L’univers de la médecine légale et de la criminologie, voici le cœur battant de cet album : de ce deus ex machina, en fait. Autopsie d’une étonnante collaboration entre le légiste Philippe Boxho et le dessinateur Pierre Alary. Osons…
Lire la suite...« Post Mortem » : autopsie d’une réussite…
L’univers de la médecine légale et de la criminologie, voici le cœur battant de cet album : de ce deus ex machina, en fait. Autopsie d’une étonnante collaboration entre le légiste Philippe Boxho et le dessinateur Pierre Alary. Osons…
Tout Belge connaît le Liégeois Philippe Boxho, « le légiste le plus lu. » Lorsqu’en mai 2024 l’auteur de ces lignes débarquait à Bruxelles pour la sortie de son « Oradour, l’innocence assassinée », son attachée de presse n’avait que deux mots à la bouche : Philippe Boxho ! Et pour cause, ce médecin légiste est un phénomène médiatique. Licencié en criminologie, diplômé en anthropologie judiciaire, directeur de l’Institut de médecine légale de l’université de Liège, conférencier, auteur d’essais de type true crime, Boxho compte plus de 1 700 000 lecteurs francophones, sans omettre ceux de sa vingtaine de traductions en diverses langues. L’auteur est un tel phénomène de librairie que, en narrant le destin glaçant de ses clients quelque peu refroidis, il a réussi le tour de force de ressusciter une maison d’édition qui avait grandement un pied dans la tombe, à la veille de son premier opusparu en juin 2022 : « Les Morts ont la parole »…
Aujourd’hui, ces mêmes éditions Kennes proposent le présent album de bande dessinée intitulé « Port Mortem ». Porté par ce véritable miracle éditorial décliné en quatre volumes, dont chacun paraît chaque année, Dimitri Kennes ne souhaitait éditer — avec cette BD — ni une adaptation opportuniste ni un produit dérivé de sa série de livres à succès. C’est la raison pour laquelle il a associé son auteur fétiche à un dessinateur de grand talent (Pierre Alary), pour la présente création originale.
Formé à l’école des Gobelins à Paris (la prestigieuse formation européenne en animation), le quinquagénaire Alary est un dessinateur de BD dont le brio et l’élégance du trait font mouche, après une première décennie à œuvrer dans le dessin animé. Ici, avec son dessin joliment encré, et oscillant entre trait réaliste et humoristique, avec des mises en page originales, le bédéiste accompagne le propos du « raconteur » d’histoires vraies qu’est Boxho, la distanciation du dessin BD permettant notamment de montrer ce que la caméra photographique ou cinématographique peut également capter, mais qui demeure un réel difficile à regarder.
Le lecteur de cet album médico-légal pourra apprécier le travail étroit, collectif, mais pas commun, effectué main dans la main entre l’expert scientifique et le dessinateur. Conférant une note de légèreté au propos par définition clinique, le duo a adjoint au récit un petit personnage malicieux, semblable à la coccinelle de Gotlib. Ce personnage n’est autre que le double de Philippe Boxho, seulement visible par ce dernier et le lectorat, invisible des autres protagonistes. Ce personnage miniature pose ainsi des questions rarement formulées au fil des 96 planches du récit gore par nature. Malin.
Les hypocondriaques se divisent en deux genres : ceux que l’anxiété pousse à s’éloigner de tout ce qui relève du médical et ceux que cette même appréhension excessive conduit à tout connaître de la santé comme du fonctionnement du corps. Pour tout dire, l’hypocondriaque de cette première catégorie que fut l’auteur de ces lignes — jusqu’à une récente septicémie salvatrice — a trouvé plaisir à se plonger dans ce curieux objet de lecture, dévoilant les arcanes d’un métier si singulier, entre anecdotes médicales et contours sociaux. Hypocondriaques de tout poil, et les autres, osez « Post Mortem », vous sortirez plus malins de la lecture de ce récit passionnant ! Au fond, « Post Mortem », c’est, pour paraphraser Lautréamont : « beau comme la rencontre préméditée sur une table de dissection d’un deus ex machina et d’un pinceau ». Beau, et synonyme de rigueur scientifique et d’humour.
Notons enfin qu’en octobre et novembre prochains, nous pourrons également écouter Philippe Boxho lors du « Legend Tour » du chroniqueur Guillaume Pley. Médiatique, avions-nous dit ?
Jean-François MINIAC
« Post Mortem » par Pierre Alary et Philippe Boxho
Éditions Kennes (22 €) — EAN : 9782931300633


















