Le duo Jean-Luc Masbou et Alain Ayroles, les auteurs iconiques de « De cape et de crocs », se reforme avec « Koralia »…

Dix ans après la parution du douzième et dernier volume de la cultissime série « De cape et de crocs », Jean-Luc Masbou et Alain Ayroles travaillent de nouveau ensemble pour la tétralogie annoncée « Koralia ». Ils nous offrent un grand plaisir de lecture avec cette série d’aventures dans un univers fantasy avec toujours des dialogues ciselés, un humour omniprésent et l’art de détourner les genres avec une grande finesse. La sword and sorcery humoristique est à son acmé dans « Koralia ».

Koralia est un monde typique de l’heroic fantasy popularisé par « Donjons et dragons », le premier jeu de rôle sur table créé en 1974. Dans cet univers médiéval-fantastique, plusieurs peuples cohabitent : les humains, bien sûr, mais aussi des elfes, excellents archers, de colériques nains, des trolls guérisseurs ou de dangereux orques.

Une paix fragile règne à Koralia depuis quelques années. La bataille du lac des eaux vertes a mis fin à un conflit séculaire entre les différents peuples, mais la méfiance reste de mise. Le moindre incident pourrait raviver des plaies anciennes et déclencher une nouvelle et meurtrière guerre.

Le début d’une partie de jeu de rôle …

C’est dans une auberge animée que se noue le début de l’intrigue. Maître Guste recrute une petite bande pour, annonce-t-il, voler à des orques un coffre contenant l’impôt royal qu’ils ont eux-mêmes subtilisé l’année précédente en massacrant l’escorte qui le protégeait.

La belle archère elfe Lus, le rustre orque Roco, le nain vantard  Boldoflorïn et le taciturne guerrier Atork sont réunis pour attaquer les ruines du château de Ruien Gar, avant de s’éclipser et de se partager des milliers de feuilles d’or.

Malgré la perte de Maître Guste, cette bande d’aventuriers hétéroclites réussit la première partie du plan, mais la mort accidentelle du chef spirituel des orques déclenche un grave incident diplomatique. La paix ne tient plus qu’à un fil et à leur arrestation ou mise à mort. Devenus des parias, les quatre combattants se retrouvent pourchassés par d’innombrables créatures humaines ou non. Obligés de fuir, ils se retrouvent aux frontières du royaume…

Cette nouvelle série marque donc les retrouvailles du duo d’auteurs de « De Cape et de crocs », leur saga culte. Ils font preuve avec « Koralia T1 : Le Lac des eaux vertes » de la même complicité qu’auparavant. Alain Ayroles ciselant les dialogues et le storyboard du scénario de Jean-Luc Masbou qui assure lui-même dessins et couleurs.

Il ne s’agit pas ici d’une aventure dans l’esprit des romans de cape et d’épée, mais d’une fantaisie humoristique qui rappelle une partie de jeu de rôle. Ainsi, dans la première page de l’album, un groupe d’amis, dans un appartement angoumoisin, entame une partie en lançant un dé à 20 faces. Sur le plateau de jeu l’histoire commence dans une auberge… tout comme dans la bande dessinée !

On y retrouve les caractères principaux de ce type de jeu : une bande avec des personnages bien typés aux caractères différents, un univers et des peuples fantastiques et une mission dangereuse qui se heurte à des imprévus.

« Koralia T1 : Le Lac des eaux vertes » page 7.

C’est un véritable plaisir de se plonger de nouveau dans une intrigue issue de l’imagination fertile du duo complémentaire Masbou/Ayroles. Les deux complices détournent les codes de la fantasy sans s’en moquer dans un récit qui mêle humour et aventures. L’esprit du scénariste fait toujours mouche que ce soit par un humour référencé – par exemple par le détournement des paroles de « Antisocial », la chanson du groupe Trust, par les nains du clan Métal -, par des dialogues malicieux et une intrigue à tiroirs… Le dessin aux décors fouillés et aux personnages anthropomorphes expressifs de Jean-Luc Masbou nous réjouit une nouvelle fois, d’autant qu’il joue comme souvent avec toute une gamme de couleurs, suivant les séquences du récit. Vivement le tome 2 que l’on découvre la suite des aventures de ce groupe de fuyards dans l’univers de Koralia… et, comme le disait César en franchissant le Rubicon : νερρίφθω κύβος (Anerríphthô kýbos), en latin Alea jacta est, autrement dit : les dés sont jetés !

Laurent LESSOUS  (l@bd)                                                                                         

« Koralia T1 : Le Lac des eaux vertes » par Jean-Luc Masbou et Alain Ayroles

Éditions Delcourt (15,50 €) – EAN :  9782413086789

Parution 8 octobre 2026

« Koralia T1 : Le Lac des eaux vertes » page 19.

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