PLUS DE LECTURES DU 28 NOVEMBRE 2005

Les bons albums se suivent mais ne se ressemblent pas comme le prouve l’éclectisme de nos 5 choix de cette semaine : “ Goscinny ” par Caroline Guillot et Olivier Andrieu aux éditions du Chêne, “ Les pauvres aventures de Jérémie T.3 : Le rêve de Jérémie ” par Riad Sattouf aux éditions Dargaud, “ Les trois imposteurs T.1 : Le réveil du serpent ” par Jean-Marie Woehrel et Christophe Lemoine aux éditions Glénat, “ Slow News Day ” par Andi Watson aux éditions Cà et là et “ Francis Cabrel : les beaux dessins ” collectif aux éditions Delcourt.

 


Goscinny ” par Caroline Guillot et Olivier Andrieu


Editions du Chêne (59,90 Euros)


Les éditions du Chêne se sont spécialisées dans les beaux livres sur la peinture, la sculpture, la photo…, mais ont rarement consacré d’ouvrages au 9ème art, à l’exception d’une somptueuse monographie sur Albert Uderzo, paru en 2002. Cette fois-ci, avec «Goscinny» par Caroline Guillot et Olivier Andrieu, hagiographie axée sur les 4 personnages vedettes de ce scénariste («Le petit Nicolas», «Lucky Luke», «Iznogoud» et, comme de bien entendu, «Astérix»), c’est le tour de son génial compère, hélas trop tôt disparu. L’accent est surtout mis sur les nombreux documents remarquablement bien reproduits, lesquels sont tous rares ou inédits : tapuscrits originaux, photos personnelles, fac-similés introuvables… Enfin, outre une foule de renseignements ou d’anecdotes sur la carrière de cet écrivain et rédacteur en chef talentueux, les lecteurs seront abasourdis par la masse d’émotions qui réussissent à passer ici. Pour en savoir plus, le curieux pourra aussi se reporter au livre de Christian Marmonnier et Aymar du Chatenet aux éditions de la Martinière : «René Goscinny : la première vie d’un scénariste de génie».


 


Les pauvres aventures de Jérémie T.3 : Le rêve de Jérémie ” par Riad Sattouf


Editions Dargaud (9,80 Euros)


Voilà qui confirme tous les espoirs placés en Riad Sattouf ! Après les deux précédentes aventures socio-contemporaines de Jérémie, jeune homme limite obsédé sexuel, et un reportage en BD («Retour au collège» chez Hachette), ce jeune auteur, qui a débuté avec Corbeyran sur un récit fantastique et qui a, depuis, complètement changé de style au contact de ses copains de la «nouvelle BD» (Sfar et consorts), nous propose encore un album jubilatoire. A partir de ses observations quotidiennes, il réussit à composer des personnages qui vivent vraiment, et l’ensemble fonctionne immanquablement. Ici, notre héros est amoureux d’une jeune fille de bonne famille qui lui propose de s’installer dans la vieille baraque dont elle vient d’hériter. Mais comment cette fille, qui est quand même canon, peut-elle s’intéresser à lui ? C’est la question que se posent tous ses copains à l’instar ce jeune auteur de BD, en pleine galère éditoriale, qui l’entraîne dans un club échangiste : un sujet que connaît bien Riad Sattouf puisqu’il a récemment réalisé une BD-reportage sur ce thème, dans le magazine Bang !. N’hésitez donc pas à vous procurer ce troisième opus des pauvres aventures d’un héros du XXIe siècle : c’est vraiment très drôle et très attachant !


 


Les trois imposteurs T.1 : Le réveil du serpent ” par Jean-Marie Woehrel et Christophe Lemoine


Editions Glénat (12 Euros)


Les amateurs de romans historiques seront conquis par cette nouvelle série sur la Sainte Inquisition où, une nouvelle fois, les mystères entourant les religions se révèlent être une source inépuisable d’inspiration pour les auteurs de BD. Ici, la main justicière et meurtrière de l’Eglise tente de retrouver un livre sulfureux qui serait l’évangile de Judas, l’apôtre qui a trahi le Christ. Un capitaine espagnol, juif converti, va se retrouver au centre de ces mouvements occultes, lesquels semblent tourner autour de la personne d’un jeune aristocrate aux mœurs controversées. Si le dessin classique de Jean-Marie Woehrel, proche de celui de Gilles Chaillet, est assez séduisant, c’est surtout la narration dense et efficace d’un nouveau venu (homme de théâtre et auteur de livres pour les jeunes enfants) qui frappera d’entrée les lecteurs de ce premier tome d’une BD, certes convenue, mais qui pourrait bien devenir un classique du genre. D’ailleurs, elle est parrainée par Jean-Charles Kraehn, un homme de goût en ce qui concerne l’aventure avec un grand A.


 


Slow News Day ” par Andi Watson


Editions Cà et là (22 Euros)


Les éditions Cà et là continuent de nous faire découvrir les «graphic novels» américains les plus intéressants du moment et commencent, ainsi, à s’imposer dans le milieu fermé des éditeurs de BD ; entre autres, grâce à ce pavé de 158 pages où l’anglais Andi Watson explore, une fois de plus, les rapports entre les hommes et les femmes. Par petites touches, nous allons découvrir, ici, l’intimité de la fille d’une journaliste américaine qui débarque en Angleterre, pour faire un stage dans un journal local. Malgré le fait qu’elle soit confrontée à la personnalité de l’unique rédacteur du quotidien, lequel est un peu bourru, la jeune fille reste enthousiaste : même si ces enquêtes relèvent plus de la rubrique des chiens écrasés que de l’investigation des grands journalistes ! Comme pour son précédent ouvrage traduit en France («Breakfast After Noon» chez Casterman), Andi Watson retrouve un style ligne claire assez expressif, proche de celui des Dupuy-Berberian ou de leurs ersatz (Peyraud, Christopher, Bourhis…) pour décrire, avec force de détails, la complexité des relations humaines dans un cadre personnel et dans celui du travail.


 


Francis Cabrel : les beaux dessins ” collectif


Editions Delcourt (14,95 Euros)


Même si on commence à être habitué, et même carrément blasé, par tous ces albums proposant des adaptations en BD de chansons d’interprètes médiatiques (Renaud, Souchon, Goldman, Eddy Mitchell, Julien Clerc…) ou légendaires (Piaf, Gainsbourg, Ferré, Brassens…), il faut bien reconnaître que ce recueil consacré à Cabrel est une réussite. D’autant plus que la BD ne fait pas vraiment partie des centres d’intérêt de l’auteur de «Petite Marie», «Je l’aime à mourir» ou «Sarbacane». Pourtant, toutes ces versions dessinées sont émouvantes, attachantes et souvent drôles car, manifestement, chacun s’est vraiment senti concerné par les textes ou la musique de Cabrel ! Que ce soit les hommages de Zep et de Buche, les chansonnettes mises en BD par Virginie Augustin, Béhé, Ted Benoit, Max Cabanes, Jean-Claude Denis, Götting, Manu Larcenet et Ferri, Emmanuel Lepage (également responsable de la couverture), Jérôme Lereculey, Mazan, Ana Mirallès et Cyril Pedrosa, ou le cahier, avec les textes des mélodies concernées, illustré par François Avril, il n’y a rien à jeter ! Et c’est très rare dans ce genre de collectifs !


 


Gilles RATIER


 

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