« 80 ans Placid et Muzo » : retour sur leur naissance et leurs premières années sous le pinceau de leur créateur, José Cabrero Arnal !

Une heureuse initiative de Vaillant éditions, et de la direction du magazine Pif, permet de fêter les 80 ans de la naissance de la série « Placid et Muzo » avec un hors-série en forme d’album, qui sort de presse quelques jours avant la date de cet anniversaire : le premier gag de « Placid et Muzo » étant paru en une de Vaillant, le 16 mai 1946. Jean-Luc Muller, co-auteur avec Mircea Arapu des textes et de la réalisation de cet album, a accepté de répondre aux questions de BDzoom.com. Merci à lui.

Depuis longtemps, les amateurs du trait d’Arnal (géniteur de Pif le chien) espéraient qu’un jour on remette en avant sa première création en BD, en France : Placid et Muzo. Il faut dire que Pif (né deux ans après ce duo) a rapidement acquis une notoriété et une importance éditoriale qui ont supplanté nos duettistes auprès des lecteurs. En outre, leur créateur avait dû lui-même passer la main au milieu des années 1950, pour raisons de santé. Finalement, la génération Pif-Gadget a connu essentiellement la version de Jacques Nicolaou, qui avait hérité des personnages fin 1958, et a continué de les dessiner pendant un quart de siècle (1).

Première publication : le 16 mai 1946.

Entretien avec Jean-Luc Muller

BDzoom.com  Bonjour, Jean-Luc Muller. Comment est venue l’idée de cet album ?
Jean-Luc Muller — Il se trouve que Mircea [Arapu] et moi, chacun de son côté, imaginions que cet anniversaire méritait un événement. Nous sommes tous deux dingues du trait d’Arnal (et nous ne sommes pas les seuls !), et avions suggéré à plusieurs reprises à la direction du magazine Pif (gestionnaire des droits des personnages) de faire quelque chose. Or, le directeur du magazine, Frédéric Lefebvre, est lui-même un très grand fan d’Arnal. Nous avions échafaudé quelques projets autour d’un hors-série, puisqu’il y avait déjà eu le hors-série pour les 75 ans de Pif, en 2023, auquel nous avions contribué seulement en cours de route (2). Petit à petit, en prenant conscience du format des premières pages publiées, des premiers recueils, etc., nous avons suggéré que cela ressemble à un album, au format carré. On nous a dit « banco», à condition de nous en occuper, et de faire en sorte qu’il puisse s’adresser à tous les publics, et pas uniquement aux spécialistes bibliophiles. Il fallait, aussi, qu’il puisse être en vente avant la date anniversaire !
BDzoom.com  Quel en est le contenu, alors ?

Jean-Luc Muller — Nous savions que ce serait une sorte d’anthologie, puisqu’il était clair qu’on ne pourrait pas publier chronologiquement les 600 (et quelques) gags dessinés par Arnal ! Il fallait que ce soit évocateur, varié, un peu thématique, et qu’on y trouve les diverses facettes des gags du duo. Mais, coup de chance, Mircea possédait de son côté l’intégralité du tout premier recueil, paru en fascicule en 1947, et qui reprenait les 26 premiers gags, mieux reproduits que dans les versions du journal. Ce recueil est aujourd’hui à peu près introuvable et il est reproduit intégralement pour la première fois : un peu comme si vous veniez de le trouver à l’époque, dans son jus. C’était d’ailleurs un vieux rêve de Mircea.

Il y a ensuite un florilège de gags et de grandes illustrations, s’étalant sur huit ans environ, complètement restaurés et remis en couleurs, en respectant toutefois l’esprit de l’époque. Et aussi quelques gags en noir et blanc, pour retrouver et apprécier la qualité du trait.

Le cercueil original paru au printemps 1947.

BDzoom.com  Comment travaille-t-on sur des pages de ce genre, sans trahir l’original ?

Noms dans le désordre, lors de la première publication (16/05/1946).

Jean-Luc Muller — C’est la question qu’on se pose à chaque moment ! Il faut dire que ces publications jeunesse imprimées au format journal, dans les années 1940, ne bénéficiaient pas encore d’une reprographie de qualité, et on se retrouve souvent avec des traits qui disparaissent par endroits, des textes à la lisibilité inégale, et surtout (indépendamment du jaunissement du papier) des couleurs arbitraires et fluctuantes en fonction des encres disponibles pour le ou la coloriste ! Sans oublier les approximations de calage et la trame parfois trop présente et qui créait des pâtés sur les visages, notamment. Sur une page de vieux journal, ça a son charme, mais sur le plan de la lisibilité, dans un album, c’est très vite rédhibitoire. Alors, on scanne en très haute définition, on crée des calques, on retrouve d’abord les traits noirs, on refait des aplats, etc. C’est un processus assez fastidieux.

Début d'un gag en noir et blanc, paru dans le n° 108 de Vaillant (1947).

BDzoom.com  Vous avez pu vous aider de l’IA, puisque cela semble aujourd’hui omniprésent ?
Jean-Luc Muller — Pas du tout ! Il y a trop de fluctuations et d’imprécisions d’une page à l’autre, et par ailleurs il faut que ce travail conserve un caractère organique, avec parfois des décisions différentes en fonction de la situation. Il y a même certaines pages où la trame utilisée à l’époque (pour un recueil) a été conservée, car elle était très uniforme, et cela procure un petit effet de saut dans le temps… On est au plus proche possible de l’intention de départ, et on cherche surtout la lisibilité.

Gag dessiné par Cabrero Arnal et écrit par Pierre Olivier publié dans Vaillant (1952).

BDzoom.com  Qu’est-ce qui a présidé au choix des gags retenus ? Vos goûts ? Des critères spécifiques ?

Jean-Luc Muller — Comme je l’expliquais, les 26 premiers gags… sont simplement les 26 premiers parus, puisque provenant du premier recueil. Les recueils suivants, qui étaient de véritables albums cartonnés, parus à partir de 1950, reprenaient les gags dans des ordres parfois aléatoires, voire incongrus. Nous voulions ensuite retrouver certains thèmes marquants : des gags domestiques, bien sûr, des passages surréalistes, des histoires de nourriture, forcément… Mais également des gags typiquement « de leur époque » et qu’on ne verrait plus aujourd’hui : Placid et Muzo en chasseurs, des gags mettant en scène leurs neveux, parfois très abrupts, et bien évidemment quelques exemples des gags dont les dialogues sont en « vers de mirliton », dus au talent un peu fantaisiste de Pierre Olivier. On met d’ailleurs ce duo en lumière dans la partie rédactionnelle, en fin d’album.

BDzoom.com  À quel public s’adresse cet album ? « Placid et Muzo » par Arnal, c’est loin de nous…
Jean-Luc Muller — Justement, comme je le disais auparavant, la demande était de réaliser un album accessible et qui puisse intéresser tous les publics. Les « très anciens » y retrouveront des choses qui ont pu les amuser enfants, et tous les autres, j’espère, vont découvrir ou redécouvrir une série et des personnages extrêmement dynamiques et rafraîchissants. Certaines grandes illustrations sont d’ailleurs de véritables petits chefs-d’œuvre, et il y a dans ces pages une drôlerie et une vivacité qui ont étonnamment traversé le temps.
Mircea évoque d’ailleurs, à la fin de ce recueil, les successeurs d’Arnal, et la continuité de la série. De mon côté, je me suis amusé à décortiquer quelques thèmes et réunir des archives pour rappeler la popularité de cette bande, dès ses débuts.
Je pense que ce hors-série donnera également envie de se replonger dans de vieux recueils de Vaillant !

Strip avec Muzo et Pif dessinée par Eu. Gire (1950).

BDzoom.com  Il y a en ce moment une campagne participative autour de Pif, à laquelle Placid et Muzo sont associés. Vous pouvez nous en dire un mot ?

Jean-Luc Muller — Cette campagne sur la plateforme Ulule (3) était une manière pour l’équipe qui gère les droits des personnages d’Arnal d’animer la sortie de la série d’animation avec Pif et Hercule, sur Canal+ Kids (« Pif et Hercule se mettent au vert ») et je crois que le magazine voulait également solliciter les lecteurs pour faire évoluer sa formule, ressortir certains gadgets, etc.
La sortie de l’album « Placid et Muzo » est venue se greffer sur cette campagne et fait partie des « packs de contreparties » — c’est-à-dire les lots auxquels on souscrit. Il y a ainsi un pack pour nostalgiques, avec des choses qui intéressent les anciens lecteurs de Pif, et un pack autour de « Placid et Muzo », qui propose un exemplaire du tirage de tête de ce hors-série (numéroté de 1 à 120) orné d’une jaquette particulière (réalisée en 120 exemplaires seulement), avec un ex-libris lui-même numéroté et unique, une reproduction — à l’échelle — d’une planche originale d’Arnal d’un gag contenu dans le recueil… Avec ce lot, la campagne participative s’adresse vraiment cette fois aux amateurs/collectionneurs, fans d’Arnal !

BDzoom.com  Merci, Jean-Luc Muller !

Gilles RATIER

(1) Sur Jacques Nicolaou, voir sur Bdzom.com Disparition de Jacques Nicolaou : Placid et Muzo pleurent leur père adoptif !

(2) Voir sur BDzoom.com : Pif hors-série collector : un émouvant hommage à José Cabrero Arnal !

(3) À propos de cette campagne, qui a été prolongée jusqu’au 17 mai, voir : https://fr.ulule.com/pif-gadget

« 80 ans Placid et Muzo » no HS de Pif Paf Pop Culture (mai 2026)

100 pages en couleurs et en noir et blanc (9,95 €) — Vaillant éditions

Également disponibles en pack VIP et pack Placid et Muzo

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