Tout juste auréolées du Prix René Goscinny du jeune scénariste (pour « Les Cheveux d’Édith », également chez Dargaud, mais avec Dawid au dessin), les prolifiques autrices en ouvrages jeunesse ou romans young adult que sont Fabienne Blanchut et Catherine Locandro nous racontent, dans ce qui n’est que leur deuxième bande dessinée, comment, entre silences et non-dits, a basculé la vie de Frédérique, alors qu’elle avait à peine 13 ans. Basé sur leurs trajectoires personnelles, cet attachant et délicat récit intime, somptueusement mis en images par l’Italien Thomas Campi, nous amène en Corse-du-Sud. À l’occasion de vacances en famille, pendant un été bien particulier de 1985, la fillette comprend qu’elle grandit et qu’elle est différente, car elle prend doucement conscience de l’attirance qu’elle développe pour une serveuse du restaurant du village…
Lire la suite...« L’Amérique ou Le Disparu » par Réal Godbout [d’après Franz Kafka]
Karl Rossman, jeune homme originaire de Prague, est forcé d’émigrer à New York pour fuir le scandale : il a malencontreusement engrossé la bonne de ses parents. Naïf, seul et sans le sou, il ne va cesser de passer de malentendus en mauvaises rencontres, ratant les opportunités de s’en sortir qui se présentent à lui. Victime de toutes sortes d’injustices, il est piégé dans un labyrinthe social où le faible est condamné à l’échec…

Réal Godbout, célèbre dessinateur et scénariste montréalais – ne serait-ce qu’avec ses antihéros Michel Risque et Red Ketchup, dont les aventures déjantées sont également rééditées aux éditions La Pastèque —, est presque un mythe chez nos cousins québécois (voir : Vive le Capitaine Kébec : Libre !.
Aussi, pour ses derniers, rien que le fait d’apprendre qu’il s’était enfin remis à la bande dessinée, se hasardant, en plus, sur un terrain sur lequel on ne l’attendait pas (l’adaptation du premier roman, resté inachevé, de Franz Kafka) – était un événement en soi.
Tout en prenant à contre-pied l’atmosphère sinistre et extrêmement étrange des autres récits du romancier praguois, avec son caricatural et efficace graphisme très ligne claire, Godbout reste toutefois fidèle à ce roman enlevé et ironique… Et c’est une totale réussite : tant sur le plan graphique que narratif !
Il aura quand même fallu sept ans pour qu’il vienne à bout de cette mise en bulles et en cases où l’on retrouve, évidemment, les thèmes favoris de l’auteur du Procès ou du Château ; notamment cette critique du rêve américain, de la bureaucratie et d’une société impersonnelle qui ont entièrement prise sur l’individu déraciné, lequel reste le seul véritable responsable de ses choix. Heureusement, Godbout a eu la bonne idée d’épicer agréablement le tout d’une touche d’humour absurde et de mettre en valeur les ressorts feuilletonesques de l’histoire par un découpage maîtrisé. On obtient alors, au final, une forme cocasse et burlesque du pessimisme kafkaïen : suscitant autant les pleurs que les rires !
Gilles RATIER
« L’Amérique ou Le Disparu » par Réal Godbout [d’après Franz Kafka]
Éditions La Pastèque (23,70 €) – ISBN :978-2-923841-35-9











