On se doit de saluer comme il se doit une série qui conjugue réussite artistique et succès commercial mérité. « Le Château des étoiles » fait partie des plus belles satisfactions de la bande dessinée franco-belge des 12 dernières années. Son créateur Alex Alice est un artiste protéiforme qui entend explorer de nouveaux territoires dans l’univers qu’il a créé, en se renouvelant graphiquement. Défi de taille, défi relevé haut la main avec « Les Chants du Cygne noir » : une trilogie de mangas ambitieuse qui emporte le lecteur aux limites du système solaire.
Lire la suite...Des pirates wagnériens hantent l’espace dans « Les Chants du Cygne noir »…
On se doit de saluer comme il se doit une série qui conjugue réussite artistique et succès commercial mérité. « Le Château des étoiles » fait partie des plus belles satisfactions de la bande dessinée franco-belge des 12 dernières années. Son créateur Alex Alice est un artiste protéiforme qui entend explorer de nouveaux territoires dans l’univers qu’il a créé, en se renouvelant graphiquement. Défi de taille, défi relevé haut la main avec « Les Chants du Cygne noir » : une trilogie de mangas ambitieuse qui emporte le lecteur aux limites du système solaire.
Depuis la fin des années 1860, les Européens se sont lancés à la conquête des planètes du système solaire, grâce à l’invention d’un moteur révolutionnaire qui permet à des vaisseaux spatiaux de naviguer sur l’éther : une substance qui remplit le vide du cosmos, en transmettant la lumière des étoiles. Les empires français et anglais se disputent les territoires de Vénus, peuplés de créatures reptiliennes dignes de celles de notre Jurassique, tandis que l’empire allemand occupe la sol de Mars : refuge d’une civilisation mourante.
Les 15 premières années de cette exploration de l’espace sont brillamment contées dans les séries « Le Château des étoiles » et « Les Chimères de Vénus ». Quelques années plus tard, la colonisation humaine se poursuit toujours plus loin : par-delà l’orbite de Mars, jusqu’aux lunes de Jupiter. Mais pour accéder aux satellites de la plus grande des planètes, il faut passer par la ceinture d’astéroïdes qui se trouve après Mars. Or, plusieurs équipages ont disparu dans cet anneau de planétoïdes que l’on appelle le Ring. Les rumeurs les plus folles circulent. On évoque la présence de pirates de l’espace : notamment l’équipage le plus redouté des vaisseaux, connu sous le nom de Cygne noir !


En 1877, dans l’Inde dominé par les troupes de l’empire britannique, la jeune bergère Benesh rêve. Elle ne souhaite pas garder des chèvres toute sa vie, elle évoque même le fait de ne pas se marier devant son grand frère protecteur. Elle souhaite : « Voyager dans l’espace. Aller sur le Lune et au-delà, voir les rayons du soleil briller sur les anneaux de Saturne. ». Son avenir se brise quand les soldats anglais, aidés de Gurkhas, détruisent son village, tuent les habitants et toute sa famille. Epargnée en tant que jeune fille, elle connaît le nom et le visage de celui qui commande la troupe d’assassins : le baron Cockburn. Trois ans plus tard, à Rangoon, travesti en garçon, elle embarque comme steward sur le Prince of Wales : un paquebot interplanétaire. Elle entend conjuguer ainsi ses désirs de découvrir l’espace et de se venger de la mort des siens en tuant sir Cockburn : alors passager en première classe.

Le voyage vers les limites du système solaire ne se passe pas comme prévu dans un paquebot ressemblant étrangement au futur Titanic. La tension monte vite quand on approche le Ring et la barrière d’astéroïdes, dans laquelle peuvent se cacher les pirates du Cygne noir commandés par le terrible capitaine Lohengrin. Dans les riches salons des premières classes, le baron Cockburn semble se passionner pour la découverte du professeur Mylford : un appareil qui analyse les vibrations subtiles de l’éther et permet de repérer les vaisseaux y circulant. L’attaque des pirates est soudaine et rusée, mais la prise du Prince of Wales se révèle plus ardue que prévue. Lord Cockburn peut s’enfuir, Benesh qui n’a pas pu se venger est enrôlée par Lohengrin, laquelle se révèle être une femme de caractère à la recherche d’une relique extra-terrestre aux pouvoirs encore méconnus.
Quel bonheur de se trouver encore surpris par le talent de conteur et de dessinateur d’Alex Alice. Son récit, riche, dense et surprenant, est porté par un trait en noir-et-blanc précis, puissant et nerveux. Il s’approprie sans effort apparent les codes du manga, que ce soit dans une narration qui évite les ellipses propres à la bande dessinée franco-belge ou par son dessin contrasté, avec parfois juste une ou deux cases par planches dans un ouvrage au format poche à la lecture de droite à gauche.

Pour l’auteur, le choix du médium manga a été une évidence : « C’est très clairement l’histoire qui a dicté ce choix. Celle-ci ne pouvait fonctionner qu’en entrant dans le détail de l’émotion et de l’action. Et pour cela, il me fallait beaucoup de pages, afin d’exploiter toutes les ressources dramatiques de l’espace-temps du manga. En matière de narration, j’ai d’ailleurs l’impression de faire mes classes au fil du récit. Ainsi, le début des « Chants du Cygne noir » ressemble encore un peu à de la bande dessinée européenne, avec plein de cases et des pages très chargées en informations. Puis, au fur et à mesure que l’histoire se déploie, on bascule dans un découpage plus manga, basé sur une vitesse de lecture supérieure et qui vient forcément ébranler votre petit égo de dessinateur maniaque. »
Nous vous invitons à vous lancer à la poursuite du Cygne noir dans ce space-opéra steampunk baroque d’une profondeur remarquable, nourri de multiples références : du romantisme wagnérien avec la capitaine Lohengrin reine du Ring au manga culte de science-fiction Albator : pirate mystérieux à l’œil recouvert d’un bandeau. Alex Alice réussi le pari audacieux de réunir le meilleur du manga et de la bande dessinée franco-belge dans une trilogie annoncée, dont le deuxième volume sera publié à l’automne prochain.
Laurent LESSOUS (L@bd)
« Les Chants du Cygne noir » T1 par Alex Alice
Éditions Rue de Sèvres (13,90 €) — EAN : 9782810210893
Parution 20 mai 2026




















