« Alastor de Sombregarde » : quand le bien devient plus tyrannique que le mal…

Dans un monde médiéval fantastique ravagé par la guerre, où le bien et le mal se confondent en absurdités sanglantes, Alastor de Sombregarde est un chevalier maudit, revenu d’entre les morts, grâce à l’intervention d’un maître-gobelin plutôt roublard du nom de Guulghar. Cette anthropomorphe créature, aussi cynique que philosophe, tient en sa main un bâton orné du crâne de son frère Huulghar, lequel continue, malgré tout, de parler et d’exercer la sorcellerie. L’improbable trio traverse champs de bataille et forêts damnées, afin de retrouver la dulcinée du seigneur désabusé… Aurélien Morinière illustre de façon magistrale cette grinçante épopée d’heroic fantasy —tendance Tim Burton —, dont son complice (Olivier Dobremel, alias Dobbs) nous livre de prometteuses prémices tragi-comiques…

Prévue en deux épais tomes de 80 pages fort bien fabriqués esthétiquement, cette étonnante quête chevaleresque et initiatique est publiée au sein du nouveau label Oxymore (1), où le médiatique Mourad Boudjellal a récupéré la majorité de l’équipe créative qu’il avait rassemblée aux éditions Soleil. 

Cela dit, nous n’avons pourtant pas droit, ici, à un traditionnel récit épique et fantastique. Si le lecteur a quand même sa dose de combats, de magie, de légendes, d’entités mythiques ou de trahisons mise en valeur par un dessinateur de plus en plus inspiré (à qui l’on doit, entre autres, la série « Visages » avec Miceal Beausang-O’Griafa et Nathalie Ponsard-Gutknecht ou encore « L’Homme bouc » et « L’Enfant démon » avec Corbeyran), c’est surtout l’ironie qui règne en maîtresse sur les pesteuses mésaventures semées d’embûches de ce malchanceux paladin amoureux… : les chamailleries des deux gobelins bavards insufflant humour décalé et légèreté aux poncifs du genre.

Dans cette sombre première partie, découpée en plusieurs chapitres — introduits avec des extraits des carnets de notes et de dessins secrets du bienveillant chevalier —, le récit du prolifique et efficace scénariste (auteur d’« Allan Quatermain », « Alamo », « Scotland Yard » ou « Loki » chez Soleil, « Nicolas Le Floch » chez Robinson, « Aléa Drumman » chez Glénat…) évolue de page en page, dans une ambiance pour le moins surprenante.. Mais il est évident que cela mènera inévitablement son méprisable héros de la mort vers une destinée peu engageante.

Gilles RATIER 

(1)  Oxymore présente de nombreux titres d’aventures heroic fantasy, fantastiques, policières ou historiques qui raviront les aficionados de chaque genre : voir récemment, sur BDzoom.com« Kernok le pirate » : un souffle maritime et gothique…« Autopsie T3 : Retour à Innawanga » : l’Australie au scalpel !Virées mexicaines…« Autopsie » : une trilogie glaçante à souhait…« West Fantasy » : un nouvel univers imaginé par Jean-Luc Istin !Pêcheurs de Suède et d’Islande…

Sans oublier le très recommandable « Greenlander T1 : L’Aimé-des-ours » par Przemysław Kłosin et Christophe Bec qui vient juste de paraître. Il s’agit de l’épopée d’un jeune berger qui rejoint une colonie viking ayant du mal à survivre, alors qu’il menait jusque-là une vie de solitaire sur les hauteurs glacées du Groenland… Le tout sur fond de présages funestes : c’est vraiment d’actualité !

« Alastor de Sombregarde T1 L’Infâme Gentilhomme » par Aurélien Morinière et Dobbs

Éditions Oxymore (18,95 €) — EAN : 9782385611385

Parution 21 janvier 2026

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