Quel plaisir que de retrouver, au sein d’un nouveau cycle d’enquêtes délicatement rétro, ce bon vieux commissaire Raffini, créé en 1980 par le prolifique, mais non moins talentueux, scénariste Rodolphe et par le célèbre dessinateur Jacques Ferrandez, relayé à partir de 1995 par Christian Maucler ! Toujours aussi bougon, mais conduisant ses investigations avec calme et obstination, il est désormais assisté par une charmante équipière — elle remplace son fidèle adjoint Morlaine qui a pris sa retraite — pour éclaircir le contexte de la mort d’une actrice sur le tournage du film de gangsters « La Poupée sans tête ». Horrible accident ou homicide, l’affaire, entre faux-semblants, glamour et décors de cinéma, est haletante !
Lire la suite...« Yasmina » par Damien May
Isabelle Eberhardt n’a vécu que vingt-sept ans (1877-1904) mais elle laisse derrière elle de nombreux textes dont » Yasmina », une nouvelle écrite entre 1899 et 1902, parmi d’autres regroupées dans » Yasmina et autres nouvelles algériennes » (Liana Levi, 2002) et remarquablement adaptée ici par Damien May ?
Parcours étonnant que celui de cette femme à la vie aussi courte que fascinante qui, déguisée en homme, parcourt le sud algérien et adopte la religion musulmane (voir bio et biblio). Elle connait très bien la vie quotidienne des bédouins ou de ces jeunes bergères qu’on marie un beau (?!) jour et qui, fataliste, résignée, acceptent l’inacceptable. Yasmina est de celles-là et va devenir bientôt « la femme du borgne ». Chance, le mariage est repoussé, le temps pour la jeune fille de rencontrer Jacques ! La séduction est réciproque mais les échanges difficiles. Malgré le doute et les différences culturelles, l’amour s’installe mais Jacques est muté et doit repartir ! Pour Yasmina, c’est le début de la déchéance…

Ce texte sensible est admirablement transposé dans ces pages à la fois frêles et émouvantes. Le trait au pinceau s’inspire des estampes japonaises (on pense à aussi à Baudoin, côté BD) et sait représenter le dénuement, l’inquiétude, l’absence. Une ligne de crête peut ici remplir admirablement une page et signifier élégamment le désert. Personnages et plus encore chevaux ou chèvres sont d’une vitalité dont il faut souligner l’expressivité. Bref, ce récit signé par l’auteur de » Tueuse » (cf. notice L@BD)
(même éditeur), confirme un réel talent.

À noter que le personnage d’Isabelle Eberhardt apparaît dans » Les Fils du Sud / Carnets d’Orient » de Jacques Ferrandez (p. 34-37, 46, 51). Et du même Ferrandez, on doit rappeler » L’Hôte d’après l’œuvre d’Albert Camus » (cf. notice L@BD).
L’Algérie dans la BD, c’est aussi la vision d’un Battaglia dans » L’Homme de la Légion » (cf. notice L@BD), celle de Lax et Giroud dans » Azrayen’ T1 » (cf. notice L@BD), de Stassen et Lapière dans » Le Bar du vieux Français » (cf. notice L@BD), ou plus récemment de Tronchet et Sibran dans » Là-bas » (cf. notice L@BD) pour n’en citer que quelques unes.
Bons voyages !
Didier QUELLA-GUYOT (L@BD et blog)
» Yasmina » par Damien May
Éditions Des Ronds dans l’O (16 €)









