Dans la série des mythiques personnages de la BD franco-belge vus par des auteurs aux styles différents de ceux de leurs créateurs ou continuateurs, certains s’en dépatouillent manifestement mieux que d’autres. C’est le cas d’un Émile Bravo sur Spirou, mais aussi de Matthieu Bonhomme sur Lucky Luke. Ayant inauguré ce principe il y a tout juste dix ans, le virtuose graphiste revient avec une troisième aventure décalée du célèbre cow-boy qui tire plus vite que son ombre… Après avoir confronté ce dernier aux risques de la mort et de la vie de couple, il fait endosser le rôle du père à notre flegmatique héros au foulard rouge ! Un album au propos écologique, qui réussit à être à la fois réaliste, drôle et émouvant, et qui est superbement dessiné !
Lire la suite...« La Véritable Histoire du Dahlia noir » labélisée 619 !
Le meurtre non élucidé d’Elizabeth Ann Short, dont le corps a été retrouvé atrocement mutilé, coupé en deux au niveau du bassin et vidé de son sang dans un terrain vague de Los Angeles, le 15 janvier 1947, a donné lieu à différentes spéculations, lesquelles ont inspiré nombre de livres, films, jeux vidéo, etc. Les derniers mois de cette Américaine de 22 ans, plus connue sous le pseudonyme du Dahlia noir (Black Dahlia), sont ici transposés avec un minutieux souci du détail, dans un recueil mêlant bande dessinée et textes informatifs rédigés d’après les documents déclassifiés du FBI, par les auteurs des séries « Freaks’ Squeele » et « Mutafukaz » : un impressionnant et troublant ouvrage d’une centaine de pages qui met l’accent sur la vie, plutôt que sur l’homicide sinistre, de la victime…
Ainsi, le scénariste Guillaume Renard, alias Run, auteur de « Mutafukaz » — dont le premier tome en BD est publié en 2006 —, par ailleurs créateur du Label 619 au sein des éditions Ankama en 2008 (lequel est passé aujourd’hui chez Rue de Sèvres), a inspecté pendant des heures les archives des journaux de l’époque — certaines sont d’ailleurs reproduites dans l’album — et à recouper les témoignages de gens l’ayant côtoyée pour raconter sa version du Dahlia noir : l’histoire de cette jeune femme fragile qui rêvait de faire du cinéma et qui finira horriblement assassinée.
Souffrant d’asthme, Elizabeth « Betty » Short quittera la rudesse hivernale de son Massachusetts natal pour la Floride, puis s’installera à Los Angeles et envisagera une carrière de starlette hollywoodienne. Son surnom de Dahlia noir, popularisé par la presse américaine, viendrait de son abondante chevelure brune ornée d’une fleur de dahlia ou des vêtements noirs qu’elle portait pour sortir le soir…
La rigueur documentaire de Run, ainsi que son attachement à la naïve protagoniste perdue dans Hollywood, apporte évidemment une authenticité bienvenue à l’efficace narration de son adaptation en bandes dessinées : sept chapitres comportant en tout 64 planches qui sont mis en images par le trait bluffant de Florent Maudoux, lequel lorgne à bon escient le style des comics ou des mangas.
Ce dessinateur (également scénariste sur sa série phare « Freaks’ Squeele » ou sur ses dérivés comme « Funérailles » : voir « Freaks’ Squeele Funérailles T1 : Fortunate Sons » par Florent Maudoux) a réalisé ici un immense travail, souvent quasi photographique, qui peut s’apparenter à de la couleur directe, et qui restitue au mieux l’ambiance de l’époque.
P.-S. Notons que l’album est également disponible dans une version spéciale en noir et blanc (EAN : 978-2-8102-0315-4), au même prix.
« A Short Story : la véritable histoire du Dahlia noir » par Florent Maudoux et Run
Éditions Rue de Sèvres/Label 619 (19,90 €) — EAN : 978-2-81020-301-7

















