Grand Prix d’Angoulême 2010, Hervé Barulea, qui signe Baru (1), est né le 29 juillet 1947, à Villerupt (un bled de la Meurthe-et-Moselle, en Lorraine). Ado dans les années 1960, il découvre le rock`n`roll par l’intermédiaire de juke-box laissés dans les cafés après le départ de militaires américains des bases du coin, quand la France est sortie de l’OTAN. Comme l’auteur de « L’Autoroute du soleil » le déclare pour présenter ce nouveau diptyque : « Le rock`n`roll, ça reste encore et toujours ma réserve d’énergie ! » Dans ce premier volume de 140 pages tendres et drôles, et un brin nostalgiques, Baru s’intéresse à cette « musique du diable » — qui est loin d’être une musique de vieux réservée aux baby-boomers — et à ses icônes qui ont fait vibrer sa jeunesse, et toute sa vie… à travers des anecdotes vécues ou des récits fictifs, évoquant notamment les Rolling Stones, mais aussi les Yardbirds, les Who, Vince Taylor…
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N’en déplaise aux admirateurs de sa retranscription fidèle de la guerre des tranchées, Tardi n’est jamais aussi bon que quand il dessine Paris !
Ça tombe bien car, pour l’adaptation de ce qui est sans doute le meilleur livre de Jean-Patrick Manchette, son dernier également puisque « La Princesse du sang » (récemment mis en images par Max Cabanes) reste une œuvre inachevée, il nous promène dans divers arrondissements de la capitale, utilisant à merveille des décors datés fin des années soixante-dix !
Martin Terrier est un tueur à gages qui a décidé de raccrocher et de retrouver son amour de jeunesse ; mais cet ancien mercenaire n’échappera pas aux griffes de ces employeurs et va devenir ce qu’il cherchait à fuir depuis l’enfance : l’ombre de son père tant haï, bref, la copie d’un médiocre…

Dans la version définitive de son ultime polar, en 1982, Manchette était donc parti d’un sujet plutôt banal, mais y avait installé un style littéraire provoquant qui bousculait, alors, les habitudes classiques de la narration, tout en réussissant à imposer un personnage complexe : un perdant fatalement seul. Récit extrêmement violent et pessimiste, « La Position du tireur couché » va même secouer toute une nouvelle génération de lecteurs de romans policiers habituée à une écriture fluide amenant, irrémédiablement, une fin implacable. Et Tardi, tout en respectant à la lettre le texte original, en rajoute sur le plan de l’oppression avec des images qui mélangent habilement froideur et lyrisme : son trait nerveux, et de plus en plus épuré, semblant être complètement au service de ce récit ultra-rapide !
D’ailleurs, si Tardi est très fort pour illuminer les ambiances parisiennes, il est aussi particulièrement à l’aise quand il adapte des romans : que ça soit ceux de Léo Malet, de Jean Vautrin, de Daniel Pennac, de Didier Daeninckx, de Pierre Siniac, de Géo-Charles Véran (le trop peu connu et pourtant excellent « Jeux pour mourir ») ou de Jean-Patrick Manchette, dont il avait déjà illustré deux scénarios (« Griffu » et « Fatale » qui ne vit malheureusement pas le jour) et réalisé la mise en cases du « Petit bleu de la côte ouest », en attendant celle de « Nada » qu’il est en train de dessiner.
Alors, évidemment, avec tous ces atouts en main, « La Position du tireur couché » ne nous laisse aucun répit et s’impose, d’emblée, comme l’un des meilleurs polars en bande dessinée de ces dernières années !
Gilles RATIER
« La Position du tireur couché » par Jacques Tardi, d’après Jean-Patrick Manchette
Éditions Futuropolis (19 Euros)







