Après le livre à succès de Giuliano da Empoli qui a résonné de façon saisissante avec l’actualité géopolitique (puisqu’achevé en janvier 2021, soit un an avant l’invasion de l’Ukraine), puis le film réalisé par Olivier Assayas sorti l’an passé — où le célèbre acteur britannique Jude Law interprétait le rôle de Vladimir Poutine —, voici donc la BD ! Et force est de constater qu’elle est réussie : Luc Jacamon (le dessinateur de la série « Le Tueur », sur scénarios de Matz) ayant, notamment, accompli un remarquable travail graphique et d’adaptation… Son Vadim Baranov, ancien théâtreux et producteur de télévision devenu l’éminence grise du controversé président de la Fédération de Russie — d’où son surnom de Mage du Kremlin —, est aussi envoûtant qu’intrigant…
Lire la suite...Course contre la montre haletante sur une planète de glace, dans « Iceworld »…
Dans « Iceworld », à un récit de science-fiction se mêle une intrigue de thriller, avec une course poursuite de quelques heures sur une planète dangereuse. Cette bande dessinée bien écrite et dessinée est destinée à un lectorat adolescent, lequel aimera se plonger dans des planches grands formats, idéales pour mieux apprécier les décors originaux d’un polar intergalactique rythmé et plaisant.
Dans un futur indéterminé, Roméo Paril est un adolescent de 13 ans heureux de passer quelques jours de vacances avec son père. Géologue, celui-ci travaille sur Seiren : une planète glacée interdite au tourisme. Roméo fait une dernière escale sur Laïna : une lune de Seiren. Dans le spatioport de la capitale Bluetown, par une fenêtre holographique, il entrevoit quelques secondes un paysage verdoyant, luxurieux, avant que celui-ci soit remplacé par les collines désertiques habituelles.
Le jeune garçon ne s’en formalise pas plus que ça et prend une petite navette individuelle pour rejoindre la grande planète voisine. Il s’arrête dans un lieu isolé pour observer « le chant des glaces », car au lever et au coucher du soleil des ondes désactivent les composants électroniques et la planète entame alors une sorte de musique à sa surface. Elle a d’ailleurs été nommée ainsi par analogie avec les sirènes de l’Odyssée d’Homère qui charmaient les marins par leurs chants pour provoquer le naufrage de leur navire. Avec un certain effroi, il assite à la destruction de sa capsule par un drone.

Seul, sur une planète glacée et déserte, la température n’excède pas – 83°, il ne peut survivre que 17 heures à l’aide de sa combinaison thermique. Il se réfugie dans l’épave d’un vaisseau dans l’espoir de trouver un transmetteur.
S’il lui demeure impossible de communiquer avec l’extérieur, il fait la rencontre de Nal, un biobot ; c’est-à-dire un androïde semi-organique doué de conscience. Or, il n’a aucune raison de se trouver ici.
À partir de ce moment, Roméo prend conscience que c’est la méga-corporation Bluetech qui cherche à l’éliminer, à cause de ce qu’il a vu, et que cette entreprise tentaculaire cache de nombreux secrets sur Seiren.
Commence alors une course contre la montre pour trouver de l’aide, avant que la batterie de sa combinaison thermique ne soit victime du froid polaire, doublée d’une course poursuite pour échapper aux sbires que Bluetech lance à ses trousses.
Professeure des écoles et autrice de nombreux romans pour J’aime lire, Je bouquine et J’aime lire max, Anne Rivière avait écrit cette histoire pour le magazine Je bouquine, avant de se réviser et de proposer le projet à Bayard, car elle l’imaginait davantage sous forme de bande dessinée.
L’éditeur, emballé, a alors cherché et trouvé le dessinateur idoine : le Milanais Gabriele Barsotti. Après deux ans de travail, le résultat est enthousiasmant. L’intrigue classique se développe à partir d’un point de départ original, dans la veine des meilleurs films d’Hitchcock : un adolescent innocent, pris dans un complot qui le dépasse, entame une course poursuite haletante pour échapper à des puissants ennemis et révéler la vérité.
L’autrice en profite pour développer des thématiques qui lui tiennent à cœur autour de l’écologie ou de la dénonciation d’un capitalisme mortifère, avec une touche sociale pour la défense de travailleurs exploités : ici les biobots.
Ce récit d’initiation bien construit, aux nombreux rebondissements et aux dialogues pertinents est mis en valeur par le dessin dynamique de Gabriele Barsotti. Venu de l’animation et du jeu vidéo, son travail vise à fusionner la clarté graphique des comics états-uniens, avec l’expressivité émotionnelle de la bande dessinée européenne.
Il est très efficace dans les scènes d’action et dans des décors aux perspectives impressionnantes, tout comme dans la caractérisation et l’expressivité des personnages.
Le grand format cartonné de « Iceworld » permet d’apprécier chaque planche d’une bande dessinée de science-fiction généreuse, tant dans sa pagination que dans le déroulé d’un récit riche et immersif.
Laurent LESSOUS (l@bd)
« Iceworld : course contre la glace » par Gabrielle Barsotti et Anne Rivière
Éditions Bayard jeunesse (17,90 €) – EAN : 9791036398995
Parution 15 avril 2026






























