Chris Scheuer (1952-2026) : l’élégance de la BD autrichienne…

Discret, l’auteur Chris Scheuer s’est paisiblement éteint le 12 juillet 2026, à l’âge de 73 ans. Originaire de Graz en Autriche, il était le petit-fils de l’écrivaine Grete Scheuer et le fils d’un restaurateur d’art. Malgré une visibilité parfois confidentielle, il a marqué le monde de la bande dessinée européenne de son empreinte grâce à son trait vif et élégant.

Le parcours de Chris Scheuer est celui d’un écorché vif. Après des années de vagabondage, il fait ses premières armes au début des années 1980, dans la revue culte Schwermetall : l’équivalent allemand de Métal hurlant. En 1983, son premier album (« Sheshiva ») le fait vraiment connaître des lecteurs germanophones. Très rapidement, il devient une figure centrale de la scène créative allemande, aux côtés de Matthias Schulteiss.

Dès 1984, lors du premier Comic-Salon Erlangen, dont il réalise l’affiche, il reçoit le prix Max et Moritz du meilleur artiste germanophone : une double consécration précoce et méritée.

S’il est célèbre outre-Rhin, il est également traduit en France : d’abord dans Charlie mensuel en 1984, puis dans Pilote en 1986 et 1987, (À suivre) en 1986 et 1994 ou dans L’Écho des savanes en 1989.

On se souvient de son dessin précis et atmosphérique, proche des illustrations de mode au crayon gras, capable de rendre aussi bien les décors réalistes que les univers oniriques dans les albums « Comme un parfum de Guerlain » aux éditions Magic Strip (1986) — sur un scénario de Wolfgang Mendl — ou de « Marie Jade » (1988) — avec Rodolphe pour les textes — chez Vents d’Ouest : compilation des récits complets proposés dans Charlie mensuel et Pilote.

Pourtant, après avoir publié l’album « Sir Ballantime » aux éditions Carlsen (en 1990), cet artiste installé à Hambourg s’éloigne de la bande dessinée, durant deux décennies, pour œuvrer dans la publicité et réaliser de nombreux story-boards. La grande lisibilité de son trait et un sens aigu de la mise en scène cinématographique y font merveille, car il sait guider l’œil du metteur en scène avec efficacité : privilégiant la clarté narrative, même dans des compositions complexes.

Après une longue période de relative discrétion dans le monde de l’édition, Chris Scheuer fait un retour remarqué en 2019 : avec la trilogie « Reiche Ernte » (« Riche Moisson ») chez Panini. Ces adaptations glaçantes de nouvelles d’horreur de Matthias Bauer démontrent, une nouvelle fois, la puissance de son graphisme : son dessin installant une ambiance, souvent lourde ou mystérieuse, propice aux récits d’anticipation ou d’horreur, grâce à une forte maîtrise des contrastes et des jeux d’ombre bien à lui.

Le point culminant de cette renaissance a lieu en juin 2025, un an avant son décès, lorsque le Comicfestival Munich lui dédie une grande exposition, accompagnée du prix honorifique PENG ! pour l’ensemble de sa carrière, en évoquant toujours une forme d’élégance dans le traitement des sujets sombres. Il travaille jusqu’à la fin sur son autobiographie, publiée par les éditions Aleph à l’initiative d’Achim Schnurrer (son éditeur germanique chez Schwermetall), où il revient sur sa jeunesse mouvementée.

Chris Scheuer en 2025 lors du Comicfestival de Munich

Chris Scheuer laisse derrière lui l’image d’un artiste complet, à la fois illustrateur, auteur de BD et storyboarder, privilégiant l’immersion et l’émotion : un conteur visuel à la virtuosité gratuite, ayant marqué par un trait d’une rare élégance — et immédiatement reconnaissable — la bande dessinée germanophone des années 1980.

Gwenaël JACQUET

Relecture, corrections, rajouts et compléments d’information : Gilles RATIER 

 

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