Trois ans après l’attentat par un mystérieux tueur cagoulé qui a coûté la vie à sa femme, alors qu’il était au fait de sa gloire, le romancier Fred Stone vit à l’écart du monde, dévasté… Néanmoins, son agent le projette à nouveau sur le devant de la scène en exhumant son premier ouvrage — « The Puzzle Game » — qu’il avait pourtant délibérément laissé au fond d’un tiroir à l’époque ! Contraint d’en assurer la promotion, le célèbre écrivain accepte d’aller au festival littéraire de sa ville natale. Il croise alors la route d’une inconnue qui ressemble beaucoup à son amour dramatiquement perdu, mais aussi d’un nouvel agresseur masqué qui le prend en chasse… Le jeu de puzzle ne fait que commencer dans ce haletant polar hitchcockien signé Denys et Herik Hanna !
Lire la suite...« Le Mage du Kremlin » : le pouvoir comme expression artistique…
Après le livre à succès de Giuliano da Empoli qui a résonné de façon saisissante avec l’actualité géopolitique (puisqu’achevé en janvier 2021, soit un an avant l’invasion de l’Ukraine), puis le film réalisé par Olivier Assayas sorti l’an passé — où le célèbre acteur britannique Jude Law interprétait le rôle de Vladimir Poutine —, voici donc la BD ! Et force est de constater qu’elle est réussie : Luc Jacamon (le dessinateur de la série « Le Tueur », sur scénarios de Matz) ayant, notamment, accompli un remarquable travail graphique et d’adaptation… Son Vadim Baranov, ancien théâtreux et producteur de télévision devenu l’éminence grise du controversé président de la Fédération de Russie — d’où son surnom de Mage du Kremlin —, est aussi envoûtant qu’intrigant…
De la scène d’ouverture — où celui qu’on appelle encore affectueusement Vadia évoque sa jeunesse auprès de son grand-père, aristocrate cultivé miraculeusement rescapé des purges staliniennes et incroyable chasseur de loups dans le Caucase — à la plongée vertigineuse dans les entrailles du régime russe des dernières décennies, Jacamon donne corps à un implacable univers de manipulations et d’illusions, où c’est la politique qui devient théâtre. Grâce à son trait réaliste très stylisé et en économisant les récitatifs, tout en jouant avec les ellipses narratives, il réussit à donner une dimension quasi poétique qui laisse de la place à la suggestion et à la méditation sur la nature du pouvoir.
De la guerre en Tchétchénie à la crise ukrainienne, « Le Mage du Kremlin » nous dévoile donc, en 140 pages aussi colorées que glaçantes, les dessous de l’ère Poutine, en mettant en exergue un formidable personnage, éminemment romanesque, librement inspiré de Vladislav Sourkov : l’ancien conseiller de l’actuelle figure centrale de l’exécutif de la nation russe postsoviétique, depuis 1999.
Tout commence vraiment quand Vadim Baranov est contacté par son ami Boris Berezovsky (le véritable patron de la Russie à l’époque, puisqu’il s’était fait donner le contrôle de la télévision d’État par le président Boris Eltsine, pour le remercier de ses services rendus lors de sa campagne, lesquels lui ont assuré sa réélection) pour l’aider à amener au pouvoir un obscur directeur du FSB (Service fédéral de sécurité) : un certain Vladimir Vladimirovitch, qui se définit, alors, comme « un fonctionnaire qui n’a pas fait autre chose, toute sa vie, que d’exécuter des ordres et faire son devoir. »
Cette fascinante relecture visuelle du livre extraordinairement perspicace de l’essayiste italien Giuliano da Empoli (couronné par le Grand Prix du roman de l’Académie française) nous explique pourquoi et comment Poutine a réussi à installer son pouvoir : manifestement, son Raspoutine dramaturge, « poète égaré parmi les loups », a su appliquer à bon escient les méthodes du spectacle au monde politique…
(1) Sur Luc Jacamon, voir aussi sur BDzoom.com : « Le Tueur » : la mort dans la peau, selon Matz et Jacamon…, « Le Tueur » : seconde saison !, « La Religion T2 : Orlandu » par Luc Jacamon et Benjamin Legrand, d’après Tim Willlocks, « La Religion T1 : Tannhauser » par Luc Jacamon et Benjamin Legrand, d’après Tim Willcoks, La recrue, PLUS DE LECTURES n° 10 – Les 5 Critiques du 10 novembre 2003…
« Le Mage du Kremlin » par Luc Jacamon et Thea da Empoli, d’après Giuliano da Empoli
Éditions Casterman (24 €) — EAN : 9782203296626

















Je n’ai pas retrouvé l’ambiance angoissante du roman,. J’ai en cours et la fin de ma lecture un sentiment de ratage en raison d’un texte « poétique » simpliste et lourd, et un dessin manquant de précision malgré quelques très belles pages de forêt. Une certaine déception