Ce huis clos médical et fantastique, aux dessins et scénario ciselés au scalpel par Mikaël Bourgoin et Mathieu Gabella, dépote vraiment… et devrait combler les amateurs d’émotions fortes, d’horreur, de séries TV américaines ou de comics… Bien qu’il soit radié de l’ordre des médecins et qu’il ne travaille désormais que pour la pègre, Alexandre reste un praticien consciencieux et minutieux, respectueux du serment d’Hippocrate… Or, tandis qu’il soigne un braqueur blessé, surveillé de près par l’inquiétant grand frère du malfrat, voilà que débarque un soi-disant chasseur de vampires qui exhibe une marque de morsure au cou et exige des soins urgents : car, dès qu’il fera nuit, il se transformera et tuera tout ce qui bouge…
Lire la suite...« Un peu de bois et d’acier » par Christophe Chabouté
Après ses précédentes expérimentations graphiques et narratives qu’étaient « Construire un feu » et « Tout seul », Christophe Chabouté nous revient avec un pavé de trois cent vingt-huit pages complètement muettes, où il prouve, une fois de plus, son exceptionnelle maîtrise du noir et blanc et sa faconde à raconter une histoire sans utiliser les procédés habituellement utilisés pour nourrir une intrigue !
Il porte, cette fois-ci, son regard particulier sur un simple banc public où vient se frotter le derrière de tant d’anonymes… Il fait, alors, de ce témoin privilégié de l’activité (ou de l’inactivité) humaine, le véritable héros d’un récit où l’on retrouve un peu de la magie, de la rêverie et de la poésie que l’on a pu ressentir, au cinéma, avec les tribulations d’un Jacques Tati, d’un Charlie Chaplin ou d’un Buster Keaton … : ce banc futile en devient alors même attachant, puisqu’il nous rappelle à quel point l’inutile et le quotidien peuvent être beaux, si on y prête vraiment attention !
C’est ainsi que l’on va voir défiler, à travers les jours et les saisons, tous sortes de gens qui s’y arrêtent furtivement ou plus longtemps et qui, même, y reviennent régulièrement : que ce soient des enfants, un couple de retraités, un cadre pressé, un skateur en liberté, un clochard aux prises avec un policier ou « des amoureux qui s’bécotent…, en s’foutant pas mal du regard oblique des passants z’honnêtes… ».
Quoi qu’il en soit, la nature humaine y apparaît toujours de manière positive et c’est d’ailleurs, certainement, ce qui contribue à la réussite de cette bande dessinée contemplative où l’auteur aiguise quand même son trait déjà acéré, vif et nerveux.
D’autant plus que cet exercice de style drôle et singulier flirte, par moments, avec la satire sociale, puisqu’il met en exergue certains travers de notre société, tout en déroulant ces différentes bribes d’existence, sans sensiblerie mais avec humour et émotion.
Gilles RATIER
« Un peu de bois et d’acier » par Christophe Chabouté
Éditions Vents d’Ouest (30 €) – ISBN : 978-2-7493-0655-1










