Dans la série des mythiques personnages de la BD franco-belge vus par des auteurs aux styles différents de ceux de leurs créateurs ou continuateurs, certains s’en dépatouillent manifestement mieux que d’autres. C’est le cas d’un Émile Bravo sur Spirou, mais aussi de Matthieu Bonhomme sur Lucky Luke. Ayant inauguré ce principe il y a tout juste dix ans, le virtuose graphiste revient avec une troisième aventure décalée du célèbre cow-boy qui tire plus vite que son ombre… Après avoir confronté ce dernier aux risques de la mort et de la vie de couple, il fait endosser le rôle du père à notre flegmatique héros au foulard rouge ! Un album au propos écologique, qui réussit à être à la fois réaliste, drôle et émouvant, et qui est superbement dessiné !
Lire la suite...Le dessin Jap’anime : Construire ses personnages
Menton pointu, nez à peine esquissé, grands yeux brillants, syncrétisme des styles vestimentaires : tout le monde a en tête ce style « jap’anime », celui des mangas et des séries animées Candie ou Albator.
Dans les années 1980, des observateurs superficiels glosaient à l’envie sur la technique de production industrielle japonaise, parfaitement rationnelle en termes économiques, mais en apparence détachée des exigences artistiques occidentales, soulignant le caractère stéréotypé des personnages, des arrières plans simplifiés à l’extrême (sans rien dire des dialogues réduits et des scénarios linéaires), bref un forme de simplicité qui rapprochait les réalisations nippones d’une production culturelle de masse.
Pourtant, il n’en est rien, comme le prouve l’ouvrage Tadashi Ozawa ; car l’école de dessin japonaise, très orientale dans sa philosophie, se révèle au final des plus exigeantes (l’auteur conseille par exemple de partir d’un dessin exhaustif sans faire l’économie dans la représentation des parties pourtant invisibles). Reposant non seulement sur un jet plein de fluidité mais aussi sur une maîtrise approfondie des expressions et du mouvement, cette école excelle dans les mises en cases nerveuses et le rendu des évolutions corporelles les plus audacieuses (nécessité probablement née à la base du besoin de parfaitement traduire les scènes de combats d’art martiaux), toutes capacités qui appellent une maîtrise sans faille. C’est ce que révèle ce cours de dessin très pédagogique. Au fil des pages, on apprend ainsi à regarder d’un autre oeil ce trait fluide et d’apparence « facile » caractéristique des mangas.
Bien sûr, ce manuel se propose explicitement de guider l’apprenti dessinateur sur les pas des maîtres japonais. Mais il apportera aussi d’utiles conseils à tous ceux qui souhaitent perfectionner leur manière, indépendamment de la référence nippone. Les premiers chapitres notamment se révèlent particulièrement riches d’enseignements, qui part de croquis commentés de débutants et propose le jugement critique, puis la réalisation finale, du professionnel. Le point fort de l’ouvrage repose sur sa progressivité et son approche tridimensionnelle du dessin, pour apprendre à respecter les proportions, à modéliser un visage, à rendre une expression ou à traduire un style reflétant la personnalité du héros. Et lorsque l’on connaît les difficultés de nombreux dessinateurs, même confirmés, dans la représentation des mains et la maîtrise de l’occupation de l’espace, on comprend toute la pertinence des conseils donnés par Tadashi qui destine in fine cet ouvrage à tous, débutants mais aussi auteurs déjà bien lancés dans la carrière. Une réussite qui donne autant envie de se plonger dans la relecture des mangakas japonais que de tâter à son tour du crayon.
Joël DUBOS
Le dessin Jap’anime, t.1, Construire ses personnages, Tadashi Ozawa, Eyrolles, 17 euros.






