Depuis bientôt 20 ans, Patrick Prugne excelle dans l’utilisation de l’aquarelle et la couleur directe, se spécialisant dans des BD qui mettent en scène des sagas indiennes… (1) Il est de retour chez Maghen, son éditeur (et galeriste) de prédilection, avec une nouvelle évocation de la difficile et sanglante survie des natifs amérindiens. Son attention se porte, cette fois-ci, sur les Cheyennes : l’une de ces tribus qui ne cessent de guerroyer entre eux, mais qui ont en commun la même peur de l’homme blanc. Car les colons et chercheurs d’or déferlent, alors, sur ce vaste territoire herbeux des plaines de l’Ouest qui s’étire du Canada au Texas. Un récit sensible de 76 pages aux décors majestueux, qui vont bientôt être le théâtre du — hélas célèbre —massacre de Sand Creek.
Lire la suite...INDISCRÉTIONS TRÈS ÉROTIQUES
Décidément, la BD érotique semble définitivement sortie du ghetto de l’underground, aussi bien que de la médiocrité, où l’on a cru longtemps la confiner. L’album « Indiscrétions : dis-moi comment tu baises ? » publié aux éditions Tabou le confirme.
En effet, le sujet se révèle d’emblée plus original qu’un simple travail érotique, aussi réussi soit-il. L’auteur, Axterdam, cherche à percer le sens des psychologies en regardant des gens faire l’amour. En couple, en trio ou plus, il retranscrit visuellement le spectacle qui lui est offert, commente en marge et s’interroge. On soulignera de ce fait l’originalité du projet et du produit plus que du propos : un dessin d’une grande souplesse, évoquant les conditions de sa production, nerveux, tendu, vibrant. Présentée comme un reportage érotique, le concept se rapproche également d’une mise en condition de la création, évoquant un happening artistique.
Subsiste une interrogation sur la création de l’œuvre et les conditions de sa réalisation : qui sont ces femmes offertes au regard et au trait du dessinateur ? Peut-on suivre l’auteur qui croit dessiner des « femmes nues, libres, ivres de plaire et d’exprimer leur désir » ? L’ambigüité subsiste : femmes mariées, sensuelles, partenaires accomplies qui revendiquent leur lubricité libérée, ou prostituées dument stipendiées attendant l’achèvement de leur contrat ? La part de l’improvisation demeure elle aussi sujette au doute : le dessinateur ne s’est-il pas fait également scénariste, guidant les ébats des couples plus qu’il ne les découvre ?

Derrière ce jeu de l’incertitude parfaitement orchestré par l’auteur, se profile une petite mise en abîme des affres de la création narrative, très classique somme toute, et qui permet de jeter des ponts vers d’autres œuvres, dans d’autres registres ou d’autres genres.
« Indiscrétions : dis-moi comment tu baises… » par Axterdam
Éditions Tabou, 19 euros







