« Chagrin » : une belle appropriation de Balzac…

Publié en 1831 sous forme de feuilleton dans la presse, puis en roman chez Gosselin et Canel, « La Peau de chagrin » appartient à « La Comédie humaine » : l’œuvre magistrale d’Honoré de Balzac. Deux auteurs bien connus en proposent une libre adaptation en 126 pages, aux ambiances gothiques non dénuées de fantastique. Résultat : un ouvrage d’une grande richesse, avec pour cadre le Paris romantique du XIXe siècle.

Raphaël de Valentin, un jeune noble ruiné par ses mauvaises fréquentations, mais aussi par une bonne dose de malchance, erre — désespéré — dans les rues de Paris. Baptisé Chagrin, écrivain médiocre, il travaille sans succès sur son autobiographie : un genre à la mode, pourvu qu’il soit teinté de séquences rocambolesques ou amoureuses. Après avoir vendu le Donjon (le vieux château familial en ruine), son dernier bien, il gagne Paris où il loge dans une mansarde sordide. Il est consolé par la présence de Pauline, la fille de sa logeuse, hélas trop roturière pour épouser un noble même sans fortune. Devenu riche grâce à son ami Rastignac, Raphaël tombe sous le charme de la belle et riche comtesse Féodora. Mais, une nouvelle fois ruiné par la passion du jeu, il est sur le point de se suicider lorsqu’il rencontre un étrange antiquaire : lequel lui offre une peau de chagrin. Ce talisman que le vieil homme dit magique exauce tous les vœux de son possesseur, mais — à chaque souhait réalisé — rétrécit la durée de sa vie. Une fois encore, Raphaël dépense sans compter, épouse Pauline si longtemps repoussée, se lance dans des projets fous, dépérissant à mesure que la peau diminue. Poursuivi par la malédiction de sa peau magique, il mourra ruiné et malade. Son ouvrage, baptisé « Chagrin », connaîtra enfin le succès.

Rodolphe et Griffo s’approprient avec gourmandise la libre adaptation du roman au réalisme fantastique d’Honoré de Balzac, sans pour autant trahir l’œuvre originale. Ils accompagnent Raphaël de Valentin — dans le Paris des Romantiques des années 1830 —, tout au long de son parcours fait de folies et de désillusions. Le scénario au réalisme fantastique teinté d’humour de l’excellent Rodolphe est mis en images avec élégance par Griffo. Le dessinateur propose des pages soignées et plaisantes : son Paris pluvieux est particulièrement réussi. Les deux auteurs, bientôt octogénaires,en ont encore sous le pied !

Notons que le roman d’Honoré de Balzac a déjà été adapté en bande dessinée en 1969 dans un strip quotidien signé Andréas Rosenberg (1) et dans une version érotique proposée par Marc Voline et Massimo Rotundo dans les pages deL’Écho des savanes en 1998.

Griffo.

Né le 21 mai 1949 à Wilrijk (province d’Anvers), Werner Goelen — alias Griffo — étudie à l’Académie des beaux-arts d’Anvers. Dès l’âge de 15 ans, il participe aux travaux underground du groupe Ercola. Il débute en 1975 dans Tintin où il tente une reprise de « Modeste et Pompon ». Pour les éditions Dupuis, il dessine « Munro » dans Spirou, puis « S.O.S.Bonheur » avec Jean Van Hamme. Il démarre une fructueuse collaboration avec Jean Dufaux : « Beatifica Blues », « Samba Bugatti », « Monsieur Noir », « Giacomo C. »… Avec Yves Swolfs, il campe « Vlad », puis « La Pension du docteur Éon » avec Patrick Cothias, « Sherman » et « Golden Dogs » avec Stephen Desberg ou « Ellis Group » avec Sébastien Latour aux éditions du Lombard. Il participe chez Glénat à « Cinjis Qan » avec Patrick Cothias, « L’Ultime Chimère » avec Laurent-Frédéric Bollée, puis à « L’Oracle della Luna » d’après Frédéric Lenoir. Pour Soleil, il dessine « Petit Miracle » avec Valérie Mangin. Depuis quelques années, il propose — souvent avec Rodolphe — des œuvres plus courtes : « Dickens & Dickens » chez Vents d’Ouest, « Utopie » chez Delcourt, « Rainmaker » et « La Main du diable » chez Anspach… À la tête d’une œuvre ambitieuse et exigeante, il a été nommé chevalier des Arts et Lettres.

Rodolphe.

Né le 18 mai 1948 à Bois-Colombes, Rodolphe Jaquette — qui signe Rodolphe — étudie à la faculté de lettres de Nanterre. Il abandonne rapidement un poste de professeur de lettres, crée l’éphémère revue Imagine avant de se consacrer à l’écriture. Depuis « Les Enquêtes du commissaire Raffini » avec Jacques Ferrandez, en 1980, il est omniprésent chez les libraires. Parmi une œuvre foisonnante notons : « Les Écluses du ciel » avec Michel Rouge ; « Dock 21 » avec Alain Mounier ; « Taï-Dor » avec Jean-Luc Serrano ; « Melmoth » avec Marc-Renier ; « L’Autre Monde » et « Mary la Noire » avec Florence Magnin ; « Gothic » avec Philippe Marcelé ; « Frontière », « Le Village » et« Scotland » avec Benoît Marchal ; « Les Aventures des Moineaux » avec Louis Alloing ; « Trent », « Centaurus », « Kenya » et « Europa » avec son complice Léo… sans oublier ses collaborations avec Griffo. On lui doit aussi une cinquantaine de one-shots où il aborde tous les genres avec la même réussite. En 2025, Rodolphe a publié ses mémoires dans l’ouvrage « Old School ? : un demi-siècle de scénarios de bandes dessinées » pour la collection Mémoire vive des éditions PLG (2).

Henri FILIPPINI

(1) Voir à ce sujet sur BDzoom.com : Andréas Rosenberg : l’homme qui a vécu trois vies….

(2) Voir la chronique de cet ouvrage : « Old School ? » : Rodolphe, scénariste de bandes dessinées !.

« Chagrin » par Griffo et Rodolphe

Éditions Glénat (24 €) — EAN 9782344068458

Parution 4 mars 2026

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