Dans un monde médiéval fantastique ravagé par la guerre, où le bien et le mal se confondent en absurdités sanglantes, Alastor de Sombregarde est un chevalier maudit, revenu d’entre les morts, grâce à l’intervention d’un maître-gobelin plutôt roublard du nom de Guulghar. Cette anthropomorphe créature, aussi cynique que philosophe, tient en sa main un bâton orné du crâne de son frère Huulghar, lequel continue, malgré tout, de parler et d’exercer la sorcellerie. L’improbable trio traverse champs de bataille et forêts damnées, afin de retrouver la dulcinée du seigneur désabusé… Aurélien Morinière illustre de façon magistrale cette grinçante épopée d’heroic fantasy —tendance Tim Burton —, dont son complice (Olivier Dobremel, alias Dobbs) nous livre de prometteuses prémices tragi-comiques…
Lire la suite...INDISCRÉTIONS TRÈS ÉROTIQUES
Décidément, la BD érotique semble définitivement sortie du ghetto de l’underground, aussi bien que de la médiocrité, où l’on a cru longtemps la confiner. L’album « Indiscrétions : dis-moi comment tu baises ? » publié aux éditions Tabou le confirme.
En effet, le sujet se révèle d’emblée plus original qu’un simple travail érotique, aussi réussi soit-il. L’auteur, Axterdam, cherche à percer le sens des psychologies en regardant des gens faire l’amour. En couple, en trio ou plus, il retranscrit visuellement le spectacle qui lui est offert, commente en marge et s’interroge. On soulignera de ce fait l’originalité du projet et du produit plus que du propos : un dessin d’une grande souplesse, évoquant les conditions de sa production, nerveux, tendu, vibrant. Présentée comme un reportage érotique, le concept se rapproche également d’une mise en condition de la création, évoquant un happening artistique.
Subsiste une interrogation sur la création de l’œuvre et les conditions de sa réalisation : qui sont ces femmes offertes au regard et au trait du dessinateur ? Peut-on suivre l’auteur qui croit dessiner des « femmes nues, libres, ivres de plaire et d’exprimer leur désir » ? L’ambigüité subsiste : femmes mariées, sensuelles, partenaires accomplies qui revendiquent leur lubricité libérée, ou prostituées dument stipendiées attendant l’achèvement de leur contrat ? La part de l’improvisation demeure elle aussi sujette au doute : le dessinateur ne s’est-il pas fait également scénariste, guidant les ébats des couples plus qu’il ne les découvre ?

Derrière ce jeu de l’incertitude parfaitement orchestré par l’auteur, se profile une petite mise en abîme des affres de la création narrative, très classique somme toute, et qui permet de jeter des ponts vers d’autres œuvres, dans d’autres registres ou d’autres genres.
« Indiscrétions : dis-moi comment tu baises… » par Axterdam
Éditions Tabou, 19 euros







