Du roi Alexandre au Négus… avec Laurent Gaudé !

Le romancier Laurent Gaudé se voit, coup sur coup, adapté en bande dessinée dans deux albums remarquables : d’abord, la nouvelle « Les Oliviers du Négus » qui se situe dans les Pouilles, par David Prudhomme ; puis son roman « Pour seul cortège », au contexte babylonien, par Alfred. Deux dessinateurs, deux univers, deux réussites !

Alors qu’il se rend à l’enterrement de Zio Négus, homme marginal, étonnant, déserteur et communiste – que le narrateur (qui a ici les traits de Laurent Gaudé) aimait à retrouver à chaque fois qu’il retournait dans le village de Peschici, dans les Pouilles -, il se remémore ce que lui racontait Zio : mot qui signifie « oncle ».

L’ancien combattant n’en finissait pas d’évoquer l’horreur de la guerre en Abyssinie, sa haine pour Mussolini ou son installation clandestine dans l’abbaye de Càlena (sur le promontoire de Gargano), enfin la présence de Frédéric II, roi des Deux-Siciles, au XIIIe siècle. Et le narrateur était fasciné par cet habitant atypique à la personnalité à multiples facettes.

Zio Négus, personnage touchant s’il en est, a en effet pris le parti des arbres, de la nature, contre le tourisme envahissant sa région du Gargano, au nord des Pouilles, que connait très bien Laurent Gaudé et où il a situé l’intrigue de son roman « Le Soleil des Scorta » (prix Goncourt 2004).

La nouvelle « Les Oliviers du Négus », publiée en 2011 et qui donne son titre au recueil dont elle est tirée, est ici illustrée de façon originale, souvent contemplative, par David Prudhomme, lequel accompagne les phrases admirables de Gaudé reprises en quasi-totalité au fil des pages ; Prudhomme s’étant empressé d’aller découvrir Peschici pour mieux en restituer les atmosphères.

Avec « Pour seul cortège », réalisé par Alfred, la tentation est la même : jouer sur les ambiances, l’attente, le dépaysement. Dès les premières pages, des décors se suivent, muets, intrigants, jusqu’au premier mot, celui du prénom Alexandre doté d’un point d’interrogation, puis de la tête d’un homme couronné de lauriers : le roi Alexandre le Grand qui se meurt, là-bas, à Babylone.

Alexandre, 32 ans seulement, épuisé, se remémore ses conquêtes, ses victoires, mais il attend et se bat pour ne pas mourir. Pas encore. Qui attend-il ? Autour de lui, ses généraux tentent de préparer la succession, alors que, loin de là, une femme vit cachée, seule, « loin du monde hors du temps ». C’est Dryptéis, fille de Darius, qu’on viendra chercher pour assister aux derniers jours de l’homme qui a vaincu son père.

Alfred joue de ces divers horizons en variant les techniques : encre, fusain, aquarelle, feutre, stylo… multipliant, comme il le dit, « les registres graphiques », pour épouser la diversité des impressions visuelles, des émotions personnelles, entre Histoire, épopée et mythologie.

Au total, un album protéiforme et ambitieux de plus de 250 planches, jouant habilement sur les rythmes, les découpages traditionnels ou désarticulés, alternant savamment les errances tragiques, les silences hallucinés et les échanges à mots comptés. Du grand art !

Didier QUELLA-GUYOT

Sur BDzoom.com : http://bdzoom.com/author/DidierQG/

Sur L@BD :  https://basenationalelabd.esidoc.fr, et sur Facebook.

« Pour seul cortège » par Alfred, d’après Laurent Gaudé

Éditions Delcourt (29, 95 €) – EAN : 9782413040095

Parution 21 octobre 2026

« Les Oliviers du Négus » par David Prudhomme, d’après Laurent Gaudé

Éditions Actes sud (24 €) – EAN : 9782330224818

Parution 2 septembre 2026

Galerie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>