Tout juste auréolées du Prix René Goscinny du jeune scénariste (pour « Les Cheveux d’Édith », également chez Dargaud, mais avec Dawid au dessin), les prolifiques autrices en ouvrages jeunesse ou romans young adult que sont Fabienne Blanchut et Catherine Locandro nous racontent, dans ce qui n’est que leur deuxième bande dessinée, comment, entre silences et non-dits, a basculé la vie de Frédérique, alors qu’elle avait à peine 13 ans. Basé sur leurs trajectoires personnelles, cet attachant et délicat récit intime, somptueusement mis en images par l’Italien Thomas Campi, nous amène en Corse-du-Sud. À l’occasion de vacances en famille, pendant un été bien particulier de 1985, la fillette comprend qu’elle grandit et qu’elle est différente, car elle prend doucement conscience de l’attirance qu’elle développe pour une serveuse du restaurant du village…
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Le cinéaste Patrice Leconte est aujourd’hui doublement présent en BD : avec le deuxième opus d’une traversée de Paris au féminin — nocturne, mais lumineuse —, chez Grand Angle (le label regroupant les bandes dessinées réalistes du groupe Bamboo), et avec un album biographique décapant chez Dupuis, dans la collection Aire libre.

Une nuit, sous l’occupation, dans Paris presque désert, avec deux jeunes personnages : l’une blonde, auparavant domestique (Arlette), sortant juste de prison, l’autre brune qui vit de tours de magie (Anna).
Commencée au tome 1 — voir « Deux Passantes dans la nuit » : Patrice Leconte, 50 ans après… —, cette errance, avec beaucoup de marche et de recherche pour les deux femmes (et aussi de coups à prendre), est un voyage dans le passé, et dans Paris que la nuit change en un espace insolite.
Unité de temps, de personnages (et presque de lieu) pour Leconte, pour une fois scénariste BD, avec Tonnerre (scénariste cinéma) et l’excellent Coutelis au dessin qui mettent en scène une histoire simple, mais au style vif et habité, et aux couleurs signifiantes.
Poursuivant leur parcours dans Paris, après de multiples péripéties pénibles ou dérisoires, voici qu’approche un contact pour faire appel à un faussaire, lequel sera utile à Anna qui veut partir (fuir ?) : avec toujours la crainte de la police française, qui est à leurs trousses après un contrôle d’identité perturbé.
Le faussaire s’avère vil et profiteur, mais aurait-il pu en être autrement ? Leur équipée dans Paris va les mener chez les anciens employeurs d’Arlette : des gens bien, mais maintenant fauchés. Ils vont passer ensemble une partie de soirée mémorable, avec presque rien. Par un petit miracle, Anna parvient à avoir ses faux papiers, mais Arlette devra rester…
Ce tome achève cette histoire qui existe aussi en coffret réunissant les deux albums.
On ne présente pas Patrice Leconte, metteur en scène de nombreux films, autant à succès que personnels (des « Bronzés » au « Mari de la coiffeuse », de « Monsieur Hire » à « Tandem »).
On ne présente pas non plus Alexandre Coutelis aux amateurs de BD : dessinateur chevronné qui a connu l’hebdo Pilote, et Charlier, qui a signé de nombreuses et belles pages d’albums à la fois personnels et accessibles.
Pour cette histoire sensible, intimiste, presque minimaliste, les scénaristes n’auraient pu rêver mieux que ce dessinateur, à l’esprit proche de leur univers.
Son graphisme griffé, solide, enlevé et stylisé, apporte une touche très humaine, palpable, à cette balade nocturne tragi-comique, lue avec fluidité et émotion.
Le sens de la couleur, très personnel, parfois osé et tranché (pour le meilleur), permet au dessinateur de faire sentir des impressions qui manqueraient avec un autre rendu.
En cela, les couleurs participent pleinement à l’histoire et à la façon de la conter. Notons aussi la souplesse, la vivacité du trait sûr, caractéristique de sa génération (ce qui devient assez rare pour être signalé), sans oublier le lettrage à la main : incroyablement plus agile et chaleureux.
Patrice Leconte est aussi présent comme sujet d’un album, sur sa vie, sa carrière surtout, désormais très riche.
Le grand public sait moins qu’il a réalisé de la BD très jeune, à Pilote, au début des années 1970, avec une série de planches au style schématique, sous le titre « Gazul ».
Mais quelle carrière au cinéma, depuis le bâtard et foutraque « Les WC étaient fermés de l’intérieur », avec le mentor-ami Gotlib, injouable, désormais culte : malgré tous ses défauts.
Cet homme discret, modeste, qui a fait tourner les plus grands, à l’humour et l’autodérision provenant directement de l’univers BD, a donc son parcours en BD, chez lui, quoi…
Par le trait minimal, nouvelle BD, de Nicoby et les textes de celui-ci et de Joub : pour une fois, c’est lui le grand, l’acteur… Tant pis pour lui, il l’a bien mérité !
Patrick BOUSTER
« Deux Passantes dans la nuit T2 : Anna » par Patrice Leconte, Jérôme Tonnerre et Alexandre Coutelis
Éditions Grand Angle (16,90 €) — EAN : 9 782 818 975 480
« Leconte fait son cinéma » par Nicoby et Joub
Éditions Dupuis, collection Aire libre (19 €) — EAN : 9 791 034 760 077





















C’est vrai que le dessin de Coutelis a toujours été superbe, encore un dessinateur bien sous-estimé.
Merci de votre commentaire, ça me touche beaucoup.
Sous-estimé ?
Peut-être, mais avec des dizaines et des dizaines de pages inédites mais ignorées (parce que « pas à la mode » ?) qui ne demandent qu’à paraître.
Un dessin « limpide »,avec une grâce discrète mais bien présente.
Nostalgie profonde de la trop brève aventure « Cargo « …où le style,le trait, le dessin avait toute sa place.
Si les éditeurs courants n’éditent pas ces planches en attente, un éditeur plus alternatif sera peut-être tenté de le faire…
A côté de « Sargasses », il y a parmi les BD très réussies de Coutelis, AD Grand-Rivière, les deux tomes de « Le grec », qui auraient bien mérité un 3ème ! Et que dire de « Le député » : à relire en ces temps incertains…
Un dessinateur très solide, doté d’un style très personnel, d’une expérience folle (il a connu Pilote, a même fait un « Tanguy et Laverdure », collaboré à Fluide glacial, etc) Son sens de la couleur est toujours frappant, et je le rapproche de celui de Moebius, dans l’approche unique, osée, jusqu’au graphisme dans le registre rapide et humoristique…
Et puis, il lettre les textes à la main, c’est inestimable !…