Dans son nouveau roman graphique, Pascal Rabaté nous transporte dans le Berlin de 1931, à quelques années du désastre, mettant en scène des artistes, des danseuses, des histoires d’amour, des soirées alcoolisées, des copains qui profitent de la vie… Bref : la grande fête. Hélas, cela ne va pas durer : nous, lecteurs, nous savons comment cela va se terminer… En narrateur accompli — tant en bandes dessinées qu’au cinéma —, l’adaptateur d’« Ibicus » et auteur des « Petits Ruisseaux » ou de « La Déconfiture » (1) va justement jouer avec cette longueur d’avance, tout en utilisant un graphisme coloré où il change légèrement son trait habituel, pour installer un malaise qui ne cesse de monter à la lecture de cette « Enfance des ruines » qui n’a pas fini de vous hanter…
Lire la suite...« L’Enfance des ruines » : l’insouciance avant que le monde s’écroule !
Dans son nouveau roman graphique, Pascal Rabaté nous transporte dans le Berlin de 1931, à quelques années du désastre, mettant en scène des artistes, des danseuses, des histoires d’amour, des soirées alcoolisées, des copains qui profitent de la vie… Bref : la grande fête. Hélas, cela ne va pas durer : nous, lecteurs, nous savons comment cela va se terminer… En narrateur accompli — tant en bandes dessinées qu’au cinéma —, l’adaptateur d’« Ibicus » et auteur des « Petits Ruisseaux » ou de « La Déconfiture » (1) va justement jouer avec cette longueur d’avance, tout en utilisant un graphisme coloré où il change légèrement son trait habituel, pour installer un malaise qui ne cesse de monter à la lecture de cette « Enfance des ruines » qui n’a pas fini de vous hanter…
Folker Kuntz est un publicitaire qui vit de manière insouciante ! Il sort tous les soirs après le travail : boit, danse, flirte, plaisante… et tombera amoureux fou de sa voisine, laquelle se produit dans un cabaret. Sa sœur, elle, est artiste et est en couple avec un homme noir ayant fui la ségrégation américaine.
Pendant ce temps-là, l’époque se durcit : la crise est là, ainsi que la violence physique. Au détour d’une rue, Folker croise Rudy Ganz : un jeune gars dont il sauve la vie et qui va l’entraîner dans un univers politique auquel il ne prêtait, jusque-là, qu’une attention distraite. Car il n’est pas du tout le héros clairvoyant qui aurait compris avant tout le monde : il ne fait qu’observer et, s’il lui arrive de douter, il détourne souvent les yeux. 
Cependant, il va finir par vraiment s’interroger sur la portée de son geste, se rendant compte, de discussions de cabaret en soirées privées du NSDAP, que le nazisme commence à prendre de plus en plus de place… et que les fondements de la société semblent s’ébranler.
Toutefois, la force de ce dérangeant « L’Enfance des ruines » n’est pas de raconter la montée du fascisme, mais de montrer comment un pays peut continuer à fonctionner, alors qu’il est déjà profondément malade : nous renvoyant, ainsi, à notre actualité politique…
Le point de départ de cet album humaniste, qui ne cherche en aucun cas à nous asséner une leçon de morale, mais qui nous laisse quand même un drôle de goût dans la bouche, est une carte de vœux gravée sur cuivre, due à l’artiste Friedrich Dornbusch, sur laquelle Rabaté, passionné par la gravure (notamment par celles des expressionnistes du lendemain de la Première Guerre mondiale), est tombé, fasciné : datant de 1926, elle représente divers citoyens allemands issus de toutes les souches sociales dansant au bord d’un précipice, en espérant que l’année suivante sera meilleure.
Un ami lui conseille alors de lire « Vers l’abîme » d’Erich Kästner, un livre paru en 1931, et tout ceci lui servira de déclics et de références pour cet énergique et magistral ouvrage de 150 planches toutes en couleurs : et quelles couleurs ! Franches, denses et quelques fois éclatantes, elles donnent à la ville de Berlin une vitalité presque insolente.
Mais au fur et à mesure que les ombres s’installent et que les atmosphères se tendent, ce qui semblait joyeux devient légèrement inquiétant : le dessin — qui nous fait penser parfois à du Pratt, à du Munoz ou à du Breccia — rejoignant lui aussi parfaitement le récit, dans une mise en scène quasiment cinématographique…
(1) Sur Pascal Rabaté voir sur BDzoom.com : Entre Hergé et Tati, Rabaté et Ravard détournent « La Loi des probabilités »…, Rabaté règle ses comptes avec les apparences et les faux-semblants…, « Alexandrin : l’art de faire des vers à pieds » par Alain Kokor et Pascal Rabaté, « C’est aujourd’hui que je vous aime » : les années Giscard vues par François Morel et Pascal Rabaté…, « La Déconfiture T1 : Première Partie » par Pascal Rabaté, « Le Linge sale » par Sébastien Gnaedig et Pascal Rabaté, Avec « Fenêtres sur rue » (sortie fin août), Pascal Rabaté jongle avec différents arts : dont le 9e !, Pascal Rabaté et Simon Hureau, à propos de « Crève Saucisse », Rabaté met Trenet en BD !… 
« L’Enfance des ruines » par Pascal Rabaté
Éditions Rue de Sèvres (27 €) — EAN : 9782810206056
Outre une belle version en noir et blanc proposée par Futuropolis enrichie de 16 pages supplémentaires et comprenant un entretien de l’auteur avec le journaliste et historien Xavier Mauduit (30 €), il existe aussi une édition spéciale pour la librairie Bulle : tirage à 700 exemplaires bénéficiant d’une couverture originale, d’un frontispice recto signé par Pascal Rabaté et d’un cahier graphique inédit (32 €), réalisé à l’occasion d’une expo-vente autour de cet album.



















