« Le Fils de l’Ogre » : le bébé, le justicier et l’Ogre…

Ceux qui croyaient Éric Stalner définitivement tourné vers une bande dessinée aux thèmes moins classiques et au graphisme moins peaufiné seront rassurés par ce nouvel album : ils y retrouveront son savoir-faire pour conter de belles histoires romanesques. « Le Fils de l’Ogre » possède tous les ingrédients d’un conte peuplé de personnages savoureux que n’auraient pas reniés les maîtres du genre. Son trait renoue, lui aussi, avec la richesse graphique appréciée par ses lecteurs dans « Le Roman de Malemort » ou « La Croix de Cazenac ». Un retour aux sources bienvenu !

Dans les Cévennes, en 1743 sous le règne de Louis XV, non loin du village de Barzac, les plaies sont encore vives entre catholiques et protestants. La baronne Héloïse de Lazes fuit le château et son époux repoussant et cruel avec son petit enfant. Sous les yeux de l’Abbé (l’âme damnée du baron surnommé l’Ogre), la jeune femme jette son fils du haut d’une falaise dans les eaux tumultueuses d’une rivière, avant de s’y précipiter. Le bambin survit miraculeusement, recueilli par Guillaume-Paulin Valdéran de Langres : un noble déchu devenu bandit de grand chemin au service de la cause protestante. Baptisé Baptiste par son sauveur,l’enfant est confié à Bérangère : une brave femme au caractère bien trempé qui fut sa nourrice. L’Ogre, dont le second fils — difforme — est enfermé depuis sa naissance dans un cachot, traque Guillaume-Paulin et ses amis afin de récupérer l’enfant qu’il considère comme son unique héritier : le seul apte à perpétuer sa lignée…

Ce ne sont que quelques-uns des protagonistes hauts en couleur de ce riche récit de 100 pages aux multiples rebondissements. Le scénario utilise judicieusement la grande histoire qu’il met au service d’une intrigue à la fois riche et mouvementée. On retrouve les décors soignés, les couleurs chaudes et sensuelles, les personnages aux trognes réjouissantes qui ont fait le succès d’Éric Stalner. La fin de ce récit émouvant — pourtant présenté comme un one-shot — est ouverte, laissant espérer que l’auteur reviendra prochainement sur le destin de Guillaume-Paulin, lequel possède toutes les qualités d’un héros.

Éric Stalner.

Éric Stalner, né le 11 mars 1959 à Paris, et son frère aîné Jean-Marc, né en 1957, qui ne souhaitent alors pas divulguer leur patronyme réel, débutent sous le pseudonyme commun Stalner en 1981. Ils réalisent des pochettes de disque, des affiches de concert et travaillent pour la publicité. Après avoir signé des albums, notamment chez Vents d’Ouest, sous leur véritable nom, ils entament leur carrière en 1989 avec la publication des « Poux » aux éditions Glénat.

Auteur boulimique, mais talentueux, Éric Stalner propose une centaine d’albums, avec son frère, puis seul à partir de 1991. Au fil de cette œuvre impressionnante, notons « Le Boche », « Le Fer et le feu », « Le Roman de Malemort », « Flor de Luna », « Voyageur », « Un long silence », « La Zone », « eXilium », « Vito »… chez Glénat ; « La Croix de Cazenac », « La Liste 66 », « Malheig », « Fabien M. »… chez Dargaud ; « Ange-Marie » aux éditions Dupuis ; « Ils étaient dix », « L’Or sous la neige » chez 12 bis ; « Saint-Barthélemy » et « La Curée » aux Arènes…

En 2020, il entame une collaboration avec Grand Angle où il signe « L’Oiseau rare », « Bertille & Bertille », « Le Bossu de Montfaucon », « Héros de guerre : Albert Roche », « Fils de bourge »… et le présent « Fils de l’Ogre ». Seul ou avec des scénaristes (Pierre Boisserie, Daniel Bardet, Aude Ettori… et son fils Cédric Simon),il figure depuis de longues années parmi les meilleurs dessinateurs réalistes du moment.

Henri FILIPPINI

« Le Fils de l’Ogre » par Éric Stalner

Éditions Grand Angle (19,90 €) — EAN : 9791041114603

Parution 2 septembre 2026

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