« Stern T6 : Hors du monde » : un croque-mort dans la panade !

Héros discret de ce western atypique, Elijah Stern est de retour pour une sixième aventure tout aussi étrange que les précédentes. Antihéros par excellence et n’ayant plus rien à « croquer », notre croque-mort discret et solitaire, amateur de littérature, plonge tête baissée dans un coup foireux… où il risque de la perdre. Le scénario aux petits oignons des frères Maffre entraîne Elijah dans une invraisemblable épopée : laquelle conduit leur héros sur une île pas aussi déserte que le croient ses ravisseurs. Un album dessiné avec élégance et qui se déguste avec gourmandise.

Les dramatiques aventures d’Elijah Stern débutent à Kansas City en 1880. Jeune homme cultivé, passionné par les livres, il devient croque-mort faute de mieux. Mêlé malgré lui à des affaires criminelles, il croise la route de personnages parfois pittoresques, souvent dangereux, dont certains lui permettent de renouer avec son passé. Arrivé en 1883 en Louisiane, c’est désormais dans les cimetières de La Nouvelle-Orléans qu’il exerce son étrange métier.

Après avoir secouru trois immigrés italiens injustement accusés de crimes, il se retrouve sans travail, aucun cimetière n’acceptant de l’employer. Bien que méfiant, il finit — sans un sou en poche — par accepter la proposition que lui fait l’inquiétant Monsieur Matranga : parlant l’espagnol, il doit servir d’interprète lors d’une vente d’armes par des mafieux à des révolutionnaires cubains.

La transaction virant au vinaigre, Elijah est retenu comme otage par les Cubains qui le conduisent sur une île oubliée, supposée déserte, au large de Cuba. Réfugiés dans une ancienne bâtisse édifiée jadis par de riches colons, notre héros et ses redoutables geôliers subissent une longue attente, où les esprits s’échauffent au fil des heures. Malgré la présence réconfortante d’Ana Maria, Elijah n’est pas rassuré, d’autant plus qu’un mystérieux tueur hante l’île…

Les auteurs proposent un huis clos oppressant où l’angoisse augmente au fil de pages ponctuées par des actions violentes. Fidèle à lui-même, Stern gère la situation avec flegme, au péril de sa vie, jusqu’à la conclusion inattendue — à son image… — de cette aventure riche en coups de théâtre.

Loin des clichés de l’épopée du Far West idéalisée par un certain cinéma américain, Frédéric et Julien Maffre évoquent les aventures d’un personnage d’apparence banale, spectateur incrédule évoluant dans un monde qui se transforme, y cherchant tout simplement sa place. Le scénario, où chaque mot compte, est un régal, digne du passionné de littérature qu’est leur héros. La mise en images, sans fioriture inutile, exprime avec justesse les sentiments des protagonistes aux visages expressifs, sans pour autant négliger les décors soignés.

Quelque 70 pages d’une passionnante bande dessinée, réalisée à l’ancienne comme on les aime, dont il faut absolument lire les albums précédents. (1) À ce propos, les éditions Dargaud viennent de rééditer le tome 4 (« Tout n’est qu’illusion »), dans une nouvelle présentation comprenant huit pages supplémentaires inédites et de nouvelles mises en couleurs.

Julien Maffre.

Né à Castres en 1981, Julien Maffre étudie aux Beaux-Arts de Castres, puis à ceux de Perpignan. Ses études terminées, il rejoint l’atelier Sanzot à Angoulême. C’est dans ce cadre qu’Isabelle Dethan lui écrit le scénario de la trilogie « Le Tombeau d’Alexandre », éditée par Delcourt à partir de 2008. Il rejoint les éditions Dargaud en 2014, dessinant les deux premiers volumes de « La Banque » avec Pierre Boisserie et Philippe Guillaume. Chez le même éditeur, il démarre « Stern » en 2015 avec son frère Frédéric pour le scénario. En 2018, il dessine le diptyque « La Cour des Miracles » écrit par Stéphane Piatzszek pour les éditions Quadrants. On lui doit aussi le scénario de « Jian », coécrit avec son frère pour Ludovica Ceregatti aux éditions Le Lombard.

Frédéric Maffre.

Frédéric Maffre, né en 1979 à Castres, est titulaire d’une licence d’anglais. Tout en exerçant une autre profession, il se lance dans des projets artistiques aux destins divers. En 2010, il écrit la première mouture de « Stern », publiée — remaniée… — cinq ans plus tard chez Dargaud avec son frère Julien. En 2025, il écrit « Terorisuto » pour François Ruiz aux éditions Glénat. La même année, il propose avec son frère Julien le scénario de « Jian » pour Ludovica Ceregatti aux éditions Le Lombard.

Henri FILIPPINI

(1) Voir sur BDzoom.com : L’Ouest, « Stern » : un genre entre légendes et illusions pour les frères Maffre… et Toujours plus à l’Ouest… Mais, le vrai ?.

« Stern T6 : Hors du monde » par Julien et Frédéric Maffre

Éditions Dargaud (17,95 €) — EAN : 9782205213690

Parution 23 mai 2026

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