Trois ans après l’attentat par un mystérieux tueur cagoulé qui a coûté la vie à sa femme, alors qu’il était au fait de sa gloire, le romancier Fred Stone vit à l’écart du monde, dévasté… Néanmoins, son agent le projette à nouveau sur le devant de la scène en exhumant son premier ouvrage — « The Puzzle Game » — qu’il avait pourtant délibérément laissé au fond d’un tiroir à l’époque ! Contraint d’en assurer la promotion, le célèbre écrivain accepte d’aller au festival littéraire de sa ville natale. Il croise alors la route d’une inconnue qui ressemble beaucoup à son amour dramatiquement perdu, mais aussi d’un nouvel agresseur masqué qui le prend en chasse… Le jeu de puzzle ne fait que commencer dans ce haletant polar hitchcockien signé Denys et Herik Hanna !
Lire la suite...« L’Esprit de Lewis » T2 : SOS Fantômes !
En échange d’une promesse d’amour éternel, le fantôme de Sarah avait inspiré à Lewis Pharamond un roman qui fit son succès dans la société victorienne, à la toute fin du XIXe siècle. Mais voilà, devenu un débauché, la nouvelle coqueluche de tout Londres néglige celle qui est maintenant bien décidée à lui faire vivre une descente aux enfers mémorable ! Depuis 2017 et la parution du premier acte de ce diptyque romantico-gothique, les auteurs ont mis les bouchées doubles : avec ses 100 pages teintées d’horreurs, de critiques sociétales et d’ironie mordante, ce second acte brille d’une lumière surnaturelle au sein de la collection Métamorphose (éditions Soleil)…
En décembre 2017, Gilles Ratier n’avait pas manqué d’évoquer dans un article consacré les grandes qualités d’écriture de cette fable fantastique, écrite par Bernard Santini et visiblement inspirée par les grands auteurs du XIXe. Ce ne sera donc pas tout à fait un hasard si le dandy Lewis Pharamond (qui n’a rien à voir avec un chevalier de la table ronde) évoque tour à tour Oscar Wilde (« Le Portrait de Dorian Gray » en 1890) ou – dans une moindre mesure – Robert-Louis Stevenson (« L’Étrange cas du Docteur Jekyll et de M. Hyde », 1886). Suite au décès de sa mère, notre infortuné héros anglais s’en était allé rejoindre le manoir de son enfance à Childwickbury, sans se douter que l’âme errante d’une belle française allait lui permettre de finaliser son premier roman, « Jonas et le fantôme de la noyée ». Auréolé de ce succès littéraire inattendu, Pharamond choisit de rentrer à Londres et de s’y perdre entre frivolités et dîners mondains. Sarah, ectoplasme jaloux et qui le suit à la trace, veut lui faire payer le prix de sa trahison sentimentale, mais désire aussi l’aiguiller sur les origines de son décès. Voici en résumé le mythe de Faust revisité !
Avec son trait désormais aisément reconnaissable et un talent issu de son expérience dans l’animation, Lionel Richerand (auteur de « Dans la forêt » en 2013) a installé auprès des lecteurs son univers macabre et romantique, explorant tant le bestiaire fantastique que l’esprit de l’époque victorienne. Des affres de la création à la folie psychologique en passant par l’émancipation sexuelle et spirituelle d’un jeune homme, l’imposture littéraire et le deuil romantique, « L’Esprit de Lewis » illustre toutes les facettes d’une humanité tour à tour mélancolique, candide, cruelle ou amère. Autant de pistes qui sont fort logiquement suggérées par les visuels de couvertures, lesquelles oscillent entre frise ornementale (à la manière d’un cul-de-lampe XIXe) et frontispice allégorique soulignant les rapports croisés, pour ainsi dire des goûts contre nature, entre réel et surnaturel. En façade de chacun des deux tomes, chaque détail est placé en correspondance-miroir : homme et femme, vie et mort, amour et malédiction, bestiaire domestique et sauvage, chacun de ces thèmes étant lié à l’existence des protagonistes principaux jusqu’au fait d’entraver leur existence. Dans cette fascination de l’autre ou de l’ailleurs, le roman gothique avait apporté l’hybris destructeur et la perte des valeurs morales : on les retrouve ici, dans un decorum chargé et des esprits retors situés quelque part entre le cynisme de Lewis Caroll et la noirceur de Tim Burton. Rappelons à ce stade – et sans transitions… – que « L’Esprit de Lewis » est digne de la collection Métamorphose puisque ce diptyque est (l’heureux) résultat livresque dû au triste abandon d’un scénario de projet cinématographique hollywoodien, porté pendant quatre ans par Bertrand Santini, mais finalement jugé trop ambitieux et trop onéreux pour aboutir. Le neuvième art aura en définitive eu la chance de voir éclore une œuvre que le septième art n’avait pu autoriser… Colorisation et expressions tragiques des personnages rajoutent encore au charme de la macabre symphonie jouée de case en case jusqu’à son dénouement logiquement tragique : ouvrir « L’Esprit de Lewis », c’est entrer dans un cabinet de curiosités et prendre un malin plaisir à s’y perdre !
Philippe TOMBLAINE
« L’Esprit de Lewis » T2 par Lionel Richerand et Bertrand Santini
Éditions Soleil (19,99 €) – ISBN : 978-2302077799




























