L’impressionnant dessinateur serbe Gradimir Smudja s’est emparé d’un étonnant et méconnu haut fait de bravoure de l’histoire de l’art — qui s’est déroulé à Paris, juste avant le début de la Seconde Guerre mondiale —, afin de le raconter en bande dessinée dans un diptyque dont le premier tome vient de sortir et où il impose, une fois de plus, son flamboyant style graphique… mais toujours avec beaucoup d’humour et de fantaisie. Le 14 juillet 1939, Jacques Jaujard, directeur du Musée du Louvre en place, va organiser le plus grand déménagement d’œuvres artistiques au monde (4 000 merveilles, dont « La Joconde », « Le Radeau de la Méduse » ou la « Victoire de Samothrace »). Ceci pour éviter qu’elles tombent dans les griffes des nazis : incroyable, mais vrai !
Lire la suite...Les habits de Tintin : les périodes jaune et bleue d’Hergé !
Si l’on essaie de se faire une représentation visuelle de Tintin, deux possibilités se présentent à nous, l’une en jaune, l’autre en bleu ! En effet, Hergé — qui habilla Tintin en jaune pendant 11 albums — décida un jour de le vêtir de bleu. Ceci se passa pendant qu’il dessinait l’album « Le Secret de la Licorne », en 1942. On sait que la décision de désormais éditer les albums en couleurs avait été prise quelque temps auparavant, fin 1941. Hergé dessinait donc désormais en ayant en tête le fait que ses dessins seraient colorés.
C’est dans ce contexte, alors que l’album touche à sa fin (page 60, case 6) qu’Hergé habille Tintin d’un pull bleu, alors même que Tintin apparaît avec son célèbre polo jaune jusqu’à cette page.
Et ce pull bleu devient, à cet instant, l’accoutrement définitif de Tintin jusqu’à la fin de ses aventures.
On pourrait penser que ce passage du jaune au bleu s’est réalisé au moment de la mise en couleurs du récit pour l’édition en album, mais il n’en est rien.
En effet, dans la version en noir et blanc parue dans Le Soir de juin 1942 à janvier 1943 — aux mêmes cases que dans le futur album —, Tintin, qui portait jusque-là un polo, porte désormais un pull (le 9 janvier)…
Et il se trouve que ce pull fut coloré en bleu au moment de l’édition en album.
Hergé avait donc anticipé ce changement de vêture et sans doute, également, le changement de couleur : les deux changements étant concomitants.
En remontant les albums dans le temps, dans la période jaune, on voit que Tintin porte parfois un polo jaune à manches courtes et parfois ce même polo à manches longues.
En fait, il retrousse ses manches lorsqu’il passe à l’action.
Pour ce qui concerne le pull bleu, celui-ci est très souvent avec des manches retroussées qui donnent à Tintin une partie de sa personnalité décidée.
Il est à remarquer que, dans trois albums, Tintin porte sur les manches de son pull des porte-manches (une bande de tissu élastique) qu’Hergé devait trouver élégants, il les abandonnera par la suite.
Mais Tintin n’est pas toujours habillé en polo ou en pull, voyons cela !
Comme on vient de le voir, si c’est de manière récurrente qu’Hergé habille Tintin de ses vêtements habituels — polo jaune ou pull bleu à partir de 1943 —, il ne dédaigne pas de présenter Tintin dans son intimité (relative).
Ainsi, ce n’est pas dans moins que 16 albums que Tintin apparaît en pyjama !
Ce procédé permet à Hergé de plonger le lecteur dans une ambiance où il peut se projeter, s’identifier et s’approprier la situation.
Il y a d’abord les situations domestiques ou l’on découvre Tintin chez lui, décontracté, faisant de la gymnastique, comme dans « L’Oreille cassée », ou du yoga, comme dans « Tintin et les Picaros ».
Mais aussi les situations où l’aventure vient le chercher au milieu de la nuit : « Les Bijoux de la Castafiore », « Objectif Lune », « Les 7 Boules de cristal », « Tintin au Congo »…
Ou bien lorsque l’aventure frappe à la porte de bonne heure le matin : « Le Sceptre d’Ottokar », « L’Affaire Tournesol », « Le Secret de la Licorne », « Coke en stock »…
Et bien sûr, lorsqu’il est à l’hôpital : deux fois dans « L’Île noire ».
Ou encore lorsqu’il voyage et qu’il a pris la précaution d’emporter son pyjama avec lui : « Le Trésor de Rackham le Rouge », « L’Étoile mystérieuse », et même « Tintin au Tibet », dans un sac de couchage sous une tente dans les sommets de l’Himalaya !
Dans « Le Lotus bleu », après avoir été enlevé, chloroformé, et qu’il se réveille dans un lit chez M. Wang avec des vêtements de nuit qu’on lui a passés, pendant son sommeil probablement.
Et, finalement, dès la première page de « L’Alph-art », lorsque Haddock le réveille par de grands cris dans son cauchemar : c’est en pyjama qu’alors Tintin accourt.
On le voit, Hergé a aimé présenter Tintin comme une personne finalement simple et qui vit — lorsqu’il n’est pas dans une aventure — comme tout le monde.
Nous ne résistons pas à présenter, pour terminer, les changements des couleurs apportés aux pyjamas de Tintin et d’Haddock entre la version du journal Tintin et celle de l’album de « L’Affaire Tournesol ».
Bertrand POULLAOUEC






















































