Dans la série des mythiques personnages de la BD franco-belge vus par des auteurs aux styles différents de ceux de leurs créateurs ou continuateurs, certains s’en dépatouillent manifestement mieux que d’autres. C’est le cas d’un Émile Bravo sur Spirou, mais aussi de Matthieu Bonhomme sur Lucky Luke. Ayant inauguré ce principe il y a tout juste dix ans, le virtuose graphiste revient avec une troisième aventure décalée du célèbre cow-boy qui tire plus vite que son ombre… Après avoir confronté ce dernier aux risques de la mort et de la vie de couple, il fait endosser le rôle du père à notre flegmatique héros au foulard rouge ! Un album au propos écologique, qui réussit à être à la fois réaliste, drôle et émouvant, et qui est superbement dessiné !
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« Ouessantines » : serait-ce des comptines d’Ouessant ? Non, ce dont il est question, ce sont bien des femmes d’Ouessant qui ne s’en laissent pas conter ! C’est le cas également d’une continentale bien décidée à installer un gîte rural sur l’île, et qui s’appelle fort heureusement Soizic…
Quand elle prend le bateau au Conquet, la météo est bretonne, c’est-à-dire bien décidée à tremper le caractère de la future habitante, laquelle y est accueillie froidement et sans fanfare; autrement dit, elle n’est guère accueillie ! Soizic n’est qu’une étrangère et l’histoire a beau se passer de nos jours, l’album insiste bien sur cette défiance naturelle de l’autochtone qui, comme tout insulaire qui se respecte, où qu’il soit, quel qu’il soit, habitué à vivre seul n’a guère besoin des autres. Les voisins suffisent bien, avec leurs regards, leurs remarques, leurs rumeurs, leurs rigueurs. Mais Soizic s’accroche et c’est pas facile sur du granit !
Heureusement, il y a Marie, une vieille dame attentive et même attentionnée qui ne la traite pas comme une ennemie ; et puis, un gentil instituteur ne lui est pas indifférent. La résistance paie. Avec ses premiers locataires, le projet prend corps et tout va mieux… Enfin, jusqu’à ce que la vieille Marie se suicide ! Le rêve bascule, les tensions montent, les aigreurs resurgissent, et les nouvelles énoncées par le notaire n’améliorent guère la situation. Dès lors, Soisic fouille, trifouille, enquête… Que cachait Marie ?
Le récit de Patrick Weber n’est peut-être pas sans cliché quant aux Ouessantines mais l’île reste après tout loin de la côte et loin des touristes la majeure partie de l’année. Les vieux réflexes autarciques reviennent forcément et c’est dans ces huis-clos à l’horizon sans limites – un paradoxe ! – que gisent et vivent les plus beaux secrets, assurément. A noter qu’un dossier final d’une dizaine de pages avec photos résume l’univers ouessantin.
Quant au dessinateur Nicoby, ce n’est pas la première fois qu’il se frotte à l’île bretonne. Dans « A Ouessant dans les choux » (éditions 6 pieds sous terre, 2010), contacté pour une résidence artistique sur l’île, l’auteur voyait là une belle occasion de prendre du recul par rapport à son quotidien et en profitait pour découvrir les charmes de l’île. Il y entamait aussi un régime à base de soupe aux choux, pour maigrir !
Alors, bon voyage ! …
Didier QUELLA-GUYOT ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).
http://bdzoom.com/author/didierqg/
« Ouessantines » par Nicoby et Patrick Weber
Éditions Vents d’Ouest (18, 25 €) – ISBN : 978-2-7493-0660-5







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