Le pire de « La France Empire » !

L’histoire de France est en grande partie une histoire coloniale, avec ses pages officielles et glorieuses mais aussi des chapitres beaucoup plus sombres, problématiques, pour ne pas dire honteux. Publiés dans La Revue dessinée, les huit chapitres de cet album, sous-titré « Enquête sur les blessures des territoires colonisés », l’illustrent parfaitement, de Guyane à l’île de la Réunion ou d’Algérie en Polynésie…

Certains sujets sont connus, d’autres beaucoup moins, mais chacun d’eux fait le point, proposant des enquêtes approfondies, interrogeant les survivants ou les descendants pour évoquer cet Empire colonial qui a « tué, violé, déshumanisé, arraché partout où il est passé ». Et ce n’était pas forcément au XIXe siècle, mais quelquefois encore très récemment !

Le premier chapitre concerne l’épisode de Thiaroye, près de Dakar, le 1er décembre 1944, où des tirailleurs sénégalais qui réclamaient leur solde se sont vus cruellement massacrer. On a d’abord parlé de mutinerie, mais les témoignages recueillis peu à peu concordent et les faits sont dorénavant officiellement reconnus, même si le nombre de victimes, peut-être des centaines, est loin d’être certain.

Avec la guerre d’Algérie, le comportement des militaires est au cÅ“ur du sujet, pas seulement pour les tortures – ce qui très connu avec le cas Bigeard, notamment -, mais aussi pour le sort réservé aux femmes algériennes et les viols qu’elles ont subis de façon systématique par les soldats non découragés par les autorités (« c’était le défoulement de la soldatesque »), des violences pratiquées dès le début de la colonisation en 1830, cela dit.

En Polynésie, c’est le sort des populations lamentablement irradiées au moment des essais nucléaires. En Nouvelle-Calédonie, c’est toute une société en perdition qui résulte de la colonisation et des enjeux entre indépendantistes et loyalistes. En Guyane, de jeunes autochtones sont scolarisés et christianisés de force dans des établissements catholiques et dépossédés de leur culture. La religion comme outil de destruction massive des cultures originelles n’est pas une idée originale, mais les faits, ici, sont étonnamment récents : jusqu’en 2023 !

L’île de La Réunion est au cœur de deux chapitres : avec tout d’abord à partir de 1964, l’envoi de plus de 2000 mineurs vers l’hexagone, déracinés, renommés même, sous prétexte d’« impératif migratoire », transplantés notamment en nombre sans la Creuse ! Méconnu, « l’engagisme », qui concernait dès 1828, rien que pour La Réunion, pas moins de 200 000 travailleurs venus d’Inde, traités clairement comme des esclaves, ce que les descendants veulent faire reconnaître.

Le dernier chapitre est consacré au pillage des œuvres africaines, de celles qui, comme pour l’Égypte, nourrissent les collections privées et les musées, notamment celui du quai Branly (où seulement 1% des collections africaines est exposé). La question est désormais de rendre à leurs pays, nombre de ces objets d’«art premier » volés aux peuples du Congo, du Bénin, du Sénégal, du Mali, pour n’en citer que quelques-uns et qui lors de ventes atteignent des sommes folles.

Comme il est dit en conclusion de la préface : « Ces enquêtes font l’implacable démonstration d’un déni systémique dont la France s’honorerait, enfin, à sortir ».

Didier QUELLA-GUYOT

Sur BDzoom.com : http://bdzoom.com/author/DidierQG/

Sur L@BD :  https://basenationalelabd.esidoc.fr, et sur Facebook.

« La France Empire : enquêtes sur les blessures des territoires colonisés » par un collectif d’auteurs

Éditions Casterman (26,50 €) – EAN : 9782203312456

Parution 10 juin 2026

 

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