurs propres insécurités et qu’il devient urgent de les confronter à leurs complexes.
Une bande dessinée jeunesse gentiment fantastique, qui permet aux jeunes lecteurs de surmonter leurs complexes potentiels.
Le style est enlevé et bienveillant. Le dessin rond et coloré est adapté au élèves du primaire dès 7 ans.
« Le Démon de l’hiver » En plein hiver, une petite fille et sa maman métisses partent vivre de l’autre côté du monde, en Europe. Elles s’installent chez une vieille dame qui les invite à entrer à cause du froid de démon qui règne dehors. L’enfant ne peut s’empêcher de penser à cette expression jusqu’à ce qu’elle en rencontre un, tout petit et d’une grande gentillesse.
« Le Démon de l’hiver » est un conte moderne, un récit jeunesse bienveillant et émouvant autour de l’imagination d’une petite fille qui doit s’acclimater au froid d’un hiver qu’elle ne connaît pas. C’est le premier récit complet de Toni Galmés, le dessinateur de « Quand la nuit tombe » et « Molly Wind ». Il y apporte son trait rond et sensible, au plus proche des émotions des personnages.
« Lilani. T2 : La voix de la mangrove » Lilani vit dans le village de Manjak de Ba Safal, en Guinée-Bissau. Avec ses cousins, elle se retrouve sans cesse impliquée dans de mystérieuses aventures, entre traditions, histoires mystiques et situations farfelues. Que ce soit au musée, au village ou le long de la mangrove, les explorateurs se retrouvent confrontés à de nouveaux défis qu’ils relèvent avec humour.
De belles histoires racontées à hauteur d’enfant dans un village de Guinée-Bissau. Il est amusant et instructif de suivre les enquêtes de Lilani qui, téléphone en main, rêve de devenir journaliste-reporter. Chaque volume comprend quatre histoires distinctes et peut se lire indépendamment des autres. Les auteurs africains poursuivent une démarche de transmission culturelle accessible à la jeunesse, de quoi aborder avec sensibilité les liens entre nature, mémoire et identité.
« Les Passeurs du temps : l’appel du 18 juin. T1 : De Gaulle » 2049, Alyss, Taniss et Ulyss sont des enfants chargés
de veiller sur l’histoire du monde, au sein d’une bibliothèque dirigée par leur gardienne AlexandrIA.
Un jour, la ligne temporelle de la biographie de De Gaulle se retrouve altérée sur plusieurs dates précises en juin 1940. Le trio voyage dans la France de 1940, puis jusqu’à Londres, pour retrouver le général et rétablir le fil du temps.
Une bande dessinée originale et bien construite qui permet à de jeunes lecteurs de s’approprier des moments historiques forts. À noter un carnet documentaire intéressant sur le sujet traité : ici, le général de Gaulle.
« Luminous » Issue d’un monde morose, la jeune Color est entraînée dans un ailleurs lumineux en compagnie de la petite chatte Zen. Toutefois, une zone d’ombre l’attend au bout du chemin. Une bande dessinée onirique sans texte qui transporte le jeune lectorat, dès 10 ans, dans un surprenant univers coloré. L’ouvrage, sensible, traite de belles thématiques : la solitude, la nécessité de développer son imagination, l’acceptation de soi et bien sûr l’émerveillement de l’enfance que l’on doit entretenir tout au long de sa vie.

« Aliénor d’Aquitaine : une reine à Fontevraud » Emprisonnée pour avoir soutenu la rébellion de ses fils contre leur père le roi Henri II, Aliénor d’Aquitaine passe les dernières années de sa vie à l’abbaye de Fontevraud où elle meurt à l’âge de 82 ans. Le lien qu’elle a entretenu avec ce lieu est exploré à travers un récit choral documenté : depuis sa jeunesse à Poitiers en tant qu’héritière du duché d’Aquitaine et du comté du Poitou jusqu’à son mariage avec Louis VII qui la fait reine de France, puis son mariage avec Henri II d’Angleterre et sa gestion de ses fils querelleurs Richard Cœur de Lion ou Jean sans Terre.
Un ouvrage bien mené et fort bien documenté sur une des femmes les plus puissantes du Moyen Âge : Aliénor d’Aquitaine, reine de France, puis d’Angleterre. Par son fort caractère, son intelligence et son indépendance, c’est une femme moderne avant l’heure. La bande dessinée éclaire son itinéraire singulier jusqu’à son choix de reposer dans une abbaye dirigée par des femmes.
« Lore Olympus T10 » Jeune déesse du printemps, Perséphone est nouvelle dans l’Olympe. Au cours d’une soirée, elle rencontre Hadès, le souverain charmant mais incompris des Enfers, et tombe immédiatement sous son charme. Tout s’accélère alors, Perséphone doit maintenant naviguer entre les jeux stratégiques et les relations déroutantes qui régissent le monde des dieux, tout en trouvant sa place et en affirmant son pouvoir. Dans cet épisode, Perséphone et Hadès s’unissent enfin mais la paix de l’Olympe n’est pas assurée car Chronos représente toujours une menace.

Cette bande dessinée regroupe 26 épisodes de la série parue sur une plateforme internet. Ce webtoon a été remarqué (cinq millions de lecteurs, 970 millions de vues sur Webtoon) et a remporté de nombreux prix. Dans de courts chapitres, nous croisons les dieux grecs dans un monde contemporain. Leurs romances se dévoilent forcément sur les réseaux sociaux dans un univers connecté. Le récit est intelligemment construit et adapté à une lecture en ligne : peu de décors, beaucoup de gros plans, narration diluée. Cette réécriture contemporaine de l’enlèvement de Perséphone par Hadès met en avant des thématiques actuelles telles que les violences sexuelles, la dépression ou le féminisme. Une œuvre intrigante, à suivre maintenant sur papier, de quoi gagner de nouveaux lecteurs.
« Les Abeilles se cachent pour mourir : anatomie d’une crise écologique » Une enquête qui révèle le rôle indispensable de l’abeille dans l’écosystème. Les auteurs brossent un panorama mondial de la situation de ces insectes, tout en esquissant des solutions pour éviter leur disparition. Cette bande dessinée parfaitement documentée par Stéphane Tamaillon pour le dessin réaliste de Daniel Blancou révèle l’ampleur de la crise écologique actuelle. Le titre s’inspire d’une citation d’Albert Einstein : « Si l’abeille venait à disparaître, l’homme n’aurait que quelques années à vivre. » Une belle enquête graphique sérieuse et parfois profondément émouvante : de témoignages d’apiculteurs aux confessions de scientifiques et de débats politiques aux constations sur le terrain.
« Belle de soie » Dans un monde fantastique médiéval, une tisseuse de soie accepte de laisser partir sa fille avec
la duchesse et son fils à la cour du roi. Elle pense ainsi lui assurer un brillant avenir, mais le destin en décide autrement. Pour sauver sa fille, la tisserande traverse un royaume où l’épouvantable peste de pierre répand l’effroi. Ce magnifique conte de 220 pages vaut autant par une intrigue riche et profonde que par son graphisme qui s’approche des gravures médiévales. La première bande dessinée de Pavel Bart est un petit chef-d’œuvre de finesse et de raffinement qui traite de thématiques modernes sans jamais ennuyer le lecteur. À recommander dès 13 ans.
« Royale ! : 400 ans sur tous les océans » Dix épisodes marquants de la Marine nationale française sont retracés : naissance, batailles navales, innovations, destins de grands personnages. Citons entre autres : le tour du monde de Bougainville ; la bataille de Prairial ; l’ingénieux Dupuy de Lôme ; Dumont-d’Urville et ses explorations ; Narval, le premier sous-marin d’attaque ; Dixmude et les fusiliers-marins ; le débarquement en Provence en 1944 ; la prise d’otage du Ponant en 2008, ainsi que le porte-avions Charles-de-Gaulle et l’opération Harmattan.
En 1626, le cardinal de Richelieu, sur ordre de Louis XIII, crée la Marine nationale en France appelée depuis lors la Royale. Cet album rend honneur aux quatre siècles d’existence marqués par de formidables batailles, mais aussi le destin de marins hors-norme et d’innovations magistrales. Quelque 20 auteurs se sont approprié 20 récits dans des styles différents mais toujours appuyés sur une sérieuse documentation.
Allez, pour vous faire plaisir, nous ajoutons un vint-et-unième et ultime album coup de
cœur à cette liste déjà bien fournie. Il le mérite amplement, car il s’agit de la réédition dans une édition prestige de l’œuvre culte du regretté Michel Plessix « Le Vent dans les saules ». Cette intégrale avec dos toilé et dorure en couverture met en valeur le travail de l’auteur malouin qui a adapté avec talent et sensibilité le roman de Kenneth Grahame. Sa reconstitution animalière est faite de précision graphique, de dialogues ciselés, d’humour et d’aventure bucolique. À conseiller pour des enfants dès 10 ans et bien sûr pour les adultes de tous âges.
Laurent LESSOUS (l@bd)
« Les Fables du roi des Aulnes » » par Juni Ba
Éditions Bayard jeunesse (18,90 €) – EAN : 9791036387654
« Mon copain Frankenstein » » par Helene Lespagard et Vincent Kings
Éditions Sarbacane (17,90 €) – EAN : 9791040806561
« Enola & les animaux extraordinaires T9 : Le Pégase » par Lucile Thibaudier et Joris Chamblain
Éditions de la Gouttière (11,70 €) — ISBN : 9782357961432
« Zebraska T1 : Un garçon pas comme les autres » par Ludo Borecki, Isabelle Bary et Éric Corbeyran
Éditions Dupuis (13,50 €) — EAN : 9782808504850
« Le Dimanche perdu » par Ileana Surducan
Éditions Aventuriers d’ailleurs (14,90 €) — ISBN : 9782386040986
« Youna : retour à la nature » par Christine Davenier, Orianne Lallemand et Véronique Grisseaux
Éditions Vents d’Ouest (16,00 €) — ISBN : 9782749310299
« Euy : j’a œil noir, j’a œil bleu, j’ête chasseuse » par Léon Maret
Éditions Dupuis (19,90 €) — EAN : 9791034770243
« Iceworld : course contre la glace » par Gabrielle Barsotti et Anne Rivière
Éditions Bayard jeunesse (17,90 €) — EAN : 9791036398995
« La Cité des dames T1 : Le Secret des Sikah » par Blanche Sabbah
Éditions Dargaud (23,00 €) — EAN : 9782205214079
« Les Chants du Cygne noir » T1 par Alex Alice
Éditions Rue de Sèvres (13,90 €) — EAN : 9782810210893
« Nuno les grandes oreilles » par Laura Lion
Éditions Sarbacane (14,90 €) — EAN : 9791040808510
« Le démon de l’hiver » par Toni Galmés
Éditions Delcourt (11,50 €) — EAN : 9782413092803
« Lilani T2 : La voix de la mangrove » par Anna Gomis, Yamma Gomis, Oumar Diop, Audrey Sakho et Benjamin Tuyishime
Éditions Saaraba (11,50 €) — EAN : 9782494527225
.
« Les passeurs du temps : l’appel du 18 juin. T1 : De Gaulle » par Michel-Yves Schmitt, Licinia Tozzi et Sophie David
Éditions Jungle (13,95 €) — EAN : 9782822249867
.
Éditions de la Gouttière (22 00 €) — EAN : 9782357960619
« Aliénor d’Aquitaine : une reine à Fontevraud » par Izabo et Isa Python
Éditions Glénat (15,50 €) — EAN : 9782344068830
« Lore Olympus T10 » par Rachel Smythe
Éditions Hugo BD (24 ,95 €) — EAN : 9791042901431
« Les Abeilles se cachent pour mourir : anatomie d’une crise écologique » par Stéphane Tamaillon et Daniel Blancou
Éditions Marabout (23,95 €) — EAN : 9782501182898
« Belle de soie » par Bart Pavel
Éditions Delcourt (27 ,95 €) — EAN : 9782413086963
« Royale ! : 400 ans sur tous les océans » par François Guichard, Didier Quella-Guyot, Joel Alessandra, Matthieu Blanchin et Collectif
Éditions Locus Solus (29,00 €) — EAN : 9782368335857
« Le Vent dans les saules » par Michel Plessix d’après Kenneth Grahame
Éditions Delcourt (22,50 €) — EAN : 9782413095156









































