L’impressionnant dessinateur serbe Gradimir Smudja s’est emparé d’un étonnant et méconnu haut fait de bravoure de l’histoire de l’art — qui s’est déroulé à Paris, juste avant le début de la Seconde Guerre mondiale —, afin de le raconter en bande dessinée dans un diptyque dont le premier tome vient de sortir et où il impose, une fois de plus, son flamboyant style graphique… mais toujours avec beaucoup d’humour et de fantaisie. Le 14 juillet 1939, Jacques Jaujard, directeur du Musée du Louvre en place, va organiser le plus grand déménagement d’œuvres artistiques au monde (4 000 merveilles, dont « La Joconde », « Le Radeau de la Méduse » ou la « Victoire de Samothrace »). Ceci pour éviter qu’elles tombent dans les griffes des nazis : incroyable, mais vrai !
Lire la suite...« Camargue rouge » par Michel Faure et Jean Vilane
Une manade, un gardian souriant : cela correspond bien à l’image traditionnelle de la Camargue. Mais pourquoi « rouge » ? La couverture répond en promettant aux lecteurs des Indiens mais que peuvent faire ces Peaux-Rouges en Camargue ?!
Tout commence aux Etats- Unis, en 1904, dans le Sud Dakota, un certain Cody, plus connu sous le nom de Buffalo Bill, décide une tribu d’Indiens Lakota à l’accompagner en Europe. La troupe, le Wild West Show, traverse bientôt l’Atlantique où Indiens et chevaux découvrent la mer et le mal de mer ! A la fin de l’automne, ils sont à Londres, puis à Paris. Parmi eux se trouve une jeune fille parlant bien l’anglais et un peu français. Elle a été pensionnaire à Carlisle (voir chronique précédente). C’est elle que démarche le Marquis Folco de Baroncelli-Javon, un Provençal pur et dur qui aimerait voir tous ces Indiens « galoper à bride abattue dans les marais au milieu des marais flamants roses ». Le Wild West Show fait étape à Marseille et c’est parce que la troupe est inopinément coincée sur le port (à cause d’un incendie d’entrepont) que le riche Camarguais va voir son rêve se réaliser, un rêve multiracial qui fait se côtoyer des Sioux, des Gitans et des Camarguais.
La bande dessinée est l’adaptation d’un conte de Jean Vilane. La pièce se transforma déjà en 2005 en devenant une comédie musicale avec des chansons de Nicole Rieu, laquelle expliquait en 2009 dans un interview : « Le Marquis de Baroncelli, c’était un noble avignonnais qui vivait en Camargue, c’était un amoureux de l’espace, de la Terre, des éléments. Il vivait à cheval la plupart du temps dans la Camargue de l’époque, dans les marécages, le sel, le vent, la mer. Il avait pour ami le poète Mistral et il faisait partie des gens qui ont initié aussi la langue provençale sous l’impulsion de Mistral. Et sur ses terres, il avait déjà accueilli les gitans qui venaient là pour le pèlerinage tous les ans aux Saintes-Marie-de-la-Mer ; pour le culte à Sara. Quand il a su que les Indiens d’Amérique n’étaient pas loin, il a tout de suite pensé que c’était le même peuple que les Indiens de l’Himalaya. Pour lui, les Indiens et les Gitans, c’était pareil. Il disait « que l’on mette une coiffe de plumes à un gitan ou que l’on mette leur attribut à des indiens, ce sont les mêmes ». On sait aussi d’après les traces que l’on a pu trouver, et que l’on peut voir au Musée du Roure à Avignon, qu’il y a eu une « abrivade » qui s’est passée à Gallargues, un petit village du côté de Montpellier. Ces trois peuples s’y sont retrouvés pour vivre l’abrivade à cheval. Il y avait les gardians, les gitans et les indiens. Cette abrivade s’est appelée «l’Abrivade rouge».
Cette histoire de fraternité exemplaire, ce conte moral qui réchauffe les cœurs, a donc bel et bien existé. Toutefois l’histoire d’amour entre Mario, le gardian ténébreux, et Shania, la belle Indienne n’était en revanche pas forcément nécessaire (c’est semble-t-il une invention de Michel Faure), mais elle enrichit la fable, la rend plus romantique, dotée qu’elle est d’un des plus beaux décors du monde que Faure sait comme nul autre peindre et dépeindre. Ses chevaux, ses taureaux, sont sauvages et beaux et ce sont eux qui donnent à ce récit sa part de nature indomptée.
Alors, bon voyage du côté de l’abrivade de Gallargues (le lâcher de taureaux dans les rues) et du pèlerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer.
Didier QUELLA-GUYOT ([L@BD->http://www.labd.cndp.fr/] et sur Facebook).
http://bdzoom.com/author/didierqg/
« Camargue rouge » par Michel Faure et Jean Vilane
Éditions Glénat (15,50 €) – ISBN : 978-2-7234-8846-4













