L’impressionnant dessinateur serbe Gradimir Smudja s’est emparé d’un étonnant et méconnu haut fait de bravoure de l’histoire de l’art — qui s’est déroulé à Paris, juste avant le début de la Seconde Guerre mondiale —, afin de le raconter en bande dessinée dans un diptyque dont le premier tome vient de sortir et où il impose, une fois de plus, son flamboyant style graphique… mais toujours avec beaucoup d’humour et de fantaisie. Le 14 juillet 1939, Jacques Jaujard, directeur du Musée du Louvre en place, va organiser le plus grand déménagement d’œuvres artistiques au monde (4 000 merveilles, dont « La Joconde », « Le Radeau de la Méduse » ou la « Victoire de Samothrace »). Ceci pour éviter qu’elles tombent dans les griffes des nazis : incroyable, mais vrai !
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Londres, fin du XIXe siècle. Le docteur Harrison est pressenti pour prendre la direction du « Royal Hospital » ce qui ferait de lui le médecin personnel de la Reine. Mais la tradition exige qu’il parvienne auparavant à guérir un des malades mentaux de l’Institut.
Son choix se porte sur Donald Collins, un mythomane qui se prend pour Sherlock Holmes. Mais la folie rejoint parfois la réalité. Et Collins se montre d’emblée à la hauteur de son personnage.
Le ton de la parodie est donné. Rapidement, tout le monde semble reconnaître derrière Collins le célèbre détective ; seul le bon docteur Harrison, avec ses jurons à la Blake et Mortimer, s’entête à refuser le parallèle. Pourtant, il se retrouve bien malgré lui dans la peau du docteur Watson, entraîné aux côtés du faux mais perspicace Holmes, sur les traces du diabolique professeur Moriarty. Une belle et mystérieuse Klepto Girl, proche de Catwoman, leur vient en aide. On le voit, sans cesse, la référence au mythe interfère avec le récit en une série de clins d’oeil et d’allusions. Avec ses machines tout droit sorties de la Guerre des mondes, l’auteur nous plonge avec jubilation dans l’imaginaire littéraire du tournant du siècle. Mené sur un rythme vif, jouant du comique de situation autant que des gags visuels, cet album, ponctué ça et là par l’influence de Plantu, synthétise les apports de l’école franco-belge et de la nouvelle vague de la bande dessinée façon Spoonfinger des frères Léturgie, donnant au final une oeuvre rythmée et agréable.
Joel Dubos
H&H, Harrison & Holmes, Tome 1, L’oeil de fer, Arnü West, Treize Etrange, 10,50 euros.







