Louis ramène sa petite famille sur le bord de mer où il avait déjà passé des vacances avec son père, son oncle et sa tante, quand il n’avait que dix ans. Il va même jusqu’à relouer, pour quelques jours, la vieille maison où ils logeaient. En se promenant sur la plage, il se retrouve face à une falaise où une ancienne et menaçante villa en ruine résiste encore. Les souvenirs d’un été des insouciantes seventies lui reviennent immédiatement à l’esprit, alors que ses copains lui racontaient qu’y vivait une sorcière censée savoir parler aux morts… Pour cette convaincante plongée dans un passé qui marqua durablement cet enfant, le délicat scénariste Vincent Zabus s’est adjoint le trop rare Denis Bodart, dont le dessin s’accorde ici parfaitement à l’émotion du récit.
Lire la suite...Un terroriste s’efforce de détacher la France du Qatar dans « Compte à rebours » tome 3
Retour au travail judiciaire et policier après le lourd attentat au Louvre du tome précédent, qui a stupéfié et interrogé tous les protagonistes. Les journalistes commencent à poser des questions sur les informations et la présence de policiers lors de l’attentat. Et le juge pénal (qui a les traits du scénariste Marc Trévidic, ex-juge pénal) apprend bientôt que la DGSE (Sécurité extérieure) connaissait le projet d’attaque, mais ne l’avait pas révélé, pour des raisons de rivalité policière.
Abou Othman, français converti à l’islam et ayant versé dans le terrorisme, est toujours recherché, et les services redoutent ce qu’il élabore. Lui-même est manœuvré par un mystérieux commanditaire, dignitaire qatari, qui rêve de faire croire à l’implication du Qatar (pays « ami » de la France et bénéficiant de privilèges fiscaux) pour déstabiliser l’ensemble. Quant au juge, il essaie de débrouiller l’écheveau de l’attentat. Il apprend par une femme (salafiste modérée, si cela existe), épouse d’un terroriste repenti, que celui-ci, un temps compagnon de route d’Othman, travaillait pour la DGSE. Maintenant, tout s’éclaire, mais tout se complique…
Personnage crédible et attachant, le juge inspire de plus en plus de sentiment d’identification au lecteur. Après 2 tomes spectaculaires, cet album démontre encore plus de dialogues entre services, la solitude du juge et le travail de bureau. Néanmoins, l’intrigue se suit bien, grâce aux méchants, d’abord le tireur de ficelle qatari, figure diabolique idéale, puis les chefs de la DGSE dont la faute a des conséquences sur tous les acteurs.
Coups retors, arrière-pensées, rivalités et orgueil font en effet partie de toute activité, même les plus sensibles et cruciales. L’ensemble est donc bien mené, quoiqu’un peu statique, avec un dessin équivalent aux premiers tomes (réaliste, « documentaire », au carré). Reste que le ressort de l’intrigue à propos du Qatar semble naïvement le poser en innocent, qu’un chef terroriste voudrait salir. Pourtant, objectifs, mentalités, arrière-pensées et attitudes du Qatar font penser à un entrisme dangereux, il est vrai permis par des politiques et financier. En effet, au-delà du commerce et du spectacle sportif, pour mener une guerre et continuer à exister, il faut savoir trier ses alliés et lutter contre les ennemis. Une inflexion au tome 4 ? Cet album nous donne en tout cas à réfléchir sur les enjeux du siècle et c’est déjà très appréciable.
Patrick Bouster
« Compte à rebours tome 3 : Opération Tora Bora » par Marc Trévidic, Matz et Giuseppe Liotti
Éditions Rue de Sèvres (15 €) – ISBN : 978-2-369-81454-2










