Une trentenaire parisienne, un brin oppressée et angoissée, sent renaître une inquiétante mémoire familiale dans le manoir décrépi de ses grands-parents maternels. Elle va se retrouver confrontée à des secrets d’ascendance enfouis et à des rituels obscurs, presque surnaturels… Dans ce glaçant récit aux frontières du fantastique et de l’épouvante — un peu à la Stephen King —, la jeune et talentueuse Elizabeth Holleville nous parle du choix des femmes de ne pas avoir d’enfant, évoque l’emprise psychologique intergénérationnelle, et fait référence au cinéma de genre des années 1970/80, le tout dans une curieuse esthétique : mélange de style art déco et de ceux d’auteurs dits « alternatifs », comme les Américains Charles Burns et Daniel Clowes ou le Suisse Frederik Peeters.
Lire la suite...Den Siga, Grapholexique du manga Comprendre et utiliser les symboles graphiques de la bd japonaise
Après avoir posé cet ouvrage admirable, on se demande comment on pouvait bien prétendre comprendre les mangas avant d’avoir lu Den Siga.
Se présentant comme un décodeur de symboles graphiques, c’est-à-dire d’éléments récurrents à forte teneur narrative, l’auteur a mis en œuvre une méthodologie sans faille : repérant au cours de ses lectures les éléments symboliques utilisés par les mangakas, il a ensuite mené des recherches pour vérifier si ces occurrences se retrouvaient chez d’autres auteurs, avant d’en modéliser le mode d’emploi. Ce livre, qui regroupe en fait une série d’articles présentés dans le magazine Animeland consacré aux dessins animés japonais, présente 32 symboles très explicites pour le lecteur japonais mais souvent imperceptibles à l’amateur d’album franco-belges : si certains de ces codes semblent maîtrisés depuis la percée des dessins animés japonais à la fin des années 1970 (les yeux vides évoquant la perte de contrôle ou la possession, les dents représentées à la façon d’un animal pour montrer la fureur bestiale, voire les yeux étoilés évoquant les larmes), d’autres échappent totalement à la compréhension intuitive (le saignement de nez qui apparaît devant une vision érotique, l’absence d’yeux des personnages sans importance, ou les spirales de candeur ou de K.O. pour ne retenir que quelques exemples dans la riche série présentée) de nombreux lecteurs et dessinateurs. Car le but de Den Siga s’apparente aussi quelque peu à de l’espionnage industriel destiné aux professionnels hexagonaux, puisqu’on peut voir dans l’ignorance de ces codes l’une –sinon la principale- raison de l’échec des mangas européens au pays du soleil levant. Bref, un livre indispensable qui fait regarder la bd japonaise avec une intelligence nouvelle.
Joël Dubos
Editions Eyrolles, 17euros







