Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...« Le Viandier de Polpette » T1 par J. Neel et O. Milhaud
Voilà de formidables histoires d’amitiés et des personnages hauts en couleurs situés dans un bucolique monde d’heroic-fantasy volontiers loufoque, sans elfes, sans fées, sans trolls et sans fantastique (ou si peu?), mais avec d’authentiques et alléchantes recettes illustrées pour se reposer entre de palpitantes grandes aventures ou intrigues politiques. Dit comme cela, pas sûr que vous fassiez l’effort de vous laisser entraîner dans cette croustillante bande dessinée débridée, pleine d’humour et de plaisirs gustatifs : pourtant, croyez-nous, cela vaut vraiment le détour !

Ce premier tome nous permet surtout de découvrir ce havre de paix, coupé du reste du monde en conflit, qu’est Le Coq Vert ;
ceci par le prisme de son propriétaire (l’excentrique comte Fausto de Scaramanda) ou, quelques fois, par celui de Polpette : le cuisinier de son auberge. Cet « Ail des ours » nous permet aussi d’en apprendre plus sur les relations et les liens qui se sont tissés entre ces deux compères principaux et les autres protagonistes, lesquels sont tous aussi attachants qu’amusants : Biryani (le majordome prévenant et discret), Alméria (l’employée volcanique et sa tribu de furets vindicatifs), Séraphin Saucissette (l’homme de confiance du père de Fausto) et Eulpêtre, ce puissant monarque qui débarque avec les trois cousins de son rejeton, alors que ce dernier n’avait plus vu ces quatre membres belliqueux de sa famille depuis son enfance !

Le dessinateur de la charmante série « Lou ! » (mais aussi du très beau « Chaque chose » : un roman graphique, toujours aux éditions Gallimard, où il était déjà question de transmission et de rapports père-fils) nous assène, avec bonheur, son espiègle style « cartoonesque » et « mangaesque » aux chaudes couleurs pastel,
sur cette Fantasy décalée, aussi gastronomique que conviviale, où l’on apprend, par exemple, qu’un viandier n’était autre qu’un livre de recette à l’époque médiévale : un véritable bain de fraîcheur qui sait donc être, aussi, totalement éducatif sans être ennuyeux, ceci grâce à une narration fluide et légère, et donc fort agréable…
Gilles RATIER
« Le Viandier de Polpette » T1 (« L’Ail des ours ») par Julien Neel et Olivier Milhaud
Éditions Gallimard (18 €)










