Bananas n° 16 : un plongeon audacieux dans l’histoire de la bande dessinée !

Pour son unique livraison annuelle, la revue d’Évariste Blanchet ne manque pas d’audace, en proposant un voyage passionnant dans le passé de la bande dessinée. Audace, avec en couverture un portrait pleine page de la dessinatrice Janine Lay, dont nous étions sans nouvelle depuis près de cinq décennies. Et ce n’est qu’une partie de ce numéro, non pas seulement nostalgique, mais aussi riche en découvertes…

Lorsqu’en avril 2020 j’ai consacré un article de notre rubrique « Patrimoine » à Janine Lay (1), nous ne savions rien sur son parcours depuis sa brutale disparition des magazines BD en 1973. Un message de son voisin et vieil ami Fernand Bonnefoy nous apprend que Janine Lay — alors jeune nonagénaire — est toujours bien en vie. Jusqu’à la lecture de cet article, il ignorait que la vieille dame avait un passé de dessinatrice. Dans la foulée, Jessica Kohn, autrice d’une thèse sur la bande dessinée, nous confie qu’elle est en contact avec elle. Depuis cette découverte, Janine Lay — qui avait complètement rayé la bande dessinée de sa vie —s’est confiée à son voisin, livrant des confidences émouvantes qu’il évoque dans cet article. Ayant aujourd’hui dépassé les 95 ans, la dessinatrice des aventures de Priscille et Olivier, sans oublier  Les Jumelles, dans Bernadette, puis dans Lisette, mène une vie paisible, bien que se déplaçant en fauteuil roulant.

Au total, 30 pages richement illustrées revenant sur le destin pas toujours idyllique d’une femme dessinatrice — elle n’était pas la seule ! —, ayant abandonné le métier, alors que la presse de l’époque laissait croire que Claire Bretécher était la première femme à se lancer dans la profession. « Le besoin de reconnaissance, indispensable pour toute œuvre accomplie, qu’elle avait toujours tenté de nier, est enfin satisfait. Il lui apporte aujourd’hui de la sérénité et une réconciliation avec son passé », conclut Fernand Bonnefoy (2).

Une indispensable traduction de l’article de Marco Steiner paru en 2022 dans Fumetto nous révèle l’un des grands amours d’Hugo Pratt lors de son long séjour en Argentine : Gisela Dester, disparue, elle aussi, depuis un demi-siècle. Elle a été retrouvée à Buenos Aires par les réalisateurs Marco Steiner et Stefano Knuchel qui, en 2018, préparaient leur film « Hugo Pratt en Argentine ». Dessinatrice d’origine allemande, Gisela Dester a notamment travaillé sur les pages de « Ticonderoga » d’Hugo Pratt.

Stéphane Pasquier-Miyazaki propose de larges extraits d’un mémoire universitaire consacré au journal Cœurs vaillants au cours des années 1928–1940. Un plongeon fort instructif au sein de la presse catholique d’avant-guerre où tous les coups étaient permis.

Zinc est un excellent magazine lancé en mai 1971 par une bande de copains bien décidés à créer un journal underground à la française. Pierre Guitton, Philippe Bertrand, Gilles Nicoulaud et quelques autres s’investissent à fond dans ce journal artisanal — alors édité par André Balland —, qui disparaît en mai 1974. Jean-Jacques Lalanne revient sur l’histoire de ce pionnier de la bande dessinée adulte.

La retranscription dédiée au roman-photo d’une rencontre organisée en 2022 par SoBD peut laisser sceptique plus d’un lecteur de bande dessinée. Marius Jouanny, Benoît Vidal, Jan Baetens et Bruno Léandri prouvent que la filiation entre les deux genres existe bel et bien.

Bouffée de nostalgie avec Manuel Hirtz et Harry Morgan qui évoquent Giorgio Rebuffi, lequel au sein du studio Bierrici (les initiales de Bottaro, Rebuffi et Chendi) a campé de nombreux personnages pour les magazines populaires italiens : « Sherif Fox », « Tiramolla », « Cucciolo e Beppe », « Whisky & Gogo »… dont les déboires ont été largement traduits en France.

Enfin, l’unique concession de ce numéro à une création actuelle : l’article d’Olivier Jarrige consacré à la série « Donjon » de JoannSfar et Lewis Trondheim, qui fête ses 25 ans. Comme le temps passe…

Un numéro copieux ouvrant ses pages à des sujets rarement traités, mais oh combien passionnants !, édité par Évariste Blanchet.

Henri FILIPPINI

(1) Janine Lay : profession dessinatrice….

(2) Au cours de l’article de Fernand Bonnefoy, on apprend que Janine Lay revendique l’illustration de la longue « Histoire de l’Église » publiée dans Bernadette en 1956 et 1957. C’est à la demande du scénariste et rédacteur en chef, le père Richard, que la dessinatrice a signé ces pages du pseudonyme M. Gall. Une longue histoire au scénario édifiant, mêlant textes et dessins. Un complément précieux à ajouter au Patrimoine qui lui a été consacré sur ce site : voir ci-dessus.

Bananas n° 16 (février 2024)

108 pages (12 €) — EAN : 979-1-0955-4709-9 — disponible chez l’éditeur (Évariste Blanchet, 22, boulevard du Général-Leclerc, B5, 95100 Argenteuil) et diffusé en librairie

« Histoire de l’Église » dessiné par Janine Lay sous le pseudonyme de M. Gall, dans Bernadette, en 1956.

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