Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...Exil à tire d’ailes…
La bande dessinée a rendu compte plus d’une fois de la difficile errance de ceux et celles qui décident de quitter leur pays pour fuir la pauvreté, la famine ou la guerre. Avec « Les Oiseaux ne se retournent pas », Nadia Nakhlé n’entend pas autre chose que de raconter le destin d’Amel, une orpheline de 12 ans, tentant de quitter son pays dévasté par la guerre, mais Nadia Nakhlé le fait de façon très personnelle…
Alors que ses parents ont été tués, que les bombardements sont incessants autour d’elle, Amel avec l’aide de ses grands-parents va tenter l’exil. Tout est prêt : les papiers, les conseils, ce qu’il faudra dire et ne pas dire, ce à quoi il faudra faire très attention, de qui il faudra se méfier… Amel, après des jours de marche, finit par atteindre un premier camp de réfugiés mais la route est encore longue et incertaine pour s’en sortir.
De privation en humiliation, la jeune fille ne se retourne pas, ne lâche rien. À la frontière, Amel est finalement séparée de la famille qui avait accepté momentanément de l’accompagner. Désormais seule, l’adolescente fait la connaissance de Bacem, un déserteur musicien qui joue de l’oud, un instrument qui la fascine. Solidaires, ils vont surmonter ensemble de nouvelles épreuves avec des poèmes qu’il a écrits ou d’autres traditionnels comme le texte persan « La conférences des Oiseaux », des textes qui vont tourner en boucle dans la tête d’Amel pour se donner du courage.
Plus de 200 pages racontent ainsi de l’intérieur ce que ressent la jeune fille, des premières heures de l’exil forcé à son « envol » (pour reprendre le titre du dernier chapitre). Ce récit extrêmement touchant, jamais larmoyant, fait de pensées et de dialogues, s’accompagne de dessins assez sombres (mais le sujet l’est incontestablement) ponctués ici et là de touches de couleurs. Nadia Nakhlé a, cependant, le sens du découpage et ses combinaisons texte/image sont très souvent originales. Des motifs orientaux encadrent par exemple certaines planches à la manière des enluminures, de sorte que nombre de pages contrastent avec le dépouillement d’autres.
Nadia Nakhlé réalise là un album extrêmement personnel et fort sur le sort de ces mineurs poussés sur les chemins de l’exil pour tenter courageusement une nouvelle vie, tenter de survivre surtout.
Didier QUELLA-GUYOT ; http://bdzoom.com/author/DidierQG/
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« Les Oiseaux ne se retournent pas » par Nadia Nakhlé
Éditions Delcourt (25,50 €) – ISBN : 978-2-4130-2765-2













On ne le répétera jamais assez à propos de cette collection « Mirages » chez Delcourt : C’est un très beau catalogue, de sujets très variés, traités souvent avec intelligence, qui s’enrichit au fil des mois, et fait honneur à notre passion…