Entretien avec Melhia Martin : l’autrice du remarqué « L’Été avec Olivia »…

« L’Été avec Olivia » est une bande dessinée toute en délicatesse et poésie qui décrit la naissance de sentiments inconnus, le temps d’un été, pour une préadolescente observatrice. De l’ennui à un enthousiasme bridé et incertain, la jeune autrice s’attarde par petites touches sensibles sur l’évolution émotionnelle de sa jeune héroïne. Nous remercions sincèrement Melhia Martin d’avoir pris du temps pour répondre à nos questions sur une bande dessinée qui inaugure la collection Orage aux éditions Biscoto.

Melhia Martin_copyright_Esther Chevallier

BDzoom.com - Bonjour Melhia Martin, pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour, je m’appelle Melhia Martin, j’ai 26 ans et je suis autrice de bandes dessinées à Angoulême.

J’ai grandi dans les Ardennes, à Vouziers, puis j’ai rejoint Angoulême pour étudier le cinéma d’animation avant de rejoindre l’ÉESI et y développer une pratique de la microédition et du dessin.

BDzoom.com - Quel est votre parcours dans le monde de la bande dessinée avant « L’Été avec Olivia » ?

Au cours de mes cinq années d’étude à l’ÉESI, j’ai développé une pratique de la bande-dessinée et de la microédition. J’ai participé à quelques fanzines en collectif, dans lesquels je dessinais de courtes bandes dessinées drôles ou poétiques. C’est pendant ma troisième année que le projet « L’Été avec Olivia » est apparu, à partir de dessins de plantes au crayon à papier et d’un recueil de poèmes sur l’été et la campagne.

BDzoom.com - Quelles influences revendiquez-vous en bande dessinée ?

Je lis majoritairement de la bande dessinée contemporaine et indépendante. J’aime énormément le travail de Julie Delporte dont les écrits et dessins me parlent énormément, j’adore le dessin d’Aidan Koch, de Valentine Gallardo et d’Oriane Lassus, l’écriture d’Alison Bechdel.

Mais le cinéma reste aussi l’une de mes influences principales dans ma façon de composer mes images et de créer mon découpage. Notamment les films des réalisatrices Andrea Arnold, Agnès Varda et Alice Rohrwacher.

« L’Été avec Olivia » page 15.

BDzoom.com - Pouvez-vous nous résumer le scénario de votre album ?

Anna s’ennuie pendant l’été. Elle aide sa maman au potager, se balade au milieu des champs, rend visite à sa grand-mère et soupire sous la chaleur. Mais, un après-midi, elle va rencontrer Olivia, une ado de son âge venue passer l’été chez sa tante qui vit dans le même village. Les deux filles vont se lier d’amitié, explorer la forêt, se baigner, discuter dans l’herbe, mais il se pourrait bien qu’Anna développe des sentiments nouveaux pour Olivia : une attirance qui va l’intriguer et qu’elle va tenter de déchiffrer comme elle peut.

BDzoom.com -  Quelle est la part autobiographique dans ce récit ?

J’ai écrit cette bande dessinée en m’inspirant de ma propre enfance et adolescence, ainsi que celles d’amies qui sont passées par ces mêmes sentiments. J’ai moi-même grandi à la campagne, dans les années 2010 ; donc, les paysages, les sensations, certaines scènes sont tirées de souvenirs de mes étés, dans mon village dans les Ardennes.

BDzoom.com -  Régulièrement, les plantes envahissent des planches de l’album, pourquoi ?

La nature a une place importante dans la campagne que j’ai souhaité représenter. Le jardinage et la cueillette du potager sont aussi des activités quotidiennes pour mes personnages. Aussi, les fruits qui pourrissent sous le soleil, les feuilles qui s’assèchent ou les légumes mûrs me permettaient de reconstituer des sensations et des odeurs de jardins d’été. L’été on a le temps de les contempler, de tuer l’ennui en les regardant, de passer du temps à s’en occuper et à les arroser, à les voir mûrir ou subir la chaleur dans des cases, voire des planches entières.

BDzoom.com - Pourquoi avoir choisi un dessin au crayon, donc de réaliser un album en noir et blanc et non pas en couleurs ?

Le crayon est un outil avec lequel je me sens à l’aise. C’est le premier que je sors de ma trousse quand je veux dessiner instinctivement. De plus, dans cet album, je trouvais que le noir et blanc devenait un bon allié pour représenter le contraste : le noir pour l’ombre fraîche, le ciel d’orage et la tiédeur du soir, face à la lumière étouffante du soleil en plein après-midi ou l’éblouissement quand on sort de chez soi en blanc.

La rencontre entre Olivia et Anna...

BDzoom.com -  Il n’y a aucun personnage masculin dans votre récit ; pourquoi ce choix ?

En premier lieu, j’ai évité autant que possible de faire intervenir des personnages adultes. Je voulais laisser le maximum de place à Anna et Olivia, leur relation et leurs conversations. Mais quand des adultes devaient apparaître, il était assez évident pour moi de faire apparaître des femmes. Dans mon enfance, c’est majoritairement ma mère et mes grands-mères qui s’occupaient des enfants pendant les vacances, mais c’est aussi elles qui s’occupaient d’éplucher les légumes, de cuisiner et de faire les conserves. Je voulais mettre en avant l’importance de tout ce travail et la transmission de leurs gestes : de la grand-mère, à la mère jusqu’à la petite fille.

BDzoom.com - Vous excellez à détailler ces moments incertains d’attirance et de doute chez des pré-adolescentes, comment les avez-vous écrits et dessinés, en avez-vous éliminés dans la version définitive de « L’Été avec Olivia » ?

J’ai essayé de replonger dans des sensations que j’avais vécues ou que des ami·e·s m’avaient partagées. C’est par là que commence l’attirance et le doute quand on est un enfant ou un adolescent, surtout quand on n’a pas les mots et que l’on manque de représentation. Tout se joue à l’intérieur, on n’ose pas en parler, on essaie de comprendre en observant les autres. On se demande ce que ça voulait dire quand on s’est pris la main ou quand tu as dit que j’étais jolie.

C’est terrifiant de mettre des mots, à voix haute, sur des sentiments dont on n’a jamais entendu parler. Je crois que la plupart de ces moments-là sont dans la version définitive de la bande dessinée. Je me suis demandé à plusieurs moments si c’était nécessaire de verbaliser cette attirance et ce doute dans des dialogues, mais je me souviens que – et c’est le cas aussi pour la plupart de mes amie·s concernée·s par le sujet – qu’on n’avait pas souvent la possibilité de le comprendre et/ou de le verbaliser, surtout à cet âge-là.

BDzoom.com :  Pour terminer, pouvez-vous dévoiler vos projets à court et moyen termes, retrouverons-nous bientôt Anna et Olivia ?

J’ai écrit le scénario d’un projet de bande dessinée que je commence doucement à dessiner, mais je n’ai pas prévu d’écrire une suite pour Anna et Olivia pour le moment !

 Laurent LESSOUS (l@bd)

« L’Été avec Olivia » par Melhia Martin

Éditions Biscoto (16,00 €) – ISBN : 9782379623486

Parution 6 mars 2026

 

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